Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 29 juin 2018

Michael Foessel : « Faire naître le désir de gauche, c’est quitter notre position mélancolique »

Pour la dernière Midinale avant l’été, réflexions sur la liberté, la gauche, le désir et le peuple avec le philosophe Michael Foessel. De quoi tenir jusqu’à la rentrée, au moins...!

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VERBATIM

 

 Sur l’égalité des chances 
« L’égalité des chances ne peut être qu’un préalable à partir duquel on sait qu’il va y avoir création d’inégalités. »
« Il ne faudrait pas que l’égalité des chances justifie l’inégalité des réussites et des échecs. »

 Sur le néolibéralisme 
« Macron place la liberté essentiellement et fondamentalement dans le champ de l’économie. »
« Ce n’est pas seulement la dimension anti-égalitaire du néolibéralisme qui pose problème, c’est son rapport à la liberté. »
« Le néolibéralisme est un facteur d’autoritarisme. »
« Il y a une perversion du concept même de liberté par le néolibéralisme qui fait qu’il se retourne contre les libertés de droits, les libertés politiques et les libertés politiques qui sont généralement sacrifiées sur le dogme d’une concurrence libre et non faussée. »

 Sur la liberté 
« Il ne faut pas abandonner la liberté au néolibéralisme. »
« La liberté des républicains, ce serait “la liberté des uns commence là où commence celle des autres”. »
« La liberté est un élément de la solidarité, ce qui suppose qu’on ne peut être libre qu’à plusieurs. »
« Le vrai lieu de la liberté, c’est la politique. »

 Sur la souveraineté populaire 
« L’idée de la souveraineté du peuple, l’idée qu’un individu ne devient libre qu’à partir du moment où il est citoyen, c’est l’idée républicaine à sa racine. »
« Dans le marché, on n’est jamais véritablement libre et que s’il y a une émancipation par rapport au marché que rend possible la politique. »
« Le républicanisme à la française, c’est identifier le peuple et l’Etat. »
« Il y a une trop grande confiance dans l’Etat et dans son caractère spontanément émancipateur par rapport au marché économique. »
« Rabattre la souveraineté populaire sur l’Etat, c’est considérer que la liberté devient une affaire administrative. »

 Sur la souveraineté européenne 
« La souveraineté, en principe, ça ne se divise pas, puisque ça signifie le pouvoir en dernier ressort. »
« La souveraineté européenne, cela voudrait dire que la souveraineté va être déléguée à des instances communautaires. »
« Ce qui peut se régler dans un cadre national ou dans un cadre fédéral me paraît beaucoup plus important que le cadre dans lequel on essaie de le régler. »

 Sur la notion de peuple et de citoyen 
« Un peuple, ce n’est pas une donnée naturelle – sauf si on a une conception éthniciste du peuple –, ce n’est pas une entité culturelle fondée sur la langue ou la tradition c’est vraiment – et je reste en ça fidèle à Rousseau –, une entité politique. »
« Etre citoyen, c’est avoir les moyens sociaux d’accéder à l’universel. »
« L’idée que la souveraineté est populaire, ça ne suppose pas un peuple déjà constitué, déjà donné et surtout enfermé dans des limites nationales – c’est pour ça que, pour moi, la question de l’échelle est secondaire. Par contre, cela suppose de constituer une entité collective comme peuple politique. »
« La citoyenneté, elle suppose un temps, une temporalité, un loisir au sens des Grecs, un petit peu décalés par rapport au champ économique, au champ social et au champ familial. »
« Tant que l’on n’aura pas reconquis l’idée selon laquelle la politique suppose pour exister une émancipation par rapport à tout ce qui peut nous déterminer dans notre genre, dans notre origine, dans notre provenance et dans notre situation sociale, je pense que la gauche se trouvera dans une situation idéologique affaiblie. »

 Sur la gauche et l’expérience de gauche 
« Les discours de gauche, aussi bien de type révolutionnaire que de type réformiste, n’entrent plus – ou entrent rarement – en corrélation avec leurs expériences. »
« Si on arrive à réarticuler l’idée d’un progrès social à des expériences intimes, si on arrive à réconcilier la gauche avec le plaisir et la joie, et pas forcément avec une position normative et mélancolique (parce que la mélancolie, c’est la grande passion de la gauche aujourd’hui), alors on arrivera peut-être à toucher – je dis les choses un peu naïvement – au cœur des gens. »
« Faire naître le désir de gauche, c’est quitter la position mélancolique à laquelle on est assigné. »
« Il y a de moins en moins de discours de gauche qui s’adressent au sensible alors que le discours de droite est extrêmement puissant aujourd’hui parce qu’il parle à l’expérience des gens mais en se fondant, surtout quand il est d’extrême-droite, sur le ressentiment. »

 Sur la gauche et le sensible 
« Dans certains discours, Mélenchon a réussi à inscrire son récit et ses principes dans une sensibilité. »
« La gauche est fondée sur quelque chose d’assez intellectualiste depuis sa naissance mais, là où elle a obtenu, de temps en temps, des victoires, c’est lorsque ces principes que sont la liberté et l’égalité, sont devenues des réalités concrètes pour les individus. »
« Aujourd’hui, on se bat beaucoup dans le champ des valeurs – qui n’est pas très favorable à la gauche. Je préfère les principes. »
« On a un peu oublié qu’il y a des éléments dont l’émancipation était impérative. »
« La dernière mesure de gauche qui a été prise dans ce pays, c’est les 35 heures et elle a été très mal défendue par ceux qui l’ont mise en œuvre. Au lieu de dire que c’était bien pour lutter contre le chômage, on aurait pu dire “c’est bien pour la vie des gens”. »
« Le Conseil national de la Résistance, c’était les jours heureux. Une gauche qui n’a pas une pratique du bonheur (et non plus une simple théorie du bonheur), c’est une gauche qui abandonne le sensible et l’imaginaire à ses adversaires. »

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Vos réactions

  • Bof !
    Ce n’est pas que ce discours soit faux, c’est juste que ça n’a pas beaucoup d’utilité.

    DMc Le 27 juillet à 00:10
  •  
  • la gauche qui fait rêver : c’est fini.
    maintenant, il faut la gauche des colères, celle qui fait trembler de peur tous les ptits bourgeois libertaires, tous les religieux réactionnaires, toutes les mafias pseudo-socialisantes.

    kheymrad Le 25 août à 18:10
  •  
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