Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 28 mai 2019

Raquel Garrido : « Clémentine Autain a ouvert la discussion, alors discutons »

Raquel Garrido ne mâche pas ses mots au lendemain des élections européennes. Au menu : la ligne politique de la France insoumise. L’avocate, éditorialiste à la télévision, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’élection européenne de dimanche 26 mai 
« L’élection européenne laisse toute la classe politique un peu pantoise parce qu’elle s’est révélée plus surprenante que les élections européennes précédentes. »
« La progression de 10 points de l’abstention montre l’incapacité d’abord des sondeurs à comprendre ce qui se passe réellement en France. »
« Les campagnes [des différents candidats] n’étaient pas orientées vers les abstentionnistes pour les ramener dans le corps électoral. Or on voit bien que c’était possible. »

 Sur la victoire d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen aux élections européennes 
« Sur le papier, quand on regarde les chiffres, on a un pouvoir gouvernant qui est réduit à 11% des inscrits (ce qui est quand même très bas), et avec le RN, le duo de tête représente 22% des inscrits, ce qui, également, est extrêmement minoritaire. »
« La grande masse des Français est exclue du jeu pour le pouvoir. »
« Si les citoyens n’ont pas les moyens de pouvoir peser sur la politique, c’est un problème de nature démocratique. »

 Sur la campagne de la France insoumise aux élections européennes 
« La campagne de la France insoumise n’était pas orientée vers la grande masse abstentionniste. »
« Il y a eu un travail fait pour parler à des socialistes qui décrochaient, pour créer une diversité de provenance des candidats qui les Verts, qui le PC, qui la société civile non partisane… Cela restait dans des schémas très classiques d’une France déjà très insérée civiquement – et je pense que c’est une erreur d’aiguillage. »
« La campagne de la France insoumise n’était pas formatée pour épouser cette grande aspiration au pouvoir populaire qui est arrivée avec fracas avec les gilets jaunes. »

 Sur la gauche 
« Dans la pensée de Clémentine Autain, il y a une sorte de réflexe d’extrême gauche. »
« Ian Brossat a fait une campagne très identitaire avec le PCF, Benoît Hamon très identitaire à gauche : cette ligne identitaire a été éprouvée et elle s’est ramassée dans les grandes largeurs. »
« Moi, Raquel Garrido, ce qui m’intéresse, c’est de gouverner et de gagner les élections. »
« Je mesure le fait d’être retourné au score du Front de Gauche – et il faut le prendre très au sérieux. »

 Sur les perspectives pour la France insoumise 
« La bataille face à Macron est engagée victorieusement et on en sent les germes : 10% des inscrits pour Macron, une érosion au profit de Jadot… Le sort de Macron, électoralement, il commence à être scellé. Le gros morceau maintenant, c’est le Rassemblement national. »
« Il faut être assez basique : un score, ça vient sanctionner une campagne. »
« Faire du Manon Aubry, c’est céder au qu’en-dira-t-on en mode “vous êtes la haine” alors qu’il n’y a jamais rien eu de haineux dans la campagne de mai 2017. »
« Il y a un problème quant à la ligne de sortie ou non de l’Union européenne pendant cette campagne. »
« On a été victime d’une gauche bobo parisienne qui n’arrête pas de vouloir corneriser la France insoumise. »
« Le rôle historique de la France insoumise, s’il ne devait y en avoir qu’un seul, c’est d’abolir la monarchie présidentielle et de semer les germes dans la société française d’un désir d’assemblée constituante pour faire la 6ème République. »
« Rester dans le vase clos des gens qui se disent de gauche, c’est petit bras. »
« Ce qui me chagrine, c’est que la France insoumise puisse apparaître comme sectaire alors que la perspective d’une construction d’une démocratie nouvelle, il n’y a rien de plus fédérateur. »
« J’ai honte pour les chroniqueurs politiques qui ont écrit qu’il se passait quelque chose avec le PCF : il ne se passait rien du tout. C’est juste un hype parisien. »
« Discuter du périmètre de la gauche, c’est une discussion mortifère. »

