Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 19 mars 2019

Nathalie Godard (Romeurope) : « Il y a un sentiment décomplexé de racisme par rapport aux Roms »

Aujourd’hui commence une semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme. L’occasion de faire le point sur les clichés et autres préjugés véhiculés autour des populations dites roms. Nathalie Godard, présidente du collectif national des droits de l’homme Romeurope, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur la semaine d’éducation contre le racisme et l’antisémitisme 
« Les problèmes de discriminations contre certaines minorités est vraiment un obstacle dans l’accès aux droits de beaucoup de personnes. »
« Au collectif Romeurope, on se bat pour l’accès aux droits des personnes qui sont perçues comme Roms et qui font l’objet de beaucoup de stigmates dans la population française. »
« On peut parler de racisme anti-roms dans certains cas : il y a encore beaucoup de sentiments anti-roms dans la population française. »
« Il y a un sentiment décomplexé de racisme par rapport aux Roms pour lesquels on s’autorise à exprimer un certain nombre de positions de rejet, plus que d’autres populations pour lesquelles il y a encore un peu de retenue. »

 Sur les clichés roms 
« Il y a un certain nombre de clichés autour des populations roms. »
« On essaie de déconstruire ce qui a été fabriqué dans l’imaginaire sur ces populations. »
« Il n’y a pas de culture de la saleté ou de culture du bidonville chez les personnes roms. »
« Il y a une précarité des Roms qui est liée à une histoire et à des mécanismes qui mènent à la précarité. »

 Sur l’histoire des Roms 
« Beaucoup des personnes que l’on appelle Roms viennent de Roumanie, de Bulgarie, de Serbie, c’est un peuple qui est né en Inde et qui a migré vers l’Europe. »
« Les Roms sont souvent des personnes qui viennent de l’Europe de l’Est mais j’ai du mal à parler des Roms comme d’une masse. On est toujours très prudents et on parle des personnes qui se définissent ou sont perçues comme Roms. »

 Sur les expulsions et la situation des enfants roms 
« Une expulsion, ça veut dire que tout ce qui a été mis en œuvre en matière d’insertion, s’arrête. »
« Les enfants roms sont une génération sacrifiée : ils ont du interrompre leur scolarité plusieurs fois. »
« Contrairement à ce qui est véhiculé, ça n’est pas les parents qui empêchent les enfants d’aller à l’école. »
« C’est pas facile pour un enfant de s’intégrer dans une école où il subit aussi le rejet de ses camarades. »
« Certaines municipalités ne facilitent pas l’accès à l’école en empêchant des inscriptions pour des enfants qui n’ont pas une adresse administrative dans la ville. »
« Le droit commun doit s’imposer pour ces populations roms pour faciliter leur inclusion. »

 Sur la solidarité 
« Il n’y a pas d’indifférence, il y a une banalisation. »
« On s’habitue à ce malheur-là. À partir du moment où ça s’installe dans le paysage, on finit par s’habituer à ce qui est insupportable. »

 Sur la politique d’Emmanuel Macron 
« Il y a eu une première évolution positive que l’on reconnait : on est passé du discours de Grenoble en 2010 où l’ancien président appelait les Roms à rentrer chez eux, à l’instruction du 25 janvier 2018 avec l’objectif de résorber les bidonvilles. »
« Malgré l’affichage politique, il y a peu de choses qui se passent sur le terrain. »
« C’est en Ile-de-France qu’il y a le plus d’expulsions. »
« Il y a peu de préfets qui se sont saisis de la circulaire de janvier 2018 qui vise à résorber les bidonvilles. »
« Il faut sortir de la logique de l’expulsion sans solution de relogement, et il faut des moyens supplémentaires. »

 Sur ce que peut l’Europe 
« Fermer les frontières n’est pas la solution que l’on va prôner. »
« On est pour un accueil digne des personnes qui arrivent en France. »
« On est pour une Europe plus ouverte, plus accueillante, qui respecte la dignité des personnes et qui reconnait l’importance d’accorder des droits fondamentaux à tous. »
« On ne peut pas imaginer une réponse sans composante européenne. »
« Il ne faut pas non plus rejeter la faute sur l’Europe, la France - l’Etat et les collectivités - a aussi une responsabilité. »

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