Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 26 octobre 2020

« À l’UNEF, on est tous choqués d’être accusés de complicité avec le terrorisme »

Jean-Michel Blanquer accuse l’UNEF de favoriser « une idéologie qui, de loin en loin, mène évidemment au pire ». Mais il est loin d’être le seul : hier, sur les ondes de France Culture, c’est une soi-disant proximité avec les Frères Musulmans qui a été pointée du doigt (sans fondement aucun). Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur les attaques du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite envers l’UNEF pour “complicité intellectuelle avec le terrorisme” 
« L’UNEF est dans le collimateur du gouvernement pour des prises de position qu’on a eues par le passé. »
« A l’UNEF, on ne cesse de défendre la laïcité, c’est un principe auquel on est très attaché. Mais on est attaché à tout ce qui est dit dans la loi de 1905, pas seulement une partie. »
« Notre vice-présidente [Maryam Pougetoux] a été auditionnée à l’Assemblée nationale et a subi une tentative d’humiliation parce qu’elle porte le voile. »
« Si on exclue une part de concitoyens en les empêchant de rentrer à l’Assemblée nationale pour raconter leur quotidien, je ne sais pas où l’on va. »
« L’UNEF représente les étudiants - et les étudiants, c’est un peu la bête noire du gouvernement. »
« Le gouvernement n’a pas peur d’une mobilisation massive des étudiants dans la mesure où l’on est en pleine épidémie mais parce que l’UNEF représente la société de demain. »
« Une grande partie des jeunes est d’accord avec ce que peut dire l’UNEF. »

 Sur les accusations proférées dans l’émission Signes des temps de France culture de proximité de l’UNEF avec les Frères musulmans 
« Au sein de l’UNEF, il n’y a aucune fracture sur ce qui se passe en ce moment : on est tous choqués d’être accusés de complicité intellectuelle avec le terrorisme ou d’infiltration par les Frères Musulmans. »
« Tout le monde à l’UNEF est attaché à la loi de 1905, c’est-à-dire le droit de croire ou de ne pas croire - et pas simplement la neutralité du service public. »
« Il y a toujours des débats parmi les étudiants : il y en a qui sont d’extrême droite et qui soutiennent des choses avec lesquelles on n’est pas en accord. Mais l’immense majorité des jeunes se reconnaît dans les positions de l’UNEF. »
« Sur la question de la laïcité, à chaque fois qu’il y a un attentat, on organise des choses dans les universités. Après les attentats de Charlie Hebdo, on avait organisé des murs d’expression qui ont été plébiscités. Après les attentats du 13 novembre 2015, on avait organisé des actions qu’on avait appelées “Local ouvert” dans la mesure où des étudiants avaient été choqués et que certains avaient même perdu des amis. On a aussi organisé des choses dans le cadre de la lutte contre le racisme et contre l’islamophobie. »
« Quand on a fait des choses dans les universités contre le racisme, on a été très bien accueilli par des étudiants qui étaient heureux que l’on parle enfin de ce sujet. »
« Cet été, on a sorti une enquête sur la question des discriminations dans l’enseignement supérieur et cela a été très bien accueilli. »
« A chaque fois qu’il y a une étudiante qui porte le voile et qui se fait exclure de son cours pour cette raison, comme en cours de sport à Lille il y a peu, on a une indignation des étudiants parce que tout simplement, on est côte à côte dans amphis et on ne comprend pas pourquoi on ne pourrait continuer à avancer ensemble. »
« A l’université, on a notre liberté de conscience et on est tous capables de faire des choix. »

