Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 4 juin 2021

Michel Wieviorka : « L’affaissement du débat public à beaucoup à voir avec l’affaissement de la gauche »

Existe-t-il encore des espaces communs de débat ? Quelle place pour la nuance dans le débat sur le racisme et l’antiracisme ? Le sociologue Michel Wieviorka, auteur de Racisme, antisémitisme, antiracisme : apologie pour la recherche (Éd. La Boîte à Pandore), est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le rapport du politique et de l’intellectuel  
« Le politique se fiche de l’intellectuel et de celui qui travaille et en particulier des sciences sociales. »
« On pouvait être pour ou contre, le Parti communiste français a été pendant des années un lieu de vitalité intellectuelle. »
« Le Parti socialiste quand il s’est reconstruit a aussi été un lieu de débat et d’idées. Martine Aubry avait créé un laboratoire des idées à Solférino que François Hollande a fermé lorsqu’il était président. »
« La vie intellectuelle est présente dans les médias mais les partis politiques sont très indifférents à l’univers académique. »

 Sur les espaces de débats 
« L’affaissement du débat public à beaucoup à voir avec l’affaissement de la gauche : il n’y a plus de projet ou d’utopie. » 
« Toutes les paroles informées, raisonnables, qui doivent alimenter la réflexion et la vie publique sont disqualifiées. »
« Avec le Covid, on a vu des médecins de tous genres sur les plateaux de télé. Dans l’ensemble la raison triomphe. »
« Il y a des domaines de la science qui accrochent l’opinion et donc je ne suis pas totalement négatif sur la confiance dans la science. »
« La baisse de confiance dans la science est révélatrice de la politique scientifique de notre pays. Pour que les Français aiment la recherche, il faut qu’il y ait de la bonne recherche. »
« La puissance publique ne fait pas ce qu’il faut pour la science et pour les sciences sociales encore moins. »

 Sur la place de la nuance  
« Il y a plein de débats mais tout dépend de ce que l’on veut comme débat. »
« Sur les chaînes d’infos, il n’y a que des débats - c’est un petit peu le café du commerce. »
« Le problème n’est pas qu’il n’y aurait plus de débat c’est qu’il n’y a pas les conditions pour des débats constructifs et construits. Les conditions manquent parce qu’elles ne sont pas remplies côté politique. »
« Ça n’est pas à l’opinion publique de dire ce qui est juste et pas juste en matière scientifique. »

 Sur le débat scientifique  
« Il faut dissocier, désarticuler le débat scientifique et le débat public pour ensuite les réarticuler. »
« Il faut que les scientifiques débattent entre eux, ce qu’ils ne font pas assez. »

 Sur le multiculturalisme 
« Je suis d’accord avec l’idée que notre pays est multiculturel mais le débat n’est pas sur la réalité multiculturelle de notre pays. Le débat est sur : est-ce qu’il faut des politiques, des institutions et des règles de droit multiculturalistes - c’est-à-dire un traitement presque juridique et législatif des différences culturelles ? »

 Sur l’antiracisme  
« Ça n’est pas Marianne qui doit se faire l’arbitre des élégances scientifiques ou intellectuelles. »
« L’article de Marianne est un torchon et j’y ai répondu. Ça n’est pas là où se joue le débat scientifique. »
« On nous accuse d’importer les idées des Etats-Unis. C’est complètement idiot. »
« Il faut qu’il y ait plus de vie intellectuelle et scientifique à l’échelle globale, mondiale. On mélange tout dans le débat public français. On mélange la recherche sérieuse - qui peut se réclamer des études post-coloniale ou de l’intersectionnalité ou de la pensée décoloniale - à un débat idéologique. »

 Sur la vulgarisation du débat scientifique  
« Il faut vulgariser et il y a des gens qui le font très bien. »
« L’idée que le chercheur est quelqu’un qui est dans sa tour d’ivoire, qu’il ne discute qu’avec ses collègues, qui ne publie que dans des revues spécialisées, dans sa bulle, c’est non. Il faut aussi des moments de coproduction : il est sain que des acteurs antiracistes produisent des connaissances avec des chercheurs. Il faut juste que tout le monde reste à sa place. »

 Sur la subjectivité scientifique  
« La neutralité n’existe pas sur les sujets dont on parle [racisme, antisémitisme, antiracisme]. »
« Le problème n’est pas d’espérer que la recherche soit neutre mais de maîtriser que chaque chercheur maîtrise son rapport à son objet. »
« Il faut que le chercheur soit capable de dire dans quelle perspective il se situe par rapport à ce qu’il est en train d’étudier. Le chercheur doit accepter de discuter de sa non neutralité et de sa relation à ce dont il parle. »

 Sur la question sociale et la question raciale  
« Gérard Noiriel pense que si on traitait la question sociale et qu’on pensait les problèmes en termes sociaux, on avancerait beaucoup mieux dans la lutte contre le racisme. C’est un point de vue. Je ne suis pas d’ accord. Mais je ne suis pas en total désaccord. »
« Dans ces questions de racisme, il y a une spécificité propre à l’idée de race qui n’est pas sociale. »
« Il y a des dimensions qui ne sont pas seulement sociales mais la question du racisme télescope et se mêle avec la question sociale. »
« La question du racisme à quelque chose à voir avec la question culturelle, la question religieuse et beaucoup d’autres enjeux. Je plaide pour l’idée qu’on croise les perspectives. »
« Il ne faut pas croire que le politique doit commander la recherche. »

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  • Le débat politique ne concerne pas uniquement la gauche et l’extrême gauche. Il concerne aussi la droite et l’extrême droite. Il concerne tous les citoyens. Personne n’est exclu. Ce principe de refus de l’exclusion est une des caractéristique de la démocratie, et un indicateur de sa santé. Son étiolement est le symptôme d’une pathologie, qui atteint le pire état quand le débat disparaît. C’est le cas lorsque le délit d’opinion est institué, ou lorsque des citoyens sont collectivement accusés des pires vices de l’esprit, au titre d’imputations reposant sur des jugements de valeur.

    Glycère BENOIT Le 4 juin à 20:32
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