Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 18 novembre 2021

« Politis peut disparaître et c’est avec beaucoup de gravité que nous lançons notre appel »

Alors que la presse et notamment la presse indépendante est menacée, que l’empire Bolloré étend son influence dans les médias et l’édition, l’hebdomadaire Politis, 33 ans, pourrait disparaitre du paysage médiatique. Sa rédaction lance une campagne de souscription pour se relever. Agnès Rousseau, directrice de Politis, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur ce qu’est Politis  
« Politis est un hebdomadaire indépendant et engagé. Il n’est pas entre les mains d’un milliardaire comme beaucoup de médias et d’hebdomadaires en l’occurrence. »
« Politis est la propriété de ses lecteurs et de ses abonnés. »
« Politis prend le parti de toujours partir du point de vue des laisser-pour-compte du capitalisme, des exclus, des exploités et des dominés. »
« Face aux défis auxquels on fait face dans le monde, un journalisme honnête et rigoureux ne peut pas rester indifférent et se doit de prendre parti sur les questions écologiques, l’accroissement des inégalités ou la mise en péril de nos libertés publiques. »
« Politis se situe aux carrefours des gauches et de l’écologie. »
« Politis est un lieu de débats et de réflexions pour les gauches pour inventer un avenir pour les gauches. »

 Sur les enjeux d’une presse indépendante  
« On lance l’appel parce qu’on y est contraint et on a envie que Politis vive. Politis a encore des choses à dire sur le monde. »
« On est d’autant plus inquiets face à ce qu’il se passe aujourd’hui : la casse autour du pluralisme des médias avec une concentration toujours plus importante. Les phénomènes de rachats par Bolloré n’en sont qu’un des symptômes. »
« On est dans un contexte de très grande inquiétude par rapport à la concentration de la presse qui est entre les mains d’une dizaine de milliardaires. »
« Il y a forcément des convergences qui se créent et des logiques similaires. »
« On ne peut rien tout seul. C’est pas seulement des médias qu’il faut sauver et qu’il faut faire vivre. C’est tout un écosystème de la presse indépendante qu’il faut contribuer à développer et à consolider. »
« Il y a beaucoup de médias indépendants qui sont fragiles et isolés. Il nous faut réfléchir à des logiques de mutualisation et de consolidation collectives si l’on veut contrebalancer la presse qui n’est pas indépendante. »

 Sur Vincent Bolloré et les médias  
« Bolloré s’est acharné sur Bastamag. Il nous a fait beaucoup de procès qu’on a gagné en appel ou en Cassation. C’est très révélateur de ce dont peut être capable Bolloré : c’est-à-dire un acharnement pour faire taire la presse - parce qu’on a enquêté sur ses affaires en Afrique ou en Asie. »
« Beaucoup de médias et de journalistes ont eu affaire à Bolloré : c’est un mépris vis-à-vis de la presse et du travail des journalistes. C’est très symptomatique du regard qu’il porte sur le débat démocratique. »
« Le fait que Bolloré se soit lancé dans du rachat des médias participe d’une volonté d’influence et d’ingérence dans les débats (…). Ce qui est encore plus problématique c’est que sa conception de la presse est très inquiétante : il a un agenda idéologique qui n’est plus caché et qui est complètement révélé. Son agenda politique est ouvertement xénophobe et raciste. »

 Sur l’appel pour une presse indépendante  
« L’appel a été lancé par le fonds pour la presse libre qui vise à soutenir et à renforcer l’écosystème de la presse indépendante, lancé à l’initiative de Mediapart. »
« Ce fonds distribue des fonds à des médias indépendants sous forme de subventions et de prêts. »
« On a un problème aujourd’hui puisque ce sont les plus gros médias qui touchent le plus d’argent public - surtout quand ils sont la propriété de milliardaires. »
« Le système des aides à la presse est à revoir complètement. Il est très archaïque. Il est difficile de le remettre en cause parce que les principaux bénéficiaires n’ont pas envie que ces aides soient remises en cause. »

 Sur l’appel à souscription 
« On s’est posé la question de rester un hebdomadaire mais pour l’instant on souhaite le rester. »
« On a réfléchi à produire des articles plus sur du temps long, faire des grands entretiens… Nos lecteurs sont très attachés au fait que l’on puisse expliquer la complexité du monde dans un moment où on a souvent des positions de surplomb faites principalement de commentaires. »
« Pour la première fois depuis longtemps, nos abonnements commencent à réaugmenter. Il faudrait que l’on regagne 2000 abonnés pour retrouver un équilibre et une certaine sérénité. »
« Oui, Politis peut disparaître : c’est avec beaucoup de gravité que l’on lance notre appel. On n’a que quelques mois de trésorerie donc si on ne réussit pas à récolter des fonds d’ici la présidentielle, on disparaitra. »

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