Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 19 avril 2019

Patrice Maniglier : « Les philosophes ne doivent pas s’engager, ils doivent expérimenter »

Que disent les philosophes d’aujourd’hui ? À quoi servent-ils ? Qui servent-ils ? Qu’est-ce qu’une bonne pensée philosophique ? Les philosophes font-ils du neuf dans les idées ? Pour en parler, Patrice Maniglier, philosophe et auteur de « La philosophie qui se fait » aux Editions du Cerf est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les travaux philosophiques : qui s’en inspirent ? 
« Dans les mondes militants, il y a beaucoup de gens qui sont inspirés par les figures que sont les philosophes contemporains. »
« Les travaux philosophiques influencent les milieux de l’art, des sciences sociales, de la sociologie, de l’anthropologie. »

 Sur l’accessibilité des travaux philosophiques 
« Le problème c’est que dans ”populariser”, il y a une métaphore pédagogique qui implique que ceux à qui on s’adresse sont ”moins” que ceux qui leur parlent. »
« Je pense que la popularisation doit être l’expérience d’une pensée authentique. »
« On pense plus quand on s’adresse à des gens qui ne sont pas formés préalablement, dans le cadre dans lequel on intervient. »
« La pensée, c’est quelque chose qui agit sur la conscience, sur les sentiments, sur les capacités d’agir dans le futur, c’est une expérience voire une expérimentation que nous pouvons faire en philosophie quand nous nous adressons à des gens qui ne sont pas formés. »

 Sur le passage des penseurs aux courants d’idées 
« On découvre a posteriori qu’on avait tous avec des question similaires - pas les mêmes en réalité – mais, par exemple, dans le domaine de la philosophie ou de l’anthropologie, de l’activité militante ou chez les artistes, soudain, on a un geste un petit peu commun. Et c’est à ce moment là qu’on ressent le besoin de dire qu’on fait la même chose. »
« Le fait de dire qu’on fait la même chose permet d’intensifier la circulation entre ces différents domaines et entre chaque idée à l’intérieur de chacun d’entre nous. »

 Sur les philosophes médiatiques 
« Les philosophes médiatiques permettent de dire tout beau ce qu’on pense tout plat. »
« Dans le livre, je cherche à construire ce concept d’idéologie pour dire que, finalement, l’idéologie c’est juste un discours de justification de ce qu’on pense déjà. »
« Il n’y a vraiment de pensée qu’à partir du moment où il y a une petite invention, où il y a quelque chose qui se découvre. »
« Ces philosophes médiatiques sont dans l’espace du débat public au sens souvent des questions marquées par l’échéance électorale, et ils donnent une sorte de profondeur apparente à des questions extrêmement courtes sans être capables d’introduire des questions nouvelles. »
« Ils servent à justifier la clôture de l’espace des problèmes qui se trouvent dominants à un moment donné. »

 Sur Emmanuel Macron et Paul Ricoeur 
« Il n’y a absolument aucune pensée philosophique [dans l’action politique du chef de l’Etat]. »
« Dans les textes qu’il avait écrits peu avant son élection, on pouvait avoir le sentiment qu’il avait réfléchi à l’articulation entre la politique et la philosophie. Aujourd’hui, ce qui apparait c’est que c’est un opportunisme généralisé. C’est le digne fils de Hollande : des gens qui n’ont pas du tout de vision de ce qu’il se passe. »
« Il y a un terrible manque d’imagination [chez Emmanuel Macron] et c’est l’une des impostures de sa candidature. »

 Sur ce qu’est une bonne pensée philosophique 
« Le critère qui fait qu’une pensée philosophique est bonne, c’est qu’elle est inventive et permet de voir les choses autrement. »
« Le travail philosophique, c’est de soumettre ces mots - qui découlent des notions de démocratie, d’égalité, d’unité, d’identité, etc. - à une sorte de règle d’usage plus précise qui nous permet de mieux comprendre ce qu’on veut dire et de mieux écarter un certain nombre d’équivoques qui viennent avec ces mots. »
« Une bonne pensée philosophique est inventive et bien architecturée. »

 Sur l’engagement des philosophes 
« Il ne faut pas absolument que le philosophe s’engage si ça veut dire “faire campagne pour ou contre des débats publics sur le burkini” ou des choses de ce genre. »
« Il faut que la philosophie transforme quelque chose de l’expérience de la vie dans son domaine le plus ordinaire. »
« L’engagement n’est pas le bon concept. Le bon concept, c’est ce que je raconte dans un chapitre du livre : ne vous engagez pas, expérimentez. »

 Sur “l’utilité du philosophe” 
« Le philosophe sert à nous donner du courage pour soutenir des inventions que nous sommes en train de faire. »
« Jacques Rancière définit par exemple la démocratie comme l’égal pouvoir des compétents et des incompétents : l’idée que les incompétents puissent reconstruire aussi Notre-Dame peut paraitre comme extrêmement choquant mais c’est là où la philosophie est nécessaire pour réparer le tissu des évidences qui est déchiré par une invention. »

 Sur le nationalisme et l’alternative philosophique 
« Je pense qu’aujourd’hui les mouvements de type ZAD, une forme d’éco-socialisme, sont une alternative. »
« Si l’on veut chercher une sorte de construction politique qui est une construction d’avenir c’est une réouverture de la question des communs. »
« Il y a du commun à fabriquer donc à inventer : c’est un problème qui n’est pas limité par les frontières nationales (…). C’est le fondement d’un nouvel internationalisme mais qui a d’autres bases que l’internationalisme issu du mouvement ouvrier du 19ème siècle. Et c’est toujours la même question qui se pose : comment répond-on aux grands chocs de l’industrialisation qui n’ont pas fini de se répandre et qui vont mettre au cœur la problématique des humains versus les non humains, aussi bien que celles liées à l’égalité au sein de l’appareil de production, des question de vie, de comment on vit tous les jours. C’est ça l’avenir. »
« Le nouveau, c’est jamais quelque chose qui n’a absolument aucun rapport avec une tradition. »
« Le nouveau est une réinterprétation puissante de l’ancien et c’est nécessaire pour retisser ce tissu d’analogies qui a été déchiré par le temps. »

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  • Bonjour
    les philosophes actuels s’engagent -ils vraiment ?, et expérimenté t"ils aussi ?....lesquelles, et ?, et ils n’échappent pas a défendre des options très discutables.
    Je pense a cette célébre phrase de Marx : les philosophes ne font qu’interpréter le monde , il s’agit de le transformer.
    Je pense, que c’est toujours d’actualité...qu’en penser vous ?.
    Mais la plupart , pas tous, on leur utilités , ils nous donnent différentes lecture du monde et de la réalité.

    Bob Le 19 avril à 17:22
  •  
  • L’éco-socialisme est une alternative nous dit Patrice Maniglier. L’éco-capitalisme en est une autre.

    Glycère Benoît Le 19 avril à 23:17
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