Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 8 avril 2021

« Pour freiner la circulation du Covid, il faut dépasser les limites d’âge et débrancher Doctolib »

La crise du Covid-19 est des plus inégales d’un point de vue social. Stéphane Peu, député communiste de Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus jeunes et les plus pauvres de France, est l’invité de la Midinale.

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 Sur le Covid-19 et la vaccination en Seine-Saint-Denis 
« On connait les raisons pour lesquelles notre département de Seine-Saint-Denis est le plus touché par le Covid-19 : la densité urbaine, la promiscuité de l’habitat, le fait que l’on ait beaucoup de gens qui travaillent dans les métiers essentiels, la désertification médicale (30% des habitants de Seine-Saint-Denis n’ont pas de médecin traitant par exemple) et aussi les maladies liées à la pauvreté (obésité, diabète…). »
« La pandémie du Covid-19 est très inégale sur le plan social. »
« En Seine-Saint-Denis, nous avons eu le taux de mortalité le plus élevé pendant la première vague - et nous sommes toujours en haut de cette épidémie pour les deuxième et troisième vagues. »
« C’est dans le département le plus jeune de France que le Covid-19 fait le plus de dégâts humains pour une maladie dont on dit qu’elle touche surtout les personnes les plus âgées. »
« Sur la vaccination, on a d’abord été victime de la difficulté de l’Etat à s’organiser, à planifier et à assurer un logistique. »
« Sur la vaccination, l’Etat a donné les clefs à Doctolib : cela pose un problème de principe en soi parce que l’on transfère à un acteur privé des données de santé sachant que Doctolib s’est lui-même associé à Amazon pour la gestion de la politique de vaccination. »
« Les plateformes privées comme Doctolib ne sont pas capables de développer une politique publique : elles sont performantes pour faire de la gestion de rendez-vous à l’aveugle mais une politique de santé publique et a fortiori de vaccination ne se fait pas à l’aveugle. »
« Dans des centres de vaccination en Seine-Saint-Denis, on a pu voir beaucoup de personnes extérieures au département ; il ne faut pas prôner une préférence départementale mais dans l’organisation de la vaccination en France, on a réparti les doses par département en fonction de la population et des populations cibles. »

 Sur les vaccinodromes 
« Pour la petite histoire, je vais aller me faire vacciner cet après-midi au vaccinodrome du Stade de France parce que mon tour est venu. »
« Il faut que l’on obtienne de la part du gouvernement, un regard différent sur le département de Seine-Saint-Denis sur la politique de vaccination. »
« Pour être efficace en Seine-Saint-Denis et pour freiner la circulation du virus, il faut dépasser les limites d’âge qui sont celles de la politique vaccinale aujourd’hui : il faut que les métiers les plus exposés puissent avoir accès au vaccin (les personnels des écoles, les policiers, les pompiers, les personnels de supermarché, les personnels de commerces encore ouverts…). »
« En Seine-Saint-Denis, il faut débrancher Doctolib et remettre en place une politique adossée à la Sécurité sociale - qui organise parfaitement cela pour le vaccin contre la grippe. »
« Il faut aller vers les gens et mener une politique qui soit emphatique, inclusive et qui cherche l’efficacité. »

 Sur le délaissement de la Seine-Saint-Denis 
« La prise de rendez-vous sur Doctolib est difficile. »
« Il y a un problème d’accès à l’information avec la rupture numérique. »
« Il y a beaucoup de gens, notamment parmi les personnes âgées, qui n’ont plus l’habitude de se soigner parce qu’ils n’ont plus de médecin traitant ou que celui qu’ils avaient est parti et n’a pas été remplacé. »
« A la date de vendredi dernier, 62% des Français de plus de 75 ans avaient été vaccinés pour seulement 49% en Seine-Saint-Denis. »
« Il faut des centres de vaccination de proximité partout : il est anormal que les maires de Stains ou d’Epinay-sur-Seine qui sont des villes d’environ 40.000 habitants n’aient pas de centre de vaccination de proximité. Il n’y a pas une ville de cette taille en région qui n’ait pas son centre de vaccination ! »

 Sur la défiance vis-à-vis de (certains) vaccins 
« Sur AstraZeneca, celui qui a instillé le doute le premier, c’est le Président de la République. »
« Le gouvernement était persuadé que les Français seraient majoritairement réticents à la vaccination alors que très vite, le vaccin a été perçu comme notre planche de salut. »
« Il reste des gens hostiles et des gens qui complotent contre la vaccination mais majoritairement les Français veulent aller se faire vacciner. »
« J’ai un doute sur le fait qu’on ouvre des centres de vaccinations où l’on choisit son vaccin comme au bar on choisit sa bière. »
« Ce que l’on m’a rapporté sur la situation dans certains hôpitaux et cliniques, c’est que, plus on montait dans la hiérarchie de l’hôpital (chefs de service, médecins), on se faisait vacciner au Pfizer et plus on descendait, plus on proposait l’AstraZeneca : comment voulez-vous que les gens n’aient pas un doute ? »
« Je crois à l’exemplarité. »

 Sur le vaccin, bien commun mondial 
« Le problème d’Emmanuel Macron, c’est qu’il est capable de nous faire les plus belles phrases du monde : il nous avait même parlé au début de la pandémie « des jours heureux. »
« En politique, comme dans beaucoup de domaines, c’est toujours mieux de juger aux actes et le seul acte sur le sujet qui existe, c’est le vote négatif de la France à l’OMC contre la proposition de l’Afrique du Sud et de l’Inde de faire tomber les brevets sur les vaccins. »
« Au lieu de mettre toute la politique vaccinale du continent européen dans les mains des Big Pharma en étant complètement dépendants de leur rythme de production et de leur bon vouloir, on aurait pu appliquer à l’échelle européenne le rachat des brevets et des licences. »

 Sur la réponse de gauche à la crise que nous traversons 
« Ce qui ne permet pas de franchir le mur du son à gauche, c’est de ne pas réussir à avoir de parole commune. »
« On peut rester extrêmement divers en fonction de nos origines et nos cultures mais qu’est-ce qui nous empêche aujourd’hui, au regard de la situation politique dans notre pays, de l’échec de plus en plus patent de toutes les politiques libérales depuis le début des années 90 et du danger nationaliste et raciste que représente le Front national, de se mettre d’accord pour avoir un socle commun à proposer au pays ? »
« Je ne comprends pas que l’on ne puisse pas préparer, pour un quinquennat, des propositions qui permettent de commencer à inverser le cours de choses : sur la place et le rôle des services publics, des biens communs, l’encadrement du marché sur un certain nombre d’activités humaines pour se mettre sur les rails de la transition écologique et pour plus de justice sociale, sur la fiscalité… »
« Je crois qu’il n’est pas trop tard pour 2022. »
« Je trouve intéressante la proposition de Yannick Jadot de réunir tout le monde autour de la table même si je ne suis pas dupe sur les ambitions des uns et des autres. »

 Sur le PCF 
« Je fais partie des parlementaires communistes qui ont exprimé dans un texte le fait que pour nous, le rôle majeur du PCF dans la période, c’est de mettre son expérience et sa force au service d’un rassemblement de la gauche et des écologistes pour 2022. »

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