Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 22 juin 2018

Muriel Prudhomme : « Le porno peut entraîner des traumatismes qui durent toute la vie »

Alors que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français vient de tirer la sonnette d’alarme sur l’exposition des enfants à la pornographie, Muriel Prudhomme, gynécologue et directrice scientifique de "Questions d’ados" aux éditions du Diable-vauvert, est l’invitée de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’impact de la pornographie sur les jeunes 
« C’est difficile de rentrer dans la sexualité par le biais de la pornographie. »
« La pornographie peut entraîner des traumatismes qui vont durer toute une vie. »
« Ça gomme toute l’importance de la relation à l’autre. »
« La prévention y est quasi inexistante : il n’y a presque jamais une pose de préservatif par exemple. »

 Sur l’impact de la pornographie sur la sexualité 
« L’âge du premier rapport sexuel n’a pas beaucoup bougé : on est toujours autour de 17 ans, c’est-à-dire que les jeunes regardent de la pornographie avant leur premier rapport sexuel. »
« Ça fait croire aux jeunes que la pornographie, c’est la sexualité. Sauf que ça ne l’est pas. »
« Ça donne à voir des images qui ne correspondent pas à la réalité : c’est très scénarisé, caricatural, avec des objets qu’on n’utilise pas forcément en temps réel. »
« La sexualité, c’est avant tout une aventure humaine. »

 Sur l’éducation à la sexualité 
« Il existe une éducation à la sexualité en France dans les textes depuis les années 90 qui avait été extrêmement renforcée en 2001 par une loi portée par Ségolène Royal. »
« Aujourd’hui, quand un jeune a 3 heures d’éducation à la sexualité dans toute sa scolarité, il peut être content parce qu’il y en a qui n’en ont pas du tout. »
« A l’école primaire, il faut que les enfants apprennent à connaître leur corps et le corps de l’autre. »
« Au collège, il faut que des choses soient dites sur le respect fille-garçon, sur les différences de genre, sur la question des violences, du consentement… Toutes ces questions doivent être abordées avant même d’aborder la technique. »

 Sur l’importance des professionnels dans l’éducation à la sexualité 
« Les parents ne sont pas forcément les mieux placés pour parler de sexualité avec leur jeune. »
« La sexualité est un sujet sur lequel les jeunes ont besoin de se détacher de leurs parents. »
« Il faut que les jeunes puissent en parler avec des professionnels : dans les centres de planification, dans les centres de dépistages et d’information sur les maladies sexuellement transmissibles. »
« Il y a des professionnels formés mais ils sont en nombre insuffisant. »

 Sur l’interdiction effective des sites pornographiques au moins de 18 ans 
« Lutter contre la technologie, ça me paraît toujours un peu compliqué. »
« C’est toujours plus efficace d’aller sur le champ de l’éducation et de la connaissance. »

 Sur les annonces de service sanitaire dès la rentrée prochaine 
« J’ai très peur de ce que l’on nous annonce avec le service sanitaire. »
« Penser que des jeunes étudiants en santé – médecine, kiné, sage-femme, infirmière – qui n’ont pas reçu de formation spécifique soient en capacité d’aller faire des interventions sur la sexualité devant d’autres jeunes, ça me paraît une très mauvaise idée. »
« Sur la sexualité, la question est un petit peu sur la connaissance mais beaucoup sur les compétences psychosociales. »
« La question la plus centrale, c’est d’arriver à faire des choix qui nous vont bien à nous et qui ne seront pas forcément les mêmes que celui de son voisin. »

 Sur les problèmes du statut de la femme dans la pornographie 
« L’image de la femme est souvent extrêmement négative, une femme-objet, qui se laisse faire, extrêmement passive. »
« On ne parle pas de la même façon quand on est une fille et quand on est un garçon. »
« L’âge de la puberté, il n’est pas le même pour les filles et pour les garçons. »
« La question centrale, c’est celle de l’image de la femme. »
« On a plus l’impression que l’on recule sur un certain nombre de valeurs plutôt qu’on avance. »
« Moi, ce qui me pose problème aujourd’hui, c’est des femmes à qui on impose le voile sous prétexte qu’il faut qu’elle se cache du désir des hommes. »

 Sur #metoo et la quatrième vague féministe 
« Aujourd’hui, quand on voit un médecin, trop rarement il vous pose la question ‘est-ce que vous avez subi des violences ?’ »
« Seulement 10% des victimes portent plainte et seulement 1% voient l’auteur condamner. »
« Quasiment 100% des auteurs sont d’anciennes victimes. »
« Il y a des situations qui ne sont pas prises en charge à la hauteur à laquelle elles devraient prises en charge. »

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