Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 9 novembre 2018

Paul Chemetov : « Il n’y a pas de politique urbaine à Marseille »

Après l’effondrement de trois immeubles à Marseille, la gestion de l’urbanisme et du logement par la ville pose question. Pour en parler, l’architecte et urbaniste Paul Chemetov était l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’effondrement en quelques secondes des immeubles à Marseille et Charleville-Mézière 
« Quelques minutes avant sa mort, il était encore vivant. »
« Le problème de ces bâtiments, c’est que depuis des années, des décennies, ils ne sont pas entretenus. »
« Si des bâtiments fort anciens comme la Cathédrale de Chartres, Notre-Dame, le Parthénon ou Versailles sont encore là, c’est qu’ils sont indéfiniment reconstruits. »
« Jusqu’à la guerre de 14-18, dans les délibérations des conseils municipaux qui décidaient de la construction d’un équipement public, il était prévu que chaque année, 3% du budget initial soit alloué à l’entretien. C’est-à-dire qu’en 30 ans, on repayait le bâtiment en entretien. »
« Tous les bâtiments dont on parle en ce moment, n’ont fait l’objet d’aucun entretien. »

 Sur la politique urbaine à Marseille 
« A Marseille, le choix d’entretenir la ville ancienne n’a pas été fait. »
« Marseille a une vieille histoire non réglée avec l’habitat populaire. »
« Ce n’est pas la première fois que l’Etat constate l’incapacité marseillaise : en 1939, il y a eu un incendie terrible d’un grand magasin et la ville a été mise sous tutelle. »
« Il y a une espèce d’incapacité à cette ville à se gérer dans toutes ses contradictions et dans toutes ses additions. »
« Ce que j’avais constaté à Marseille en son temps, c’était un certain clanisme. »
« Il n’y a pas de politique urbaine à Marseille. »
« Les habitants du quartier de Noailles, ils hurlent quand ils voient ce qu’on investit sur la Plaine, le Cours Julien ou dans les hôtels de luxe. »

 Sur le fait que ça aurait pu être la pluie qui a provoqué l’effondrement des immeubles à Marseille 
« Il y a des immeubles qui sont, pour partie, privés de toit, des maçonneries complètement dégradées, des bois pourris : il est certain que la pluie, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. »
« Un immeuble normal, il est fait pour recevoir la pluie. »

 Sur Marseille, ville de l’accumulation 
« Le problème marseillais, ce n’est pas seulement travailler dans des nouveaux quartiers d’affaires étincelants, c’est l’entier de la ville. »
« On ne peut pas, en matière urbaine, du passé faire table rase. »
« Marseille est plus ancienne que Paris et est faite de toutes ses accumulations. »
« Les changements en ville sont lents. »
« Les experts mettent trois ans à passer voir un bâtiment et ensuite, on dit aux habitants : “ça va, vous pouvez vous reloger parce qu’on a mis un étai dans un coin”. »

 Sur la comparaison de Marseille avec Paris 
« Paris est la capitale, l’Etat s’y représente donc tout le monde y fait assez gaffe. »
« Paris a eu pendant longtemps un politique de rasage des îlots insalubres. »
« Sous les municipalités de Delanoë et Hidalgo, Paris s’occupe de l’habitat de ceux qui n’ont pas 500.000 ou un million d’euros pour s’acheter un logement. »

 Sur l’importance de la mixité sociale au sein de la ville 
« Une ville ne peut pas être faite uniquement de bobos et de cadres dynamiques. »
« La mixité sociale, ce n’est pas une alouette : il faut que la France comme elle est aujourd’hui constituée soit représentée et soit logée. »
« Le problème de l’aire métropolitaine marseillaise, c’est qu’elle n’a pas encore trouvé sa figure d’équilibre. »

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