Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 25 novembre 2021

Raphaëlle Rémy-Leleu : « Ce qui est difficile à comprendre c’est pourquoi on n’est jamais entendues la première fois »

Ce jeudi 25 novembre, c’est la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes. Raphaëlle Rémy-Leleu, conseillère de Paris écologiste, féministe, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur Nicolas Hulot 
« Nicolas Hulot est un très bon communicant. Il avait fait exactement la même chose en 2018 lors de la parution de l’enquête de l’Hebdo. »
« Je me suis étonnée hier auprès de BFMTV qui lui a donné la parole en premier [avant qu’on entende ce que les victimes ont à dire]. »
« L’espace médiatique n’est pas le seul bon endroit pour témoigner. Le problème, c’est que c’est un endroit dont on a encore désespérément besoin parce qu’il y a très peu de plaintes ou de mains courantes qui sont déposées et qui donnent suite à des enquêtes. On estime qu’il y a moins de 1% des violeurs qui sont condamnés. »
« L’accueil en gendarmerie ou en commissariat est extrêmement insuffisant. »
« C’est Nicolas Hulot qui installe le tribunal médiatique en choisissant d’abord de prendre la parole. »
« S’il n’y avait pas eu de plainte déposée en 2018 contre Nicolas Hulot et la médiatisation qui a suivi, est-ce qu’aujourd’hui on aurait cinq témoignages de femmes contre Nicolas Hulot ? Est-ce qu’on aurait pour ces femmes donné la possibilité d’être crues et entendues dans l’espace public - voire dans l’espace judiciaire ? Je ne le crois pas. »
« Notre responsabilité en tant que société c’est de donner les conditions nécessaires aux femmes, pour qu’elles puissent parler. »

 Sur Marlène Schiappa  
« Un rapport a été commandé sur l’accueil des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles dans les commissariats et les gendarmeries. Ce rapport a été remis au préfet de police en 2019 et depuis, il n’a pas été publié. C’est bien dommage. »
« Il y a une vraie dose de sincérité dans l’engagement de Marlène Schiappa mais il y a beaucoup de désaccords - y compris sur ce qu’elle raconte sur le mouvement #MeToo ou encore les tribunaux médiatiques. »
« Marlène Schiappa sert avant tout de caution au gouvernement (…). Elle sert surtout de caution à ces hommes [Darmanin, Hulot…] qui n’ont plus rien à faire dans la vie publique et politique. »

 Sur la prescription  
« Il y a chez les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles une demande de justice mais peut-être pas toujours une demande de judiciarisation. Ce qui est en débat c’est ce qu’il peut se passer du point de vue de l’amnésie traumatique. »
« On vit dans un monde où on inverse la culpabilité et on a tendance à demander toujours à la victime si quelque part elle ne l’a pas cherché. »
« Il arrive très régulièrement que les victimes parlent après ou juste après les délais de prescription. »
« On a encore un arsenal juridique à améliorer et une mise en confiance des victimes à améliorer et à affirmer. »

 Sur le consentement  
« La question du consentement est une question difficile puisque dans le droit français, il n’y a pas de notion de consentement dans la définition du viol. »
« Cette notion de consentement permettrait d’affirmer quelque chose dans les procédures (…). Pour autant, si on était un peu plus avancé dans notre réflexion et dans nos politiques publiques du point de vue féministe, je ne suis pas certaine que la notion de consentement suffirait. »
« Je suis convaincue que nous savons très bien quand on dépasse les limites et notamment que les hommes savent très bien quand ils dépassent les limites. »
« La culture du viol et de l’impunité oblige les femmes à devoir expliciter ce qu’est le non. »

 Sur le « tout le monde savait » 
« C’est difficile à entendre pour des victimes et des entourages. Y compris pour des féministes. »
« Beaucoup de femmes me témoignent des violences dont elles ont été victimes. Je ne peux pas pour autant prendre leur place pour faire la dénonciation publique. »
« La question que l’on doit se poser, c’est celle de l’impunité : qu’est-ce qui construit l’impunité ? »

 Sur le #MeToo politique  
« Il y a la question du pouvoir qui cristallise beaucoup de tension et de notion d’impunité, voire d’omerta. »
« En politique, on a l’impression de redécouvrir les choses mois après mois : qu’il s’agisse de Hulot, de Baylet, de Pocrain, d’Asselineau, de Zemmour. »
« Ce qui est difficile à comprendre c’est pourquoi on n’est jamais entendues la première fois. »
« On devrait avoir des réactions beaucoup plus fermes et beaucoup plus immédiates. »
« Au Conseil de Paris, on a encore sur nos bancs Christophe Girard - qui a soutenu Gabriel Matzneff et qui a été accusé d’agression sexuelle et de viol par un homme, mais aussi Maxime Cochard qui a été accusé de viol par un jeune homme qui s’est suicidé par la suite. »
« J’ai été très choqué de voir que Christophe Girard et Maxime Cochard reviennent au Conseil de Paris. Ils devraient démissionner. »
« Il faut interroger la responsabilité des partis politiques : Maxime Cochard est l’unique représentant du PCF à la mairie du 14ème arrondissement de Paris. Les deux autres élus communistes, choqués par la présence de Maxime Cochard, ont démissionné. » 
« Il y a toujours une charge qui incombe aux femmes où ça serait à elle de parler, à elle d’expliquer. »

 Sur les droits des femmes  
« Aujourd’hui, les questions féministes font partie des marqueurs politiques et du débat public et donc il y a une forme de retour de bâton. »
« La violence contre les femmes politiques, les militantes féministes, les activistes est extrêmement présente. »
« Il faut que nous soyons encore plus nombreuses. »
« Les réactionnaires remettent en cause les droits des femmes. »
« Ce qui m’inquiète, c’est que dans le paysage politique et médiatique - y compris à gauche - on tient mal les digues. »
« Je suis rassurée de voir qu’au Parti socialiste, la doctrine consiste à croire les femmes et je crois que c’était la première fois que je l’entendais de la part d’Olivier Faure. »

 Sur Yannick Jadot  
« Le programme de Yannick Jadot est le plus féministe des candidats de gauche et des écologistes. Et ça n’est pas la seule raison pour laquelle je le soutiens. »
« Je n’ai pas de doute à ce que Yannick Jadot entende ce que les féministes ont à dire ou qu’il accepte les gentils petits coups de pieds au cul que l’on peut mettre quand parfois les choses nous dérangent. »

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  • Désormais, il va être temps de sortir de cette logique proche du fait-divers, de l’indignation collective, pour enfin construire autre chose, une société dans laquelle aucune violence contre les femmes et les filles ne sera admise.

    Il y a une manière simple d’arriver à ce résultat. C’est le modèle Chinois : vidéo surveillance par une I.A et crédit social. Ça supprimera toute la petite délinquance qui empoisonne la vie d’absolument tout le monde.

    Pour les violences en milieu familial et professionnel, c’est certes plus compliqué, et ce sont probablement les femmes elles mêmes qui sauront proposer des solutions efficaces.

    Pour ce qui est de la présomption de culpabilité des violeurs et la fin de l’État de droit, pourquoi pas. Cela terrorise totalement les bourgeois car ils savent que cela peut ouvrir la porte à un totalitarisme prolétarien. Peut-etre que le prochain grand leader révolutionnaire sera une femme, allez savoir.

    jojoLePasBobo Le 26 novembre à 00:56
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