Accueil | Entretien par Catherine Tricot | 22 janvier 2020

Patrick Braouezec : « En Seine-Saint-Denis, on a redonné de la fierté aux habitants »

Maire PCF de Saint-Denis de 1991 à 2004, député de 1993 à 2012, président de la communauté d’agglomération Plaine Commune de 2005 à 2015 puis président de l’établissement public qui lui a succédé, Patrick Braouezec ne se représentera pas aux prochaines municipales. Il est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’installation du Stade de France à Saint-Denis 
« Même si mon prédécesseur, Marcelin Berthelot, était contre le Stade de France à Saint-Denis, il avait créé toutes les conditions pour qu’on puisse l’accepter. »
« Ce n’est pas le Stade de France qui est à l’origine de la transformation urbaine du territoire. »
« Marcelin Berthelot, maire de Saint-Denis, Jack Ralite, maire d’Aubervilliers de l’époque, et Paulette Fost, maire de Saint-Ouen, ont constitué à l’époque un syndicat intercommunal qui s’appelait La Plaine Renaissance, qui avait pour vocation de tourner la page industrielle. »
« On avait un beau projet urbain mais on n’avait pas de sous. La question qui se posait à nous c’était : comment mettre en œuvre ce projet urbain ? »
« On avait l’intuition que le devenir de ce territoire avait un caractère local mais il avait des données au moins régionale si ce n’est nationale. On n’a pas été très entendu. »
« Pour lancer la proposition du Stade de France, on a fait une liste de plusieurs conditions qui pouvaient nous conduire à accepter ce projet : la couverture de l’autoroute, les gares du RER B et RER D, le prolongement du métro jusqu’à l’université de Saint-Denis, la réalisation d’espaces publics généreux pour bien circuler… »
« On a proposé ces conditions à Edouard Balladur, nouveau premier ministre, et il les a acceptées. C’est à partir de là que démarre le renouveau de ce territoire. »

 Sur Plaine Commune 
« Dès après la victoire de la France à la Coupe du Monde de football en 1998, on lance l’idée de créer Plaine Commune en y impliquant l’ensemble des villes de l’arrondissement de Saint-Denis. Je suis allé voir tous les maires avec lesquels on a réfléchi à une charte de l’aménagement et du développement. On y a travaillé pendant un an. »
« J’ai eu très vite la conviction que la ville se transformera par l’urbain et pas simplement parce qu’on aura développé des mannes financières. »
« C’est par la transformation du territoire que nous pouvions nous en sortir c’est-à-dire qu’on sortirait des fiches industrielles : il y avait quand même 800 hectares de friches. »

 Sur les habitants 
« On a associé les habitants et des associations dès le début du projet dans le cadre des assises de la Plaine. On a mis en débat le travail des architectes et des urbanistes. »
« Dès que la décision du Stade de France est prise, on créé tout de suite un comité de suivi avec les habitants et les associations, de locataires, de défense de l’environnement, etc. »
« On a aussi associé les quelques rares entreprises qui restaient sur le territoire à ce moment-là. Notre objectif c’était aussi d’associer les entreprises et leurs salariés. »
« Il fallait que tous les partenaires participent au devenir de ce territoire. C’est là qu’on a gagné beaucoup de confiance de la part des gens, des salariés, des entreprises. C’est ce qui a fait que les conditions que nous avions posées, ont été acceptées. Et réalisées. »

 Sur les liens entre le vieux Saint-Denis et la ville neuve
« Entre la ville fortifiée et la ville ancienne et aujourd’hui, il y a eu toutes les cités qui se sont constituées dans les années 70 autour de Saint-Denis. »
« Il y a des coupures urbaines très fortes [entre la vieille ville et la ville neuve]. Il y a des fractures urbaines qui coupent la ville de manière physique. »
« Tant qu’on aura pas créé une urbanisation qui permette le lien entre le centre historique et le quartier de la Plaine, il y aura cette coupure physique. La coupure sociale et sociologique n’existe pas. »
« Ce qui était important pour nous, c’était que l’arrivée du stade de gentrifie pas ces territoires, qu’il n’exclue pas des populations. C’est un pari gagné. »

 Sur le « ruissellement » de la Plaine sur Saint-Denis 
« On avait un rêve : il est devenu une réalité. »
« Aujourd’hui, on a un certain nombre d’investisseurs, de promoteurs et d’entreprises qui font le pari de s’installer sur le nord du territoire de Plaine Commune. »
« C’est un ruissellement qui a pris du temps. Il fallait que l’ensemble du territoire bénéficie de cette dynamique. »
« Nous devions être un territoire de la création. »
« Certaines zones ont pris du retard et on n’aménagera pas le nord du territoire comme on l’a fait au sud : les exigences climatiques et environnementales, la présence de l’eau, d’espaces verts plus importants. On ne refera pas là-bas ce qu’on a fait avec le centre ville de Saint-Denis pour être très clair. »

