Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 15 septembre 2020

Pascal Boniface : « Ne pas être Charlie, c’est être Charlie puisque Charlie plaide la liberté »

À l’occasion de l’ouverture du procès des assassins de Charlie Hebdo, Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’IRIS, a été l’objet de violentes critiques sur les réseaux sociaux. Il est l’invité de #LaMidinale. L’occasion de revenir sur l’actualité du Moyen-Orient mais aussi de revenir sur le débat public particulièrement « ensauvagé » du moment.

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UNE MIDINALE À VOIR...

ET À LIRE...

 Sur ce qui fait la puissance d’un Etat 
« On distingue traditionnellement la puissance dure de la puissance douce. La puissance dure, c’est l’économie et le pouvoir militaire c’est à dire le pouvoir de contraindre. Et la puissance douce, c’est l’attractivité, l’influence, le prestige : la philosophie, les footballeurs, les artistes, les paysages, etc. »
« La puissance est un ensemble de tout et c’est difficile de la mesurer parce qu’il faut un peu de tout. »
« Si vous avez une forte population mais que votre économie est faible, vous n’êtes pas une puissance. Vous êtes en situation de faiblesse. »
« L’économie, la technologie, la formation, sont des atouts indispensables. La possession de matière première a été vue de manière extrêmement importante. Ça a été déconsidéré un temps mais elle revient au premier plan aujourd’hui. »

 Sur la place de la France et de l’Europe 
« Il faut à la France et à l’Europe, exister, définir leurs propres intérêts et ne pas s’accrocher aux intérêts des autres. Il leur faut être autonomes. C’est un défi pour l’Europe puisque nous avons une tradition de dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. »
« Il y a une impasse qui consiste à dire qu’on ne pèse plus rien. On n’est plus une puissance. »
« Le projet français depuis longtemps, et qui a du mal à percer, c’est d’avoir une Europe autonome. »

 Sur l’accord Israël et les Émirats arabes unis 
« Ils ont une menace qui est commune : l’Iran. »
« Il commence à y avoir la reconnaissance de l’Etat d’Israël mais toujours pas la reconnaissance de l’Etat palestinien. »
« D’autres pays frappent à la porte : on parle d’Oman, du Soudan. Le chantage de Trump c’est par exemple de retirer le Soudan de la liste des Etats qui ont soutenu le terrorisme tout en levant les sanctions économiques en échange d’une reconnaissance de l’état d’Israël. »
« Ces accords ne sont pas acceptés par les populations de ces pays parce la cause palestiniens reste très sensible et reste l’un des rares sujets d’unité des populations arabes. »
« Il y a comme un effet de somnifère car on ne règle pas le problème et on le met dans le formole. »`
« Israël a l’impression de triompher - et quelque part c’est un succès pour Netanyahu et Trump - mais la question palestinienne n’est pas réglée. »
« Quelque part, on fabrique des catastrophes pour demain. »
« Les Emirats Arabes Unis mettent en avant qu’Israël a renoncé à l’annexion les territoires palestiniens. »
« Il y a un abandon de la question palestinienne par les diplomaties. »

 Sur la nouvelle carte du Moyen-Orient 
« L’Iran perd des points sur le plan économique. Les durs ont pris le pouvoir. On l’a vu encore ce weekend avec l’exécution d’un sportif. »
« Israël a marqué des points parce qu’il y a une reconnaissance diplomatique. Les palestiniens ont perdu beaucoup. C’est un jeu constant de redéfinitions. L’Arabie saoudite est en difficulté parce que sa politique un peu dure avec les voisins, au Qatar, au Liban, au Yemen, a échoué. Les Emirats arabes unis marquent des points. Ils sont un pays qui montent en flèche pendant que l’Egypte est profondément affaiblie par sa situation économique et politique interne. »
« Erdogan veut endosser les habits du leader du monde sunnite puisqu’il n’y pas de pays arabe qui joue se leader. »
« Erdogan est à la tête d’un pays affaiblit économiquement. »

 Sur Charlie Hebdo 
« Ne pas être Charlie c’est être Charlie puisque Charlie plaide la liberté. »
« Si être Charlie, c’est condamner et s’élever contre les attentats, contre le meurtre de journalistes, oui, je suis Charlie. »
« Je suis Charlie dans le sens ou Charlie a le droite de publier ce qu’il veut. Mais j’ai aussi le droit de ne pas être d’accord. De ne pas acheter Charlie et de le critiquer. »
« À ceux qui m’attribuent une responsabilité dans les attentats de 2015, la tuerie de 2015, parce que j’avais critiqué la ligne de Charlie trois ans auparavant, en 2012, je leur demande : on a le droit de critiquer Mahomet mais pas Charlie ? »
« Utiliser des morts pour régler des comptes personnels, c’est pas très beau. »
« Il faut continuer à débattre et lutter contre les violences. »
« Il faut lutter contre le terrorisme intellectuel. Il y a un vrai terrorisme qui tue, qui a tué en janvier, qui a tué en novembre et il y a un autre terrorisme qui consiste à tuer les libertés : c’est le terrorisme intellectuel. »

 Sur l’affaire Waintraub et le climat du débat public 
« Les menaces que Judith Waintraub a reçu sont condamnables et inacceptables et je suis solidaire avec elle dans ces menaces de mort et par contre je trouve que son tweet est un amalgame raciste qui a tendance a assimiler tous les musulmans aux attentats du 11 septembre. »
« Judith Waintraub a le droit de dire ce qu’elle veut mais on a le droit de la critiquer. »
« Malheureusement, le racisme n’est pas nouveau et au moins aujourd’hui on considère que c’est inacceptable. »
« L’expression raciste a moins de place aujourd’hui qu’il y a trente ans, dans la société. »
« Pendant très longtemps, on interdisait la parole de l’extrême droite dans les médias, et je trouvais ça regrettable. Aujourd’hui, dans certaines tables rondes que l’on peut voir à la télévision, la proportion de gens d’extrême droite est bien supérieure à ce qu’ils représentent dans la société. »
« Il y a un ensauvagement du débat public et des médias et l’extrême droite est en train d’avancer dans la bataille intellectuelle et occupe sur la scène médiatique une importance beaucoup plus importante que ce qu’elle n’a dans le pays. »
« Darmanin aurait pu appeler et conforter cette jeune personne [Imane] qui n’a pas la surface sociale de Judith Waintraub, qui n’a pas ses réseaux, qui n’a pas ses soutiens. »
« La parole politique suit ce qu’elle croit être l’opinion et elle confond l’opinion avec certaines chaines l‘information permanente. »

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