Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 9 mars 2018

Patrick Farbiaz : "L’anticolonialisme a toujours été minoritaire, y compris à gauche."

A l’occasion du Salon anticolonial qui aura lieu ce week-end, les 10 et 11 mars, à la Bellevilloise dans le 20e arrondissement de Paris, nous recevons son organisateur, Patrick Farbiaz.

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 Sur le Salon anticolonial 
« Le Salon, c’est 2 jours, le 10 et le 11 mars, où, à la Bellevilloise, au 21 rue Boyer à Paris, vous avez un rassemblement incroyable de représentations de différents peuples, du Moyen-Orient au Maghreb en passant par l’Afrique noire jusqu’à l’Amérique latine et à l’Asie. »

 Sur le fait que le Salon anticolonial soit représenté par un homme blanc 
« Ca serait bien mieux que ce soit une copine kanak, black ou arabe qui soit à ma place, c’est certain. »
« La fragmentation des luttes fait que chacun se replie sur sa propre lutte. »
« Quelle que soit la couleur de peau, l’anticolonialisme a toujours été minoritaire dans notre pays. »
« L’internationalisme est une valeur qui n’est pas beaucoup partagée. »

 Sur l’anticolonialisme aujourd’hui 
« On continue à coloniser un certain nombre de peuples. »
« L’anticolonialisme se place aussi dans des luttes traditionnelles : le Sahara occidental, la Palestine, le Tibet, la Tchétchénie, le Kurdistan… »
« La décolonisation n’a pas été jusqu’au bout. »
« A la décolonisation officielle a succédé une sorte de néocolonialisme. »
« Le néocolonialisme engendre des luttes très radicales contre la corruption. »

 Sur le fait d’être racisé 
« Aujourd’hui, les jeunes des quartiers populaires se disent racisés. »
« Il y a un système de domination qui fait qu’ils ont la perception d’être racisé. »
« Quand on est contrôlé 4 ou 5 fois par jour parce qu’on est noir ou arabe, la question du racisme et des prolongements du système colonial dans les centres de rétention ou dans les brigades de flics dans les banlieues, ça fait sens. »

 Sur les réunions non-mixtes 
« S’il y avait des gens qui nous avait demandé de faire des réunions non-mixtes pendant le Salon, ça ne nous aurait posé strictement aucun problème. »
« On pense que les Noirs ou les Arabes ou autres ont le droit, comme les femmes l’ont fait dans les années 70 à l’intérieur de tous les partis ou de l’espace public, de s’organiser de façon autonome. C’est même une condition de l’émancipation. »
« Pour qu’il y ait convergence des luttes, il faut que chacun soit fort en lui-même. »

 Sur l’indépendance de la Catalogne 
« On ne peut pas comprendre la question de l’autodétermination des peuples si on fait abstraction du droit des peuples à décider. »
« Le peuple catalan a créé son système étatique avant la France ou même l’Espagne. »
« L’indépendance, c’est une formule mais ce n’est pas forcément une réalité avec des frontières. »

 Sur la convergence des luttes 
« La question de l’autodétermination des peuples, si elle change de forme de nation à nation, existe de façon globale. »
« Au Rojava, les femmes kurdes se battent. Mais en Catalogne, il y a aussi eu une grève générale des femmes. »

Sur la gauche et l’anticolonialisme
« L’anticolonialisme a toujours été minoritaire, y compris au sein de la gauche. »
« Pendant la Guerre d’Algérie (…), la grande majorité de la gauche ne voulait pas entendre parler d’indépendance. Et même le Parti communiste français, à ce moment-là, ne soutenait pas l’indépendance du peuple algérien ; il voulait la paix mais Maurice Thorez disait de façon très significative : ’l’Algérie est une nation en formation’. »
« Le problème de la gauche française, c’est qu’elle se rattache à une tradition occidentale. »