 Sur le projet de la gauche 
« La question n’est pas de savoir si les propositions sont de gauche, la question est de savoir si le programme est fédérateur - sur des principes d’émancipation, de redistribution des richesses, de protection de l’environnement, de construction d’une démocratie nouvelle. »
« La France insoumise pêche parce qu’elle a trop de choses à dire (…) elle devrait se concentrer sur la question de la souveraineté populaire et de la démocratie. »
« Parler de la gauche, c’est minorisant et rebutant. »
« Le score de la France insoumise alerte sur notre capacité à devenir rebutant. S’accrocher à l’ancien monde est rebutant. »

 Sur la stratégie de la France insoumise 
« Clémentine Autain nous a fait perdre une semaine pour savoir s’il fallait soutenir ou non les gilets jaunes. »
« La ligne Autain a été mise en œuvre lors de cette élection européenne. Et elle a pris 6%. »
« La France insoumise a été salement frappée à cette élection mais elle n’est pas à terre. »
« Ce que fait Clémentine Autain est déloyal mais, comme elle ouvre la discussion, discutons. »

 Sur les écologistes 
« Jadot confirme l’intérêt de se tenir à distance du mot gauche et de ce que ça représente de fatiguant. Mais en revanche, ça ne permet pas d’être un pole rassembleur à gauche. »
« En aucun cas, Jadot n’a acquis une légitimité à ce stade d’être un pôle de refondation à gauche puisque les écologistes ne réussissent que des macronistes. »
« Culturellement, EELV est un parti macronisé. »

 Sur Jean-Luc Mélenchon et 2022 
« Sur 2022, il y a le temps de voir. Mélenchon ou pas Mélenchon, si c’est la même ligne que les européennes qui est appliquée, ce n’est pas la peine d’y aller. »
« Quel que soit le candidat, il faudra avoir un profil disruptif. »

 Sur l’avenir de Raquel Garrido 
« La télévision n’est pas finie pour moi. »
« Ce que j’ai construit médiatiquement m’a permis d’avoir une antériorité et une légitimité pour parler politique à la télévision, incarner la mouvance insoumise, et il y a besoin de le faire. »
« J’habite à Bagnolet, je pense que la Seine-Saint-Denis est un bastion de la France insoumise, et la France insoumise doit faire des démonstrations sur le terrain. »
« Dans le 93, les gens préfèrent s’abstenir plutôt que de voter à droite ou à l’extrême droite même si ça commence à bouger. »
« Pour les municipales, il faut se mouiller un peu et faire des démonstrations sur le terrain. Je ne sais pas si je vais concourir ou aider à ça dans la mesure où je peux. Il faut que je prenne des décisions. »

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Vos réactions

  • A part cracher sur les individus qui ont des valeurs. le discours de Garido est vide avec des relents de dégagisme. Elle fera sa petite carrière à la TV, puis on l’oubliera.

    derf Le 28 mai à 20:06
       
    • Je résume : Les 6% sont dus à Clémentine et à Manon...JLM n’aurait fait qu’une erreur de casting...Se rend elle compte des conneries qu’elle dit...Je pense que le mieux est de rompre avec ces canards boiteux là qui nous ont foutu dans la merde .

      Dominique FILIPPI Le 28 mai à 23:14
  •  
  • Quel mépris pour la belle campagne du PCF... au plus près des réalités locales... avec des militantes et militants du quotidien...

    aurélien Le 28 mai à 21:33
       
    • Le mieux est de mettre la clé sous la porte au PCF et fonder avec tous les déçus de Mélenchon une autre organisation. Cà fera du monde. La secte Mélenchon est à fuir.

      Dominique FILIPPI Le 28 mai à 23:18
    •  
    • De toute façon la marginalisation de LFI version actuelle est une certitude. Il faut changer d’orientation. C’est difficile car évidemment les avides de toujours de la politique sont aux aguets .

