Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 25 juin 2020

Quentin Parrinello : « Entre 2009 et 2018, les versements aux actionnaires du CAC 40 ont augmenté de 70% »

Oxfam France vient de publier son rapport sur les profits du CAC40. Une analyse détaillée avec des données inédites et deux enseignements majeurs : les profits ont été inégalement répartis et la richesse générée n’a pas profité à l’investissement dans la transition énergétique. Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la méthode utilisée pour l’enquête 
« C’est un long travail qu’on a commencé il y a neuf mois avec un comité d’experts parmi lesquels des syndicats, des économistes - y compris des économistes qui ne sont pas d’accord avec nous -, des chercheurs et des associations. »
« On se base sur les données issues des entreprises, entreprise par entreprise, sur les écarts de salaires, la part des bénéfices redistribuées aux actionnaires ou encore la part des femmes dans les instances dirigeantes. »
« On a aussi travaillé sur des données qui ne sont pas publiques et qui sont transmises aux entreprises par les chambres de commerce. Il s’agit de données qu’on donne secteur par secteur parce qu’on n’a pas le droit de les donner entreprise par entreprise. »

 Sur le profil type de l’actionnaire du CAC40 
« On a étudié le profil type des actionnaires et son évolution dans le temps. »
« Le profil type de l’actionnaire c’est un homme, plutôt âgé, et très aisé. »
« Les 2/3 des actionnaires français ont un portefeuille supérieur à 75000 euros ce qui est assez loin du salaire moyen français. »
« Il y a une part de plus en plus importante des grandes familles : à la veille de la crise on avait quatre grandes familles qui possédaient l’équivalent de 10% du CAC40 soit une augmentation de 50% depuis 5 ans. »

 Sur l’évolution de la richesse produite  
« Les entreprises du CAC40 ont créé beaucoup de richesse depuis 2009. Le chiffre d’affaire a augmenté de 25%, la valeur ajoutée de 30%. C’est une croissance solide mais qui est décorrélée des augmentations des versements aux actionnaires. »
« Les entreprises ont créé de la richesse et ce qui nous intéresse dans le rapport, c’est les choix stratégiques des entreprises. »
« Les entreprises du CAC40 ont fait le choix de verser une part de plus en plus importante des richesses à leurs actionnaires au détriment d’une politique de réduction des inégalités salariales - les écarts de salaires augmentent - et aussi au détriment d’un investissement à la hauteur des besoins dans la transition énergétique. »

 Sur la stratégie des entreprises du CAC40 
« Les choix stratégiques des entreprises ne sont pas dus au hasard et sont liés au fonctionnement même du modèle économique du CAC40. »
« Les PDG sont incités financièrement à mettre en place des politiques favorables à leurs actionnaires. »
« Les actionnaires ont une part de plus importante de leur rémunération qui est indexée sur des critères de satisfaction de la bourse. »
« Quand un PDG met en place un choix stratégique défavorable aux actionnaires, il s’expose à une sanction financière. »
« Au-delà de l’indexation des PDG sur les intérêts des actionnaires, il y a aussi la voix disproportionnée des actionnaires dans les instances de gouvernance. »
« En France, au sein du CAC40, les représentants des salariés sont environ 12% des conseils d’administration contre 33% en Europe. »

 Sur les inégalités femmes/hommes dans le CAC40 
« Sur la question des inégalités hommes/femmes, on s’aperçoit que lorsqu’on met en place une loi, ça marche. »
« Depuis la loi Copé-Zimmermann dès années 2010, la impose 40% de femmes dans les conseils d’administration et la France est championne du monde en termes de femmes dans les CA alors qu’elle était plutôt en queue de classement au début des années 2010. »
« Lorsqu’on laisse le choix aux entreprises, ça va beaucoup plus lentement. L’enjeu d’une loi est donc d’autant plus important que tout le monde joue les mêmes règles du jeu. »

 Sur l’absence d’investissement des entreprises du CAC40 
« Les entreprises nous expliquent que s’il conduisent des politiques favorables aux actionnaires, c’est pour qu’ils réinvestissent dans l’économie réelle. Or aujourd’hui, on n’a pas de données pour le vérifier. »

 Sur le poids des actionnaires dans les choix stratégiques 
« On a un modèle économique qui donne la part belle aux actionnaires et des actionnaires qui mettent la pression sur les choix stratégiques des entreprises. »
« Si un actionnaire n’est pas content, il peut forcer la main de son entreprise a verser davantage de dividendes que l’entreprise ne le prévoyait - ça s’est déjà vu chez vivendi il y a quelques années par exemple - mais il peut aussi quitter l’entreprise. Un mouvement massif des actionnaires peut faire baisser les cours de la bourse et c’est un risque pour la viabilité de l’entreprise qui peut se faire racheter par des entreprises concurrentes. »
« Si les entreprises avaient fait le choix de plafonner la part des bénéfices aux actionnaires et d’investir dans la transition écologique et sociale, elles auraient pu largement contribuer à cet investissement : on a calculé qu’en 2018, un plafond à 30% aurait permis de couvrir 98% des besoins en investissement. »

 Sur les propositions d’Oxfam 
« Il faut plus de représentants de salariés dans les instances de gouvernance. »
« Une fois que l’impact de la loi PACTE sera effectif on devrait passer de 12 à 14%. C’est une évolution symbolique. »
« Plus il y a de salariés dans les instances de gouvernance, plus on est capable d’avoir une vision de long terme. »
« Il faut une taxe sur les transactions financière au niveau européen - cette taxe existe déjà en France. »
« On dialogue avec le gouvernement mais aussi des députés européens et français. On a un plan de relance qui devrait arriver à l’automne et on ne peut pas repartir comme en 2008. »
« En 2008, on a fait repartir un modèle qui créé des inégalités phénoménales en temps de croissance et qui expose les plus vulnérables en pleine crise. »
« Aujourd’hui l’enjeu c’est d’avoir un modèle qui répartisse mieux les richesses mais qui soit aussi plus solide. La crise que l’on traverse ne sera sans doute pas la dernière. »
« Aujourd’hui plus que jamais il est temps de passer des discours aux discours. »

 Sur le conditionnement des aides publiques  
« L’enjeu, au-delà de conditionner les aides publiques, c’est vraiment de penser le long terme. »
« Il y a eu des efforts fait par certaines entreprises pendant la crise : il devait y avoir 60 milliards de versements aux actionnaires et au final ça sera entre 35 et 40 milliards, donc 60 à 70% du prévisionnel. »

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