 Sur la gauche et les migrations 
« Ce qui est dominant dans la gauche, c’est une attitude qui se voudrait humaniste mais qui, dans la pratique, ne l’est pas quand elle est au gouvernement. »
« Il y a peu de différences entre la gestion des migrations par la gauche et par la droite. »
« On était un peuple des migrants et maintenant, on devient un Etat qui reçoit les immigrés. »
« Il y a une bataille idéologique que la gauche ne mène pas. »
« Franchement, on n’a pas trop envie d’être, entre guillemets, ‘de gauche’ aujourd’hui. »

 Sur les gauches sud-américaines
« Le problème des gouvernements sud-américain, c’est qu’ils n’ont pas rompu avec le productivisme. »
« L’exemple de Chavez et Maduro qui se rattachent au pétrole comme seul environnement économique, est tragique. »
« Je me souviens d’une manifestation pendant le Forum social mondial à Caracas, organisé y compris par Chavez lui-même, contre Chavez avec les mouvements écologistes et indigènes parce qu’il voulait ouvrir une sorte d’autoroute, en liaison avec Lula et Morales, au milieu de l’Amazonie. »
« En Equateur et en Bolivie, la question indigène a été au centre des révolutions et c’est une rupture avec la domination hispanisante qui existait avec les révolutions sud-américaines de Bolivar et autres. »

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  • "tout le monde il est beau, mais tout le monde il est pas gentil !"
    en tout cas les dames patronnesses ont encore bien de la laine à tricoter. Pour info tout de même :...........................................................................

    En 2016, l’Afrique subsaharienne a capitalisé, à elle seule, 32% de l’aide publique au développement (APD) française, soit près de 2,8 milliards d’euros, d’après le Quai d’Orsay. Toutefois,

    « Y a-t-il un seul exemple d’Aide publique au développement qui a permis à un pays africain de décoller ? Aucun », constate amèrement Laurent Bigot, un ancien diplomate français.

    Pour cet ancien sous-préfet converti aujourd’hui dans le consulting, l’ADP consacre même « une forme de prime à l’incurie » en encourageant « une irresponsabilité » politique, et « la mauvaise gouvernance » puisqu’à travers les APD le message qui parvient

    « Plus vous êtes mauvais [en termes de gouvernance], plus vous recevez de l’aide. Le cas du Mali, un des pires modèles en termes de gouvernance, qui ne cesse pourtant de récolter des millions d’euros d’aides, est suffisamment probant. Or, la mauvaise gouvernance est justement le principal carburant du terrorisme »

    Et pour cause, les terroristes se nourrissent des frustrations des populations qui « estiment avoir essayé la démocratie pendant plus de 20 ans, sans que cela ait changé leur quotidien », ajoute Bigot.

    « En revanche, elle [la démocratie] aura permis à une petite clique d’affairistes et de politiques de capter l’argent et le pouvoir. Dans les quartiers, les populations vous disent que les prédicateurs (radicaux) nous aident, sont à nos côtés. Elles deviennent dès lors perméables à leurs discours… surtout quand la classe politique et l’Etat ne font pas leur travail », souligne l’ancien diplomate français.

    Seule une « logique endogène » permettrait aux pays africains de décoller, estime cet expert en se référant aux pays du Sud-Est asiatique qui ont cessé « très tôt » de recevoir les aides et les transferts de savoir et de technologie, pour voler de leurs propres ailes. Dès lors, « le meilleur service à rendre au développement en Afrique, c’est bien d’arrêter les aides au développement », dont profitent, en premier lieu, des dizaines de milliers de fonctionnaires étrangers et nationaux et une myriade de consultants

    , expliquait Bigot dans une tribune au Monde.
    En 2016, ce sont 24 milliards de dollars d’aide au développement qui ont été octroyés à l’Afrique subsaharienne par l’ensemble des pays industrialisés, selon les chiffres de l’OCDE.

    La France est le cinquième contributeur mondial en la matière, alors que les Etats-Unis occupent la tête du classement. Au fil des ans, les aides sont plus ou moins stables. Même si le « taux » de pauvreté recule sur le continent, la croissance démographique fait que le nombre des pauvres, lui, ne cesse d’augmenter en Afrique, faisant ainsi le lit du terrorisme, d’après les chiffres de la Banque Mondiale.

