Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 8 février 2022

« Que l’on soit pour ou contre le nucléaire, il faudra vivre 30 à 40 ans avec nos réacteurs »

Le débat sur le nucléaire s’invite dans la campagne électorale. Il fracture la gauche. Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Comment se faire un avis et sortir du débat tronqué du « pour ou contre le nucléaire » ? Olivier Frachon, ingénieur EDF à la retraite, ancien syndicaliste, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur le rachat par EDF des activités nucléaires de Général Electrics

« Pour construire une centrale, il faut une turbine. »
« Pour construire un EPR, il faut un groupe/turbo alternateur derrière. Donc si on ne le fabrique plus, c’est compliqué de construire des centrales de cette puissance [type EPR]. »
« Je me demande pourquoi demander à EDF de les racheter [ces activités nucléaires de Général Electrics] alors que dans les années qui viennent EDF va avoir besoin d’investir pour renouveler tout le parc de production d’électricité en France. On voit là qu’il y a des choix qui sont tronqués. »

Sur le débat autour du nucléaire

« Derrière la question du nucléaire, la principale question à se poser c’est dans quel monde on veut vivre ? »
« L’électricité représente 25% de la consommation énergétique de notre pays. »
« Si on veut décarboner, c’est-à-dire se passer du pétrole et du gaz, ça veut dire qu’il va falloir transférer une partie des usages sur l’électricité. Il va falloir produire cette électricité. Et avant de décider comment on produit cette électricité, il faut d’abord savoir dans quel monde on veut vivre. »
« Aujourd’hui, l’énergie pour l’humanité, c’est comme si chacun d’entre nous vivait avec 200 humains à son service. C’est une moyenne dans le monde parce qu’en Europe, c’est plutôt entre 600 et 1000 personnes en fonction d’où il se situe. Il y a des pays dans le monde où les gens n’en ont pas. »
« Il faut se poser la question, quand on utilise des ressources pour produire des éoliennes ou du solaire, est-ce que ça ne se fait pas au détriment d’autres populations qui en auraient besoin. »

Sur les besoins énergétiques du monde et la perspective zéro carbone

« Si on veut décarboner l’énergie, l’électricité va prendre une place de plus en plus grande. Il faudra aussi décarboner la façon de produire notre électricité. »
« La majeur partie de l’électricité produite dans le monde est faite à partir de charbon, de pétrole ou de gaz. »
« Il faut construire des systèmes complexes que sont les systèmes électriques. Ça passe par un vrai système industriel et ça demande du temps. »
« On a mis près d’un siècle à construire notre système électrique qui est constitué à la fois des moyens de production, mais de transport, de distribution et de régulation de tout ce système. »
« Sortir du nucléaire, c’est encore accepter de vivre avec le nucléaire entre 25 à 40 ans. »
« On ne peut pas sortir du nucléaire comme ça. »

Sur les salariés du nucélaire face à la transition et à la reconversion des métiers

« Dans l’histoire, on a fermé beaucoup de centrales, à charbon ou au full, et on développé les centrales nucléaires. C’est une corporation de métiers où on a toujours su changer de métier et évoluer. D’ailleurs, on avait un statut, avec un salaire à vie à la qualification, qui le permettait et le garantissait. »
« Le débat sur le nucléaire ignore la réalité de ce que peut vivre un électricien et un gazier : c’est pas la question de l’emploi et des salaires qui pose problème. »
« Souvent, on a l’impression que l’énergie nucléaire est une énergie satanique. Si c’est satanique, personne ne va avoir envie d’aller là-dedans pour y travailler. Or on va avoir besoin de gens qui viennent pour leur vie professionnelle, notamment dans la recherche et le développement - ne serait-ce que pour maintenir les centrales existantes. »
« On a besoin de gens qui viennent s’investir dans le nucléaire - c’est un besoin fondamental pour vivre, se soigner, se chauffer, se déplacer, se rencontrer. »

Sur les coûts de l’électricité et la maîtrise publique de l’énergie

« Le marché et la concurrence ne marchent pas. »
« Le monde de la finance veut continuer de gagner de l’argent avec l’énergie. »
« Il faut faire de l’électricité un bien commun. Il fait aussi réfléchir à comment le faire. Ça passe sans doute par une propriété publique, une nationalisation mais il faut aussi donner plus de place à la démocratie dans l’entreprise et à l’extérieur, les citoyens et les usagers. »

Sur la planification énergétique

« Je partage l’idée qu’il faut une planification : on est sur des choix de long terme et qui forcément ne peuvent dépendre du marché. »
« Pour l’énergie - mais c’est la même chose pour les chemins de fer -, on est sur des systèmes qui nécessitent des coordinations à l’échelle nationale voire internationale. Quand il y a des problèmes sur le réseau allemand il y a quelques années, on a risqué le black-out en France. »
« On peut accepter d’avoir une éolienne chez soi parce que l’on a une vision globale d’à quoi cela sert. »

Sur la place du nucléaire en rapport avec la question de la sûreté

« Il y a des impensés : avec ou sans nucléaire, l’usage de la voiture dans le futur, fut-elle électrique, ne pourra pas être celui que l’on a eu avec la voiture à pétrole. Après, soit on en discute de manière collective pour pouvoir l’accepter collectivement, soit on le subit parce qu’à un moment donné, il n’y aura plus de pétrole et ça donnera lieu à des crises. »
« Le nucléaire, c’est une technologie, mais c’est aussi des êtres humains qui y travaillent qui sont facteurs de la sûreté nucléaire. »
« La sûreté nucléaire n’est pas mécanique mais elle confère au travail. »
« Je pense, toute chose étant égale par ailleurs, qu’aujourd’hui, le fait d’être en déficit de production à la marge dans les usines, introduit une pression supplémentaire sur les exploitants par rapport à la sûreté. »

Sur les désaccords à gauche sur le nucléaire

« Je suis dans une organisation qui rassemble des gens qui se sont construits contre le nucléaire. »
« La question ne porte pas tant sur un choix technologique que sur le monde dans lequel on veut vivre. »
« Le nucléaire est important par rapport aux besoins en énergie mais si ce n’est pas dans un service public, dans une entreprise nationalisée avec un droit aux salariés et une place pour les citoyens, je pense que les conditions ne sont pas les bonnes. »
« Peut-être que l’on peut avoir des divergences sur l’opportunité de développer de nouveaux moyens ou pas mais il va falloir encore vivre 30 à 40 ans avec des réacteurs. »

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