Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 24 mars 2021

Philippe Bouyssou : « Il faut enseigner la culture de la paix et de la tolérance »

Le maire communiste d’Ivry-sur-Seine, Philippe Bouyssou, est la cible de son opposition de droite et des socialistes après avoir laissé une marche décoloniale s’organiser dans les rues de la commune. Il s’en explique dans une longue tribune publiée sur Regards.fr et il est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la marche décoloniale à Ivry-sur-Seine 
« Cette marche décoloniale est une initiative libre, démocratique et citoyenne donc je ne me sens pas en tant que maire d’une commune la volonté de contrôler ou d’interdire quoi que ce soit sur le territoire de ma commune. »
« Les habitants d’Ivry-sur-Seine sont issus de l’immigration majoritairement d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne - avec beaucoup de maliens - et ça a accéléré la tension autour de ces questions. »
« Aux dernières municipales, on a ouvert nos listes à un tiers de citoyens en demandant aux gens de nous dire qui ils aimeraient voir siéger au conseil municipal : les jeunes, de manière vraiment massive et impressionnante, se sont saisis de cette opportunité et ils ont proposé à des copains, des responsables d’associations ou des jeunes de leurs cités. »
« On a le conseil municipal qui compte en proportion le plus de binationaux et c’est révélateur de notre société qui est multiculturelle. »
« On est une ville populaire, métissée et solidaire. »

 Sur la question raciale et la question sociale  
« Il faut arrêter de se diviser entre les blancs et les moins blancs, les blancs et les pas blancs, je m’en fiche complètement : on est tous ensemble dans la même société. Et comme je suis communiste, j’ai tendance à penser que la lutte des classes a encore du sens. »
« La loi séparatisme est une absurdité totale. »
« Si danger il y a, c’est qu’on est en face de deux projets de société : il y a un projet de société que j’essaie de porter, celui d’une société du tout ensemble dans une société métissée, qui s’enrichit des différences des uns et des autres. Et puis il y a une vision de la société réactionnaire et restrictive. »
« Il y a un problème sur la vision qu’on peut avoir les uns et les autres de la laïcité avec une instrumentalisation de la laïcité. »

 Sur les conséquences du débat public et les tensions que ça peut générer  
« Il n’y a pas de tensions interculturelles dans la ville d’Ivry. Je prends un exemple : on a la chance d’avoir une synagogue dans le centre-ville d’Ivry (…). Je note aucune agression antisémite ces dernières années. »
« Tous les ans à Ivry-sur-Seine, pendant une semaine, on fait la semaine de la mémoire du génocide des juifs et des tsiganes, de la lutte contre toutes les discriminations et de la prévention des crimes contre l’humanité. On le fait en partenariat avec les enseignants et l’Education nationale (…). Ça fait 17 ans qu’on organise cet événement et j’ai l’impression que cet enseignement de la culture de la paix et de la tolérance, d’un rapport riche à l’autre, laisse des traces positives. »
« Je note aucun conflit dans l’espace public. Il y a des conflits de bandes par moments entre cités et quartiers mais ça n’a rien d’inter-ethnique. »

 Sur les réunions non-mixtes 
« Je ne suis pas du tout d’accord [avec le fait que le PCF parle d’enfermement identitaire de l’UNEF]. »
« Je n’ai pas d’opinion sur le fait que ceux qui se sentent victimes de discrimination et qui ont des choses en commun ressentent le besoin de se voir entre eux pour en causer. »
« Je suis homosexuel et il a pu m’arriver, dans d’aller dans des assos gays : selon la manière dont on vit les discriminations, on peut à mon moment avoir envie de se retrouver entre personnes qui vivent les mêmes discriminations pour en causer. »
« Je suis pour l’intersectionnalité des luttes, pour que toutes les luttes contre les discriminations et qui visent à la libération se rejoignent. »
« J’aimerais bien entendre tous les gens qui accusent l’UNEF d’avoir organisé des réunions entre racisés ou entre filles, se prononcer sur les loges maçonniques non-mixtes… »

 Sur le PCF et les luttes antiracistes 
« Un parti qui a 100 ans a forcément une histoire longue. »
« On n’a pas changé d’appellation à chaque fois que les mentalités ont évolué : on est resté le PCF. »
« Dans l’histoire du PCF, il y a des zones d’ombre et il faut les assumer. A la fin des années 70, début 1980, on a fait de grosses conneries et on a pris un retard considérable et on n’a pas vu ce qui était en train de bouger dans la société et ça nous a mis hors-jeu de plein de choses. Le dire, c’est l’assumer et l’analyser. »
« A Ivry, il y a eu des quotas sur les colonies de vacances parce qu’il fallait qu’il n’y ait pas trop d’enfants d’immigrés et parce que l’on considérait que c’était aux villes communistes d’accueillir toutes les populations migrantes. »
« Le Parti communiste a beaucoup progressé sur ces questions [antiracistes]. »
« J’ai été très déçu que la moitié du groupe communiste [à l’Assemblée nationale] se contente de s’abstenir sur le projet de loi séparatisme. Et je remercie les députés communistes qui ont voté contre : j’ai été soulagé de voir qu’il y avait des camarades communistes dans le groupe parlementaire. Je ne m’explique pas comment les autres ont pu s’abstenir… Celle d’André Chassaigne par exemple ne m’a pas convaincu du tout ! Je suis en complet désaccord… Comme quoi, même chez les communistes, il y a de la diversité, c’est normal. »

 Sur la situation liée au Covid 
« On est dans une phase d’anxiété, de ras-le-bol et de déprime. »
« Ce qui est le plus insupportable, c’est l’attente avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, de chaque prise de parole du Premier ministre. »
« Ils vont faire de grands vaccinodromes mais ça ne va pas faire la maille : ça ne va remplir qu’une toute petite partie des besoins de couverture de l’immunité collective. »
« Il faut réquisitionner des entreprises et fabriquer des lignes de vaccins. »
« Il faut déclencher un plan d’urgence pour les hôpitaux parce que, malheureusement, des pandémies, il y en aura d’autres. »
« Je veux que l’on réouvre les cinémas, les théâtres et les musées parce que c’est vital pour les gens. »

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