    « Faire des Africains des Occidentaux, c’est le but inavoué des aides au développement. Tant que des Africains chercheront l’aide et l’approbation de l’Occident, ils ne décolleront pas. En revanche, des pays ont pu le faire parce qu’ils ne cherchaient pas à plaire aux Occidentaux. C’est le cas de Singapour, et même d’une dictature comme le Kazakhstan dont l’économie croît à vue d’œil. Ce n’est pas dire que le développement est l’apanage des pays autoritaires. Des pays démocratiques, comme le Botswana, progressent aussi ».

    buda Le 9 mars à 14:12
  •  
  • c’est des préoccupations très franco-française tout ca .

    Passez un peu de temps dans d’autres pays, Espagne, canada, usa, Italie, Allemagne. Amérique latine.

    Vous verrez ce sentiment permanent de culpabilisation. " la colonisation " est absente aux seins des " élites " comme au seins des peuples.

    Personne en Italie, ne se fustige a cause de la somalie ou de l Ethiopie , et pour les autres jamais je nia entendu les canadiens culpabiliser sur les algonquins, les hurons, et autres natives.

    Pas plus les sud américains sur les quechuas et autres indios ,c’est donc très français, une résurgence du catholicisme surement ?!.

    buenaventura Le 9 mars à 23:11
  •  
  • La perte des colonies a créé des conditions plus difficiles à la reproduction des inégalités sur terre.Ce qui mine la domination bourgeoise est la baisse inexorablement tendancielle du taux de profit, baisse qui la rend plus agressive et dépendante des appareils idéologiques d’état (chers à Louis Althusser)pour conserver son hégémonie .Macron est allé hier le rappeler aux privilégiés d’Inde et les a appelés à faire bloc avec l’Occident c’est à dire avec l’Impérialisme américain.et ses laquais Si le parti médiatique (Appareil Idéologique d’Etat s’il en est !) insiste tant sur les problèmes des pays du sud et stigmatise la relation de JLM avec eux, c’est pour arrimer les couches moyennes - qui sont le plus dominées par l’idéologie colonialiste puis néocolonialiste de centre gauche de la bourgeoisie de toujours - à cette croisade contre les pays pauvres, la forçant à adopter les mêmes schémas de représentation du monde qu’elle...c’est à dire des schémas de guerre. Gramsci dans "lettres de prison" analyse très bien cela et JLM aussi dans l’ère du peuple. Il faut souligner l’importance de la guerre idéologique sur la question de l’Amérique latine et articuler davantage le lien dialectique entre l’économique ( freiner la baisse tendancielle du taux de profit ; ici les richesses naturelles hors prédation) et l’idéologique ( faire perdurer dans les couches moyennes le réflexe identitaire et néocolonial). Le Front National est un des éléments du dispositif mis en place par la bourgeoisie française dans cette entreprise de réhabilitation du néocolonialisme en ralliant couches populaires au système avalisé par une partie des couches moyennes (rapprochement tenté entre LR et FN au moins au niveau local).
    L’approche de ces questions par LFI me semble incomplète dans la mesure où elle sous-estime selon moi la vigueur de l’attaque et la dangerosité de nous laisser enfermer dans le piège de l’idéalisme tiers-mondiste .Pour sortir de ce piège, il faut affirmer que les immigrés d’hier, d’aujourd’hui et de demain sont les bienvenus à condition qu’ils acceptent les valeurs - toutes les valeurs - de la Républiques sans barguigner ou louvoyer et bien entendu résister. Que les entrées sur le territoire national se feront à condition que la majorité des français soit respectée dans son identité républicaine. L’écoute pour arriver au pouvoir est conditionné par ce nouveau cours que j’appelle de mes vœux.

    Dominique FILIPPI Le 11 mars à 10:47
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