Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 24 novembre 2021

Robert Guédiguian : « Hidalgo, Jadot et Mélenchon foncent tous dans le mur »

Avant la sortie en salles de son prochain film, « Twist à Bamako », prévu en janvier prochain, le cinéaste Robert Guédiguian publie Les lendemains chanteront-ils encore ? aux Éditions Les Liens Qui Libèrent. Il est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur la presse et l’édition
« Je suis très inquiet : il y a de moins en moins de paroles libres et indépendantes. C’est vrai du monde de la presse, dans le cinéma, un peu loin dans la littérature peut-être… »
« Si les médias de gauche sont moins forts qu’auparavant, c’est que la gauche est moins forte qu’auparavant. »
« Comme il n’y a plus de confiance dans la parole des maîtres, il n’y a plus de confiance dans la presse non plus. »
« Les gens pensent que c’est mieux d’avoir juste des news, c’est-à-dire des infos factuelles, comme si ça allait leur suffire. Ils pensent pouvoir eux-même éditorialiser les choses… »

Sur la littérature et le cinéma
« L’essentiel de mon travail et de mon expression, c’est à travers le cinéma. »
« Si on regarde les 22 films que j’ai faits, on sait à peu près ce que je pense. »
« Le livre apporte du discours sur des choses que l’on ne peut pas traiter au cinéma, sur des choses plus abstraites. »
« Depuis mon enfance, le livre reste un objet sacré, à la fois mystérieux et étrange. »
« Le livre m’apparaît comme plus important et éternel que le cinéma. »

Sur le communisme et la politique
« Je publie ce livre parce que je pense qu’il faut restaurer un certain nombre d’idées, notamment l’idée communiste. »
« Je crois que la société entière devrait se poser la question du pourquoi être communiste. »
« Etre communiste, c’est une manière d’envisager le monde qu’il faut remettre au goût du jour. »
« Je cherche le communisme qui est déjà là. »
« A gauche, personne ne me fait rêver d’une autre société, d’un autre monde, de la possibilité d’une alternative. »
« Il y a quelques envolées à gauche, dans les discours notamment, par exemple chez Jean-Luc Mélenchon mais ça reste souvent sur le factuel. Les représentants répondent à des questions qui viennent d’être posées. Pour moi, ce n’est pas comme cela que l’on redonne du goût à la politique. »
« La politique, ça a à voir avec la littérature, la morale, la philosophie. »

Sur Fabien Roussel
« [Quand Fabien Roussel parle des intellectuels], c’est horrible - comme l’était sa participation à la manifestation de la police. »
« Ce Parti communiste qui n’en finit pas de mourir, essaie de recourir à des basses manoeuvres populistes dans le plus mauvais sens du terme. »
« Pour moi, populiste, c’est forcément de droite : cela veut dire coller à l’opinion générale du peuple. Il n’y a pas de populisme de gauche. La gauche propose des choses au peuple, quitte à se fritter avec - mais ça doit rester une discussion. »
« Le Parti communiste va perdre les quelques dizaines d’adhérents qui restent encore accrochés à ce parti. Mais je continue à dire que je suis communiste. »
« Du point de vue de la recherche, notamment du côté des historiens, il y a plein de gens brillantissimes. Mais aucun parti ne les prend en compte. »
« Il ne faut pas abandonner un rapport intellectuel aux choses : il est inimaginable que le secrétaire général du Parti communiste dise des choses comme il dit. »
« Il n’y a plus de ponts entre les mondes artistiques, intellectuels et politiques parce que le projet est inexistant. »
« De l’idée de projet, même s’il est mou, de l’idée de direction avec quelques points de vue clairs sur l’économie, l’écologie ou le social, on peut créer une convergence. Mais personne ne semble vouloir se donner la peine de le bâtir. »
« Le projet de la gauche se construit par intermittence. »

Sur le fait d’être communiste aujourd’hui
« Etre communiste aujourd’hui, cela veut dire l’être en permanence : c’est un impératif catégorique et une éthique. »
« Tout ce que je fais est sous-tendu par l’idée de créer du communisme, c’est-à-dire du commun et du partage, du moment où collectif et individu ne s’opposent pas. »
« Une entreprise peut être un moment communiste, une ZAD et un film aussi. Si j’exagère, le quoiqu’il en coûte d’Emmanuel Macron est un moment communiste. »
« Je pense qu’il faut être anti-multinationales. Mais sur les entreprises plus moyennes, il faut travailler la législation pour faire du communisme à l’intérieur de l’entreprise. »
« Si on regarde, les nationalisations n’ont absolument pas créer une appropriation de l’outil de travail par les travailleurs. »
« Je crois qu’il faudrait faire le Congrès de Tours à l’envers. »

Sur l’antiracisme
« Pour moi, l’universalisme, c’est la lutte des classes. C’est donc une grille de lecture. Là où l’on s’est trompé, c’est concernant le ressenti de certaines personnes, notamment immigrées ou issues des anciennes colonies. L’ouvrier, il a toujours été attaqué et exploité mais il n’est pas nié en tant qu’individu. Les arabes et les noirs peuvent être niés en tant qu’individus parce qu’il reste dans la société française cette vieillerie coloniale de ne pas les considérer à égalité. Or leur humanité niée ne se résout pas dans la question de classe. »
« Il y a un danger dans le wokisme. Mais le danger, c’est la fragmentation des luttes, la désunion alors même que sur l’analyse de classes, on pourrait s’entendre. »
« Il ne faut pas s’opposer sur des questions nouvelles qui ont surgi il y a peu… Mais il ne faut pas les minorer non plus ! Il faut savoir qu’elles existent. »

Sur le colonialisme
« Le colonialisme est un crime contre l’humanité. »
« La base du colonialisme est le racisme. »
« Je suis français et je n’ai aucun souci à dire que la France coloniale était une horreur. »
« Je ne suis