Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 17 février 2022

« Nous utiliserons tous les ressorts du droit pour faire reculer le groupe Bolloré »

Le collectif Stop Bolloré qui regroupe avocats, médias indépendants et personnalités, passe à l’attaque en ciblant Eric Zemmour, la chaîne de télé CNEWS et le groupe Bolloré en général. L’avocate Laure Abramowitch est l’invitée de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le collectif #StopBolloré 
« Pour l’instant, nous avons déposé une plainte pénale contre X qui a été déposée hier matin, juste avant la conférence de presse #StopBolloré. »
« L’originalité de ce collectif #StopBolloré est d’essayer de trouver de manière originale et innovante en quoi le droit peut aller plus loin dans la condamnation de ces graves atteintes à la liberté de la presse. »
« La plainte que nous avons déposée vise deux délits : le premier, c’est la provocation à s’armer contre une partie de la population (…). Et le second, c’est la diffusion à des mineurs d’un message à caractère violent de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine. »
« Le collectif #StopBolloré a travaillé pendant des mois sur l’analyse des différents discours tenus, surtout sur la chaîne Cnews, pour identifier les petits passages, les petits mots-clés, les petites phrases, qui permettent d’entrer dans la qualification d’un des deux délits. »
« Nous avons aussi saisi l’Arcom pour déclencher la prise de sanction qui peuvent être de différentes natures. Dans le passé, le CSA a déjà sanctionné les différentes chaînes du groupe à des amendes pécuniaires essentiellement. Il faut essayer de trouver d’autres sanctions et l’Arcom en a les moyens : suspension d’audience, résiliation de la convention entre le groupe et l’Arcom. Ces sanctions pourraient mettre un point final ou a minima faire avancer les choses dans le sens du pluralisme et limiter la concentration. »

 Sur la compétence européenne 
« L’échelle européenne va être compétente dès lors que l’abus de position dominante va avoir un effet trans-frontière sur l’ensemble du territoire de l’Union européenne. Première condition : c’est un effet sur plus d’un pays membre de l’Union. Deuxième condition pour avoir un abus de position dominante : c’est une condition de chiffre d’affaires. »

 Sur la réponse de Vincent Bolloré et Eric Zemmour 
« Je ne pense pas que cela glisse sur eux comme l’eau sur les plumes d’un canard vu le contexte électoral. »
« Ils ont les moyens de contre-attaquer et on risque d’avoir un retour de bâton à un moment. »

 Sur le fait que le droit est le dernier refuge contre l’extrême droite après nos défaites politiques et culturelles 
« Il faut réfléchir à la loi de 1986 sur la liberté de communication qui est complètement devenue obsolète. »
« Cette loi a été modifiée plus de 80 fois et elle ne sert à rien dans les circonstances actuelles et vu les phénomènes de concentration qu’on connait. »
« Il faut réécrire cette loi et l’outil juridique va le permettre, à condition de s’en emparer. »
« Une commission d’enquête parlementaire a été engagée sur le sujet de la concentration des médias : toutes les personnes auditionnées, que ce soit les personnes représentants des autorités publiques ou des chercheurs comme Julia Cagé, vont dans le même sens de l’obsolescence de cette loi et de la nécessité de l’adapter aux nouvelles technologies, à la presse hebdomadaire et aux phénomènes d’actionnaires majoritaires. »
« Ce qui est problématique dans l’écriture de la loi, c’est que le seuil de 49% d’actionnariat n’est pas suffisant : il faut prendre en compte l’actionnariat de fait, c’est-à-dire quelqu’un derrière qui pilote avec des objectifs politiques et des intentions différentes que la liberté de communication et d’information. »

 Sur le collectif Intérêt à agir 
« Un mineur non accompagné qui ne parle pas notre langue et qui est sans parent se retrouve pris dans une machine juridique, politique et sociale qui le dépasse complètement. Les associations et les avocats font un travail monstrueux ; l’objectif d’Intérêt à agir, c’est de porter le sujet de la défense des libertés publiques à une autre échelle. »
« Dès que le sujet dépasse la stricte question individuelle, on peut se retrouver vite désarmé face à un tribunal - et pas en capacité juridique suffisante que de débattre uniquement avec un juge de son petit quotidien. »
« Un des combats d’Intérêt à agir est de faire consacrer la notion de bien commun. »

 Sur la justice dans le cadre de la campagne présidentielle 
« Vouloir créer des places de prisons ou alourdir les peines, c’est être complètement déconnecté de la réalité. »
« On est en surpopulation carcérale partout, la prison, ça ne marche pas et tout le monde le sait. Mais aucune solution n’est trouvée : on a des jeunes qui commencent à galérer dans la rue très jeunes et les peines vont crescendo et ils finissent pas se retrouver en centre éducatif fermé, ils reviennent chez eux, c’est l’échec… »
« Il y a un problème d’éducation aux mécanismes judiciaires : simplement entendre d’un juge “si cela continue, tu vas aller en prison”, ce n’est pas suffisant. »
« Tous les jours, on constate dans nos tribunaux le manque cruel de magistrats, de greffiers… pour pallier les insuffisances du milieu carcéral. »
« Il y a d’autres moyens que la prison : des peines alternatives se mettent en place mais beaucoup de choses qui existent ne sont souvent pas appliquées… »

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