Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 20 janvier 2021

« Le rêve de Bruno Le Maire, c’est 90% au SMIC, 45h par semaine, plus de syndicat, plus de code du travail et fermez vos gueules »

En pleine crise des vaccins et alors que le nombre de chômeurs pourrait exploser d’ici quelques mois, la ministre du travail, Elisabeth Borne, veut remettre son projet de réforme de l’assurance chômage à l’ordre du jour. Pierre-Edouard Magnan, président du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la nécessité d’une réforme de l’assurance chômage 
« Il faudrait une réforme de l’assurance chômage mais surtout pas celle qu’on nous propose aujourd’hui, ou plutôt, celle qu’on nous impose depuis plusieurs années. »
« Il faut remettre à plat l’assurance chômage dans ce pays. Je pense même que c’est la protection sociale dans ce pays qu’il faudrait remettre à plat de manière plus large. »
« Il faut pouvoir indemniser toutes les formes de chômage et de précarité c’est-à-dire une indemnité qui ne soit plus basée uniquement sur la seule masse salariale mais sur l’ensemble des richesses produites par le travail. »
« Il faut remettre à plat la manière dont on accompagne l’ensemble d’un vie qui sera forcément faite de période de précarité et de chômage. »

Sur la crise sanitaire et le chômage
« Nous ne sommes jamais consultés [les associations de chômeurs et de précaires]. »
« Aucun ministre du travail ne nous a reçu dans ce gouvernement et d’ailleurs je pense qu’ils ne savent même pas que les associations de chômeurs existent. »
« Ma vraie crainte c’est qu’on aille vers un système de régime obligatoire, comme pour la santé, assumé par l’Etat qui serait ni plus ni moins qu’une extension du RSA ouvrant la porte à un système de régime complémentaire. »
« Je suis un mutualiste et même un mutuelliste. »
« On va avoir des assureurs et des banquiers qui vont arriver sur ce marché de l’assurance chômage parce que le chômage est un risque qui s’assure très bien. »


 Sur l’Unedic 
« L’Unedic est une association loi 1901. Pour l’instant, comme il n’y a plus de cotisation, c’est l’Etat qui paye. Tant que l’Etat finance, l’Unedic finance dernière. L’Etat a reprise les cotisations même s’il y a un peu de CSG. »
« Il n’y a pas de risque de cessation de paiement. Et on ne voit pas l’Etat dire qu’il arrête de payer le chômage. »
« Si l’Etat coupait le robinet, ça créerait sans doute les conditions d’une forte mobilisation sociale. »

 Sur l’interdiction des licenciements 
« Il n’y a pas de solution miracle contre le chômage. »
« Si on parle des plans sociaux des grosses boites qui profitent de la situation, comme Michelin par exemple, ces licenciements ne devraient pas être permis par la loi puisqu’ils n’ont aucune justification économique. »
« En revanche, il est compliqué de dire à des restaurateurs qui se retrouveront en faillite - une fois que le chômage partiel va disparaitre - qu’ils ne peuvent pas licencier. On peut vite tomber dans le poujadisme. »
« On continue de militer pour la réduction du temps de travail et une refonte complète de la fiscalité : si on répartit différemment le travail, il faut répartir la richesse produite et les salaires autrement. »
« Le patronat adore le travail mais il aime un peu moins le salaire. »

 Sur le rapport au travail 
« Le besoin d’exercer une activité est extrêmement important pour la plupart des gens. »
« Je me pose une question et je n’ai pas la réponse : est-ce qu’on peut faire société si des gens qui font le choix de ne pas travailler se retrouvent dans la même situation que ceux qui travaillent ? Si sur le plan philosophique ça peut se discuter, ça s’explique sans problème, mais ça me parait invendable à une société. »
« Le rêve de Bruno Le Maire c’est que 90% des gens travaillent au SMIC, 45h par semaine, et qu’ils ferment leur gueule. »
« Le besoin d’exister, le besoin d’existence sociale, le besoin d’interactions, on le voit avec le télétravail et son impact, est essentiel. »
« Le télétravail est insupportable pour l’immense majorité des personnes de la même manière que les gamins étaient très contents de retourner à l’école. »


 Sur la gauche, le chômage, la précarité  
« La gauche a un gros problème avec le monde du chômage et de la précarité. De même qu’avec le monde syndical. »
« Paradoxalement la droite nous traitait plus mal mais c’était plus facile de discuter avec elle et notamment localement. »
« Ça ne me fait pas plaisir de le dire mais localement, quand on est une association qui défend les précaires et les chômeurs, il est parfois plus facile de discuter avec des gens de droite que des gens de gauche. »
« En 2002, Jean-Luc Mélenchon déclarait que c’était la faute aux chômeurs si Jospin n’était pas passée au deuxième tour alors que toutes les études montrent que les chômeurs ressemblent à la population et qu’ils votent comme tout le monde. Enfin il faut nuancer parce que le premier problème, c’est que les chômeurs ne votent pas mais globalement ils sont un peu comme le reste de la population. »
« Le monde syndical a souvent tendance à considérer qu’un mouvement qui ne vient pas de lui est suspect. »
« Je ne tomberais pas dans l’anti-syndicalisme primaire parce que si on a encore un peu de droit du travail, c’est grâce au mouvement syndical. »
« Il y a un rejet des gens qu’on accompagne. On doit faire un travail d’éducation populaire. Les pires horreurs que j’ai entendues sur les chômeurs, je les ai entendues des chômeurs eux-mêmes. »


 Sur les travailleurs précaires et le salariat  
« Le fait d’avoir un travail ne signifie pas qu’on puisse en vivre. »
« Les commerçants et les artisans sont une population à laquelle la gauche ne s’adresse jamais parce qu’elle les considère comme des petits patrons alors qu’ils sont des précaires. »
« Il faut travailler sur la question des statuts. Et comment on créé des droits et on protège ces nouveaux statuts d’auto-entrepreneurs notamment - les ubérisés -. »

 Sur le revenu universel 
« La sécurisation des parcours professionnels, c’est juste réinventer la sécurité sociale d’Ambroise Croizat à la fin de la guerre. »
« Sur la question du revenu minimum, il faudrait l’assumer jusqu’au bout en disant que tout le monde a le droit à un minimum, qui serait une sorte de socle, derrière lequel il y aurait des variables liés à la situation de chacun. »
« Comment gère-t-on une société avec des gens qui se contentent pour vivre, du revenu de base ? »
« Si on décide de faire ce socle, il faut le verser à Bernard Arnault. Mais, dans le même temps, on va tellement lui pomper en fiscalité que ce n’est pas très grave de lui donner. Mais ce n’est pas simple à assumer politiquement. »
« Il faut créer l’automaticité des droits tels qu’ils existent aujourd’hui. »
« On ira jamais gaiement à Pôle Emploi mais on devrait pouvoir y aller sereinement. »

 Sur la transition écologique 
« La transition écologique est créatrice d’activité. »
« Le problème, ce n’est pas de supprimer des activités que l’on considèreraient comme polluantes mais de voir où on recase les gens ensuite. »

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