 Sur le rapport de l’UNEF avec la religion 
« L’UNEF est un syndicat laïc, ce qui ne veut pas que nos membres doivent s’appliquer la neutralité qui est du au service public et pas aux citoyens. »
« Sur les campus, il y a des organisations confessionnelles : les étudiants musulmans de France, des associations juives et des aumôneries qui ont des locaux qui sont fournis par les universités. A l’UNEF, on travaille avec tous les représentants du milieu étudiant. »
« Il n’y a pas de problème à travailler avec des associations confessionnelles à partir du moment où l’on fait la différence entre ce qui est porté par ces associations et ce que nous on porte. »
« Ces associations confessionnelles ne font pas de prosélytisme : elles représentent des étudiants d’une certaine religion. »
« On agit ensemble quand on est d’accord. En ce moment par exemple, on est dans une situation de grande précarité des étudiants - la situation est vraiment critique avec une augmentation du coût de la vie de 3,69%, la plus forte augmentation depuis 8 ans. Les étudiants musulmans de France organisent des distributions alimentaires : sur ce genre d’action par exemple, il est possible que l’on travaille ensemble. »
« Le problème, c’est que les procès en infiltration par les Frères Musulmans sont d’autant plus problématiques que, dans les universités, pour être une association, il faut être reconnu par l’université. »
« On a un gouvernement qui se dit républicain, défenseur de la liberté d’expression et qui ne fait qu’attaquer ces principes… »
« La République, c’est le pluralisme, notamment politique : on ne peut pas simplement accuser son opposition d’être complice de terroristes sans preuve et sur des élucubrations qui étonnent tout le monde. »
« Le pluralisme, c’est aussi le débat scientifique : les sciences sociales, ce sont des lieux de débats. Et quand on commence à museler les intellectuels et les pointer du doigt, on crée une société qui s’éloigne de la République et de la démocratie. »
« La République que l’on défend, c’est celle du peuple qui porte ces aspirations défendues par les dirigeants. »
« Le gouvernement a sombré dans la rhétorique de l’extrême droite et construit la division plutôt que l’unité. »
« Il faut se lever par rapport à ce que dit le gouvernement et affirmer que ce sont des accusations abjectes et sans fondements. »

 Sur la réaction à avoir en réponse aux attaques du gouvernement, de la droite et de l’extrême droite 
« Il serait bénéfique d’avoir une réaction commune qui rassemble largement au sein du milieu étudiant (il n’y a pas que l’UNEF qui défend cette position), au niveau des syndicats enseignants et au niveau des présidents d’université. »
« Il y a plusieurs niveaux de fracture : dans notre République, dans le principe d’égalité pour les personnes musulmanes qui sont stigmatisées à outrance et pour qui cela devient insupportable d’allumer la radio ou de regarder la télé, et avec une génération, la nôtre, qui a grandi dans la culture de l’égalité en étant très sensible à la question des discriminations et qui voit la stigmatisation des musulmans avec beaucoup de désapprobation. »
« C’est très inquiétant qu’un Ministre de l’Education nationale attaque une jeunesse qu’il est sensé représenter. »

 Sur la crise du Covid et ses répercussions sur les étudiants 
« La rentrée a été très mal préparée par le gouvernement… alors que les universités ont vraiment essayé de travailler pour pouvoir répondre à la situation. »
« Il y avait tellement peu de consignes de la part du gouvernement et tellement pas de moyens pour faire face à cette situation exceptionnelle que tout a été compliqué. »
« La priorité, c’est répondre à la précarité des étudiants : 42% des étudiants ont renoncé aux soins faute de moyens. »
« L’urgence, c’est réformer les critères d’accès aux bourses pour permettre d’avoir plus de boursiers et en augmenter le montant. »
« Il faut aussi augmenter les APL - et pas seulement de 150 euros ! On a quand même du se battre pour avoir accès à cette prime Covid pour un mois… Ce que l’on demande, c’est une augmentation substantielle des APL sur le long terme. »
« Il faut également plancher sur la question de l’insertion professionnelle avec le financement de la recherche du premier emploi. »
« Sur le long terme, il faut réfléchir à notre société : on est dans une crise qui a montré que les jeunes n’avaient aucun filet de sécurité. »
« Cela fait presqu’un an qu’un étudiant s’est immolé par le feu parce qu’il était trop précaire et ne s’en sortait pas… A la suite de cela, on nous a annoncé des discussions sur la précarité étudiante qui n’ont jamais eu lieu. »
« Les étudiants sont délaissés par le gouvernement. Pire : on a été la variable d’ajustement du gouvernement sur les trois dernières années. Donc on a perdu de l’argent à cause de leur politique ! »
« On attend toujours des annonces du Premier ministre Jean Castex sur les jeunes… Si ça n’arrive pas, il faudra passer un cap et on n’hésitera pas à le faire. »

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