      Dominique FILIPPI Le 29 mai à 12:20
  •  
  • Si je partage, dans les grandes lignes avec Raquel G., l’idée que le problème n’est pas dans l’opposition entre "Peuple et élite autoproclamée sécessionniste", je ne suis pas d’accord quant à ses conclusions sur la stratégie de LFI aux européennes incarnée par Manon Aubry et sa liste rassembleuse de gauche... qui fut je pense un exemple en la matière. De fait, je ne suis pas non plus d’accord avec Clémentine A. dans sa critique acerbe et fatalement incomprise de la campagne car avancer comme elle l’a fait que le message de la FI ait été "brouillé" à cause du soutien simultané à Manon A. et aux Gilets Jaunes, c’est partir du préjugé qu’il y a une incompatibilité notoire entre ce qui reste au final une lutte pour des droits et pour la dignité menée à travers ce mouvement social et les valeurs défendues par la gauche... Depuis quand une lutte pour l’émancipation contrevient aux idéaux de la gauche ????????????

    Ce ne sont pas les stratégies qui sont en cause, mais la manière de faire de la politique qui reste dans un formalisme éprouvé par toutes les formations politiques jusqu’ici ! En effet, le discours politique, qui ne dispose plus d’aucune crédibilté aux yeux d’une majorité de la population française, est majoritairement taillé pour 3 objectifs :
     s’adresser au citoyens qui votent encore... et donc à des populations bien spécifiques dont une grande partie, qui si elles n’ont pas conscience d’un "entresoit" véritable, participent au cloisenement des différentes chapelles (difficile dans ce cas là de convaincre des gens déjà convaincus),
     Tenter de communiquer selon des règles fixées par le vecteur médiatique mainstream dont on sait qu’il injecte volontiers des doses de pensées pré-machées et de simplismes dans les esprits du plus grand nombre (difficile dans ce cas là, de ne pas dispenser des éléments de langage... comme tous les autres),
     "missionnariser" en dispensant la bonne parole à des braves gens qui ne demandent qu’à suivre le meilleur berger (difficile dans ce cas là de considérer les citoyens autrement que comme des gens à qui il faut donner des consignes et dont les voix appartiendrait à celui qui les a "évangélisé").

    Or, ce qu’on attend de la France Insoumise, et ce depuis le début de l’aventure, je parle en tous cas de ceux qui, sympathisants comme je le suis, ne se sentent nullement attaché à un parti ou à des représentants, mais adhèrent au programme "l’avenir en commun", c’est de voir appliquer l’ambition qu’il porte à savoir l’émancipation et l’épanouissement de l’être humain, aux méthodes utilisées pour y arriver et pour cela, il faudrait que la FI ait le courage de décorreler le discours qu’elle tient avec les 3 objectifs habituellement visés et exposés ci-avant !

    La France Insoumise doit faire de la politique en se réapproriant les méthodes de l’Education Populaire car c’est la seule manière de faire se rencontrer son projet avec ceux pour qui elle le porte ! L’éducation populaire, dans sa capacité de subversion, est la seule à même de renverser un ordre répressif inique établi tel que celui que nous subissons aujourd’hui en France ! A bon entendeur, soit la FI entend s’enfoncer dans les mêmes débats inutiles qui secoue le petit monde de la gauche, soit elle entend favoriser FACTUELLEMENT (les voeux pieux c’est bon quand on le temps... nous ne l’avons plus) la "conscientisation" des masses...

    Je ne voterai probablement plus pour aucune des autres formations de gauche du fait de leur incapacité à se remettre profondément en cause (et je ne partage en rien les valeurs de ceux qui se réclament de doite)... Si la FI, porteuse d’un réel espoir de changement en la matière, décide de bifurquer sur ces mêmes routes arides, elle perdra à terme mon vote, car qu’est-ce qui la différenciera alors des écuries qui produisent ceux qui préfèrent oublier l’Intérêt Général une fois élus ????

    carlos Le 31 mai à 12:18
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  • « J’ai honte pour les chroniqueurs politiques qui ont écrit qu’il se passait quelque chose avec le PCF : il ne se passait rien du tout. C’est juste un hype parisien. »

    Elle a visiblement de la rancune vis-à-vis de l’affaire des hlm...

    Quand on prétend avoir arrêté la politique il faut tourner la page.

    Yoshi Le 20 juin à 16:37
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