Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 20 décembre 2018

Maxime Gaborit : « Au niveau local, les gilets jaunes comptent tenir parfois jusqu’à l’été »

Une équipe de chercheurs, rassemblés dans le collectif Quantité critique, vient de publier une étude sur les gilets jaunes. Pour qui ont-ils voté en 2017 ? Existe-t-il un profil type du gilet jaune ? Quel dénominateur commun ? Maxime Gaborit, qui a participé à la réalisation de l’enquête, était l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur la méthode de l’enquête 
« La première étape de l’enquête est une enquête quantitative avec un questionnaire qu’on a diffusé sur Facebook sur un panel assez large de gilets jaunes. »
« On a complété cette enquête par une approche qualitative en se déplaçant sur les ronds-points dans différents départements. »

 Sur le profil-type du gilet jaune 
« On s’accorde avec l’ensemble des différentes enquêtes qui ont été réalisées sur l’idée que c’est vraiment les classes populaires qui se mobilisent à travers ce mouvement : ce sont les chômeurs, les ouvriers, les salariés qui sont majoritairement représentés. »
« Il y a un dénominateur commun sur la question du rapport au travail : plus de 70% des personnes interrogées nous disent qu’ils se sentent dévalorisés au travail, pas du tout reconnus ou peu reconnus. »

 Sur la cible des gilets jaunes 
« À rebours de certaines mobilisations des dernières années, le patron n’apparait pas comme un ennemi. Il n’est pas considéré comme l’interlocuteur principal auquel on doit demander une augmentation. »
« L’interlocuteur principal des revendications des gilets jaunes devient l’Etat c’est-à-dire le pouvoir politique et non plus le pouvoir économique. »

 Sur les pratiques électorales des gilets jaunes 
« On s’inscrit un peu en désaccord avec l’enquête qui a été diffusée dans Le Monde par des chercheurs de Bordeaux dans laquelle ils définissent la manifestation comme ayant une propension de gauche alors qu’il nous a semblé que la manifestation était beaucoup plus divisée sur cette question. »
« Dans notre enquête, on arrive à identifier trois pôles de forces identiques : un pôle Marine Le Pen, un pôle Jean-Luc Mélenchon et un pôle abstention ou vote blanc lors des dernières élections présidentielles. »
« Il y a une forte mobilisation des sympathisants d’extrême droite mais qui ne se traduit pas dans les revendications d’aujourd’hui. »

 Sur l’extrême droite 
« De la même manière qu’il y a un risque libéral dans ce mouvement, il y a un risque xénophobe qui est clair. »
« Il y a un risque que des revendications xénophobes prennent la place des revendications qui aujourd’hui sont plus sociales. Cependant, il y a quelques éléments qui nous permettent de dire aujourd’hui que ça n’est pas la direction que prend ce mouvement. »
« Aujourd’hui, les représentants locaux des gilets jaunes se focalisent sur le consensus entre les différentes revendications qui permet d’éluder, pour un certain temps, les revendications xénophobes. »
« Il y a aussi la question de la manière dont les gens se politisent à travers un affrontement avec les forces de l’ordre ce qui crée pour l’extrême droite une sorte de contradiction entre la défense des forces de l’ordre qui est, pour son électorat, centrale, et la défense des gilets jaunes qui se politisent contre ces forces de l’ordre. »

 Sur les intentions de vote à l’élection européenne 
« Dans les intentions de votes, c’est le Rassemblement National qui arrive à capitaliser sur cette mobilisation. Mais ça ne fait pas de cette mobilisation une mobilisation d’extrême droite dans la mesure où, dans nos entretiens, la question de la xénophobie n’est quasiment jamais ressortie. La question sociale et la question politique sont des questions plus centrales. »

 Sur les intentions des gilets jaunes sur la suite 
« Il y a une détermination totale qui rentre en contradiction avec le discours médiatique de l’essoufflement. »
« Ce qui est vrai, c’est qu’il y a un essoufflement de la vitrine parisienne qui n’intéresse plus les gilets jaunes. »
« Il y a une très forte intention, dans nos entretiens, de se recentrer sur la question locale où les gens qui sont présents sur les ronds-points ne se démobilisent absolument pas et comptent tenir parfois jusqu’à l’été. »

 Sur les formes de la mobilisation et le lien social 
« Il y a effectivement la question du lien social qui est absolument centrale dans cette mobilisation et dans cette forme qu’elle a pris d’occupation de l’espace public. »
« Il y a une vraie solidarité qui est en train de se créer et qui diverge totalement de ce qu’on peut donner à voir dans les images des manifestations parisiennes. »

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