Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 18 avril 2019

Raphaël Lebrujah : « Tout est conditionné pour qu’on ait une catastrophe humanitaire dans le Rojava »

Près de 120 jours que plusieurs militants kurdes sont à en grève de la faim à Strasbourg. Turquie, Syrie, Rojava, Daesh : quels rôles, quels liens ? Que peut, que fait la France et l’Europe ? Pour en parler, Raphaël Lebrujah, auteur de « Comprendre le Rojava dans la guerre civile syrienne » (Editions du Croquant) est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les Kurdes en grève de la faim à Strasbourg 
« Pour des raisons d’accords économiques notamment, le gouvernement français qui est déjà brouillé avec Erdogan nourrit le silence des institutions françaises mais aussi européennes. »
« Macron parle de plus en plus des forces démocratiques syriennes. »
« En Syrie, le gouvernement français soutient les Kurdes, mais en Turquie non. »
« Même en 2015/2016, la Turquie a rasé des villes suite à des insurrections urbaines de la part des Kurdes, la France n’a pas bougé. Parce que la Turquie, c’est l’OTAN, c’est aussi un allié important au Moyen-Orient pour servir les intérêts des Occidentaux. »

 Sur le Rojava 
« C’est d’abord l’histoire d’une oppression et d’une résistance. »
« En 2004, il y a eu un soulèvement et des émeutes qui ont été vécu comme une renaissance pour les Kurdes du Rojava qui ont renoué avec la lutte. »
« Au moment où le régime a été faible, les régions kurdes ont pu prendre leur autonomie et déclarer se battre avec ce qu’ils avaient construit dans la résistance. »
« C’est une grosse défaite du régime syrien et de la Turquie dans la région. »
« Le régime syrien a laissé faire au début en pensant que ça permettrait de se débarrasser des islamistes pour quelques temps mas visiblement les choses n’ont pas fonctionné comme il voulait. »

 Sur Daesh et la Turquie 
« Il y a un soutien clair de la Turquie à Daesh. »
« La Turquie a alimenté la machine de guerre de Daesh en laissant passer Daesh, en laissant passer des armes et en organisant parfois le soutien à Daesh. »
« Le problème, c’est que si on dit que la Turquie a soutenu Daesh, il faudrait prendre des sanctions contre la Turquie. C’est un secret de polichinelle : tout le monde est au courant mais personne ne bouge. »

 Sur les conditions de vie au Rojava 
« Les conditions de vie sont terribles. »
« Le Rojava accueille des centaines et des centaines de milliers de réfugiés. »
« Il y a très peu de soutiens extérieurs. »
« Tout est conditionné pour qu’on ait une catastrophe humanitaire et on n’en parle pas trop. »

 Sur les conséquences du retrait des troupes américaines 
« Il y a une menace d’invasion turque venue du nord. On risque une entrée massive de la Turquie et on sait quel sort elle leur réserve : instaurer un système basé sur la charia, un Etat islamique comme elle l’a fait à Afrin, massacrer la population et l’expulser avec des combats féroces. »
« La Turquie pourrait construire une zone d’occupation qui pourrait être un danger aussi pour nous, en Europe, parce que ça va se transformer en base de djihadistes. »
« L’autre danger, c’est l’Iran qui risque - avec l’Etat syrien – de rentrer dans cette zone-là parce que, s’ils voient la Turquie attaquer, ils vont vouloir eux-aussi leur part du gâteau. Donc pareil, l’Iran est aussi une théocratie. »
« Pour ce qui est de l’Etat syrien, c’est un Etat nationaliste, très raciste contre les Kurdes, donc ça serait terrible pour eux. »

 Sur la Syrie et le régime de Bachar El Assad 
« Ce que dit le Rojava c’est qu’il faut changer le système. »
« Faire tomber Mouammar Kadhafi, ça a aboutit au chaos actuel en Libye. »
« Il fait une alternative politique viable, et enviable. C’est ce que propose le Rojava aujourd’hui. »
« Le Rojava propose une démocratisation par une fédéralisation de la Syrie où les peuples de Syrie auraient des droits. »
« Le Rojava veut transformer la Syrie en zone fédérale, démocratique, avec des assemblées à la base qui seraient décisionnaires pour la politique locale, régionale, etc. »
« Il est important que l’alternative du Rojava soit vu pas simplement comme une zone d’autonomie kurde mais aussi comme une alternative politique en Syrie qui mettrait fin aux oppressions contre les minorités. »

 Sur l’alternative du Rojava 
« On est dans une dynamique démocratique représentative de toutes les composantes de la société et on ne cherche pas à en écraser une en particulier. »
« Le Rojava représente 30% du territoire syrien, environ quatre millions d’habitants donc c’est une masse critique, on ne parle pas de dix personnes dans un village. »
« Certains autres courants de la société syrienne commencent à s’y intéresser. »
« Il y a un long processus qui va devoir prendre parce que le régime contrôle l’information d’une main de fer dans les régions où il est. »

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