Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 4 novembre 2020

Rachel Silvera : « 400.000 personnes vont sortir du chômage et vont tout droit vers la pauvreté »

Quelles conséquences les choix économiques du gouvernement vont-elles avoir ? Que sait-on de l’impact sur les inégalités ? Rachel Silvera, économiste, maîtresse de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre, est l’invitée de #LaMidinale.

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 Sur la stratégie économique du gouvernement et ses conséquences 
« La priorité du gouvernement, c’est qu’on travaille. C’est un argument économiciste pour ne pas aggraver les conséquences de la crise du Covid en matière de PIB et de chômage. »
« L’objectif, c’est d’abord de permettre aux entreprises de fonctionner le mieux possible pour éviter d’accroitre la dette et ça se fait au prix d’inégalités qui vont être croissantes. »
« Une partie des chômeurs ne vont pas se déclarer. C’est ce qu’on appelle le halo du chômage. »
« Il y a une autre catégorie qui émerge notamment chez les jeunes et les femmes : c’est une sorte de découragement. »
« On estime qu’environ 400.000 personnes vont sortir du chômage et elles vont tout droit vers la pauvreté. »

 Sur la prise en compte des inégalités 
« La grande différence entre les deux confinements c’est que les enfants, pour le moment, vont pouvoir aller à l’école. »
« Lors du premier confinement, on a vu une explosion des taches domestiques qui restent malheureusement dévolues aux femmes. »
« Pour une femme sur deux en télétravail, il y a eu quatre heures de tâches domestiques en plus par jour à cause des enfants et du suivi scolaire. D’où des risques d’anxiété, voire de détresse. »
« La leçon qu’on a peut être tiré c’est qu’on a maintenu les enfants à l’école au nom du fait que le télétravail est incompatible avec la garde des enfants, si ce n’est au détriment de sa santé. »

 Sur le travail gratuit  
« Il y a un travail invisible qu’effectue une grande majorité des femmes. »
« Les métiers essentiels, ceux qui exigent un présentiel et dont on ne peut pas se passer, sont des emplois majoritairement à prédominance féminine : dans la santé d’abord. »
« Ces femmes n’ont toujours pas eu la reconnaissance et la revalorisation de leurs métiers qui me parait absolument centrale si l’on veut que notre société évolue autrement. »
« Il faut redonner du sens aux métiers du soin et plus largement du lien aux autres. »
« Je ne suis pas favorable avec cette idée de rémunérer le travail domestique. Le vrai sujet c’est celui du partage des tâches. »

 Sur la hiérarchie des métiers 
« On a l’impression que l’on a élargit le champ de l’activité [par rapport au confinement de mars]. Il ne s’agit pas pour le gouvernement d’élargir le champ des métiers essentiels mais de maintenir l’activité économique et d’éviter de creuser plus encore la perte d’activité et la fermeture des entreprises. »
« Je ne suis pas sûre que l’on ait une vraie réflexion sur la hiérarchie des professions en matière de rémunération : il n’y a pas de négociation ouverte pour repenser la manière dont sont payés les aides à domicile, les agents d’entretien ou les caissières. »

 Sur les mouvements citoyens 
« Je crains que par rapport à cet élan du printemps dernier, cette deuxième vague marque le pas. »
« La mobilisation peut être là mais le gouvernement a été très sourd aux revendications. Durant l’été, on a eu l’impression que tout remarchait et que tout allait revenir comme avant. »
« Il n’y a pas encore de remise en cause de notre modèle économique. »
« On est loin d’une vraie résistance et qui ne soit pas cette résilience. »

 Sur les indicateurs de richesse 
« Le PIB ne reflète pas la situation exacte et ne peut pas être le seul indicateur. »
« Il y a des organismes qui se battent à l’échelle internationale pour qu’on reconnaisse des indicateurs de bien-être, d’éducation, des inégalités femmes/hommes, des enjeux de démocratie qui soient pris en compte. »
« Ces crises sont l’occasion de remettre l’accent - comme le fait l’Oxfam ou l’ONU - pour dire que la pauvreté va exploser. »

 Sur la mondialisation et les relocalisations 
« Notre dépendance économique à la Chine est catastrophique : c’est le résultat d’années de politique industrielle et de services ont abouti à la disparition de filières intégrées de production. »
« On ne peut pas aller contre la mondialisation mais on peut mettre des freins à certains abus et relocaliser certaines activités. »
« Il faut repenser notre économie à l’échelle européenne pour éviter le dumping social généralisé. »
« Qu’est-ce que cela signifie que de produire à l’autre bout du monde et de réinternaliser une partie des pièces nécessaires notamment à l’automobile ? »
« J’ai l’impression qu’on entend davantage les questions de relocalisation mais je doute fort que cela se traduise en choix politiques. »

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