Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 7 juin 2018

Pierre Haski : « Il y a une ligne à ne pas franchir entre critique et dénonciation des médias »

La loi sur les fake news est-elle compatible avec la défense de la liberté d’expression et de la presse ? Alors que s’ouvre aujourd’hui le débat parlementaire à l’assemblée nationale, Pierre Haski, président de Reporters sans frontières, est l’invité de La Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur le débat parlementaire autour des « fake news » 
« Il y a une partie de ce projet de loi qui nous semble légitime lorsque le gouvernement veut assurer la transparence sur les contenus sponsorisés sur les plateformes numériques. »
« 125 millions d’américains ont été exposés à des contenus sponsorisés sur Facebook qui étaient achetés par des intermédiaires pour le compte des services russes. »
« La loi s’est transformée et il nous semble qu’il y a un vrai danger de confusion. »
« On rentre dans un domaine de confusion avec le risque d’effet boomerang d’une loi. »
« Une loi inapplicable ou mal appliquée, qui prête à confusion dans son application peut être aussi dangereuse qu’une loi liberticide. »

 Sur la notion de « fake news » 
« Les députés dans leur infinie sagesse ont sorti une définition de la ‘fake news’ qui ne me satisfait absolument pas. »
« Ce qui est terrible c’est qu’on donne au juge la responsabilité, en 48 heures en cas de référé, de déterminer sur la base de cette définition ce qui est, ou n’est pas, une fausse information. »
« On continue dans cette judiciarisation de la vérité à un moment ou je pense qu’il faudrait poser à plat ce problème des fausses informations. »
« On peut espérer que, vu l’expérience de ce qu’est le service public de l’audiovisuel, il y ait un travail professionnel derrière et qui soit pas sous la tutelle du ministère. »
« Ce serait une erreur capitale que le ministère de la culture et de la communication devienne le ministère de la vérité. Je ne pense pas que ça soit ce que Françoise Nyssen a derrière la tête. En revanche, il faudra être vigilant sur le cahier des charges de cette plateforme et son degré d’indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. »

 Sur la réforme de l’audiovisuel public 
« Si les arrières pensées sont effectivement uniquement de faire des économies, on se plante parce qu’on va dans une direction qui est toujours de donner moins de moyens pour faire des tâches plus ambitieuses. »
« Il y a une ou deux choses qui me semblent plutôt positives dans les intentions : développer l’information régionale et locale et transformer France 4 en une chaine numérique. »
« Il y a des évolutions nécessaires mais il faut être vigilant sur les moyens. »

 Sur le rapport annuel de RSF 
« La transformation du journaliste en bouc-émissaire de tous les problèmes nous inquiète. »
« Il est irresponsable de la part des hommes politiques de surfer sur l’impopularité des journalistes pour se refaire une virginité. »
« Il y a un climat de violence verbale qui est entretenu aux Etat-Unis, en France ou ailleurs qui peut créer un climat hostile à la liberté de la presse. »
« Quand on crée un climat dans lequel les journalistes sont désignés comme des traitres, le fait qu’il y ait un meurtre d’un journaliste d’investigation dans ce pays ne peut pas être totalement étranger à ce climat. »
« La concentration des médias est inquiétante en France. »
« Il y a une ligne invisible à ne pas franchir entre la critique des médias et la dénonciation des médias et je pense que Jean-Luc Mélenchon a franchi cette frontière. »
« Sans système d’information reposant sur la confiance, il n’y a plus de citoyenneté et plus de démocratie. »

 Sur la loi « secret des affaires » 
« Le risque majeur c’est que les entreprises utilisent la protection de leurs intérêts économiques pour empêcher les enquêtes dérangeantes sur leurs activités. »
« Depuis des années, on voit monter le recours à la justice à la fois pour créer une jurisprudence de protection des entreprises contre l’investigation mais aussi plus simplement la multiplication des affaires qui n’ont pour seul but que d’alourdir la charge des médias et les pousser à l’autocensure. »
« Si la loi veut protéger l’intérêt économique, elle devrait aussi pénaliser réellement le recours abusif à la justice pour poursuivre des médias. »

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  • Les journalistes avec un grand J seraient donc par définition au dessus de tout soupçon de collusion avec le pouvoir et l’oligarchie qui possède l’essentiel des médias et qui manœuvre en sous-main. Ce monsieur croit-il réellement que les Français placent les journalistes dans le peloton de tête des professions les moins appréciées parce que certains émettent des critiques sur les médias ? Si ces critiques n’étaient pas fondées elles passeraient totalement inaperçues.

    choucroute Le 7 juin à 15:46
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