 Sur la situation du territoire aujourd’hui  
« L’impulsion est définitive. On est le deuxième territoire, après La Défense à accueillir des entreprises. Et cette impulsion ne chasse pas les populations. »
« On est dans un territoire de nombreuses contradictions. »
« Les populations de la Seine-Saint-Denis vivent très difficilement mais elles vivent toujours avec l’espoir parce qu’elles voient que ce territoire se transforme et que ça sera aussi un moment pour elles. »
« Ce qui fait la force de nos territoires, qui fait aussi ses contradictions ; on est sur un territoire dynamique avec une population qui ne vit pas forcément bien avec des difficultés du boulot ou de logement. Ces populations avec l’idée que ça sera mieux pour leurs enfants. »
« La grande leçon que j’ai tiré de l’histoire du Stade de France, c’est qu’en l’implantant à Saint-Denis, on redonnait aux gens une dignité. Ils étaient dignes d’accueillir un équipement à vocation internationale. »
« Auparavant, on mettait dans la banlieue ce qu’on ne voulait pas ailleurs. »

 Sur l’intercommunalité Plaine Commune 
« Je n’ai jamais été seul à défendre et construire Plaine Commune : il y avait toute une équipe municipale dont faisait partie Didier Paillard. »
« Je me souviens d’une discussion que j’avais eue avec François Asensi, député-maire de Tremblay-en-France : l’ensemble des villes alentour était à gauche (Villepinte, Sevran, Aulnay, Blanc-Mesnil, Clichy, Montfermeil…) et je lui avais dit de faire comme nous, une communauté d’agglomération. Mais il y avait sûrement des arrière-pensées de peur de pertes financières et d’obligation de partage. »
« On a multiplié par 2,7 les capacités d’investissements sur ce territoire avec la communauté d’agglomération. Et cette dynamique territoriale profite à tout le monde. »
« Notre force, c’est d’avoir pu parler d’une même voix alors que nous étions 9 villes de couleurs politiques différentes. »
« Le territoire de Plaine Commune s’est requalifié et, pour la première fois, ne va pas chasser les populations les plus en difficultés. »
« Il ne faut pas que les nouvelles populations chassent les anciennes. »

 Sur le rapport entre acteurs privés et puissance publique 
« La mairie sortante de Saint-Denis est attaquée à sa droite par ceux qui disent qu’elle fait trop de social, et à sa gauche par ceux qui dénoncent l’emprise des gros promoteurs. Or ce n’est ni l’un ni l’autre : les plus pauvres ont encore leur place dans cette ville et non, les promoteurs ne font pas ce qu’ils veulent. »
« La réalité est là : il faut que le monde de l’entreprise trouve sa place. »
« Je suis de plus en plus partisan du PPPPP : projet partenarial public-privé-population. »
« Il faut penser la ville comme un projet partagé entre la puissance financière c’est-à-dire le privé, la puissance publique à condition qu’elle ne devienne pas l’impuissance publique, et la population. »
« Ce qui nous pend au nez, c’est ce que décrit David Harvey : des gated communities versus des bidonvilles. »

 Sur les raisons de sa non-candidature aux prochaines municipales à Saint-Denis 
« Je m’arrête non pas parce que je suis fatigué (…) mais parce que j’ai fait une proposition à Laurent Russier [le maire de Saint-Denis] et Didier Paillard [ancien maire de Saint-Denis] il y a maintenant 10 mois mais n’ayant pas eu de réponse avant les vacances de Noël, j’ai décidé de prendre mon destin en mains et de m’arrêter. »
« J’ai intégré le Parti communiste français en 1972 et je l’ai quitté en 2009. Je l’ai réintégré en 2017 pour dire non à Jean-Luc Mélenchon. Pour lui dire qu’il n’était pas tout seul dans le paysage politique de la gauche. »
« J’ai voté pour Emmanuel Macron [dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017] pour éviter et François Fillon et Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Et ça, je ne le regrette pas. »
« Aujourd’hui, il y a plus qu’urgence, il y a le feu pour créer un rassemblement à gauche et ne pas se retrouver dans un deuxième tour mortifère Emmanuel Macron – Marine Le Pen. »
« Je crois profondément à une gauche attachée à des valeurs humanistes et de progrès social. »
« Il y a un repli très fort des forces de gauche vers le local ; on se pose de moins en moins de questions sur l’international. »

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  • « J’ai intégré le Parti communiste français en 1972 et je l’ai quitté en 2009. Je l’ai réintégré en 2017 pour dire non à Jean-Luc Mélenchon. Pour lui dire qu’il n’était pas tout seul dans le paysage politique de la gauche. »
    « J’ai voté pour Emmanuel Macron [dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017] pour éviter et François Fillon et Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Et ça, je ne le regrette pas. » C’est là une opinion proprement ahurissante ! Comment comprendre une telle accumulation d’affirmations aussi contradictoires : je serais curieux d’explications... En tout cas, avec une telle pensée politique, on est sûr d’aller dans le mur !

    Abbé Béat Le 22 janvier à 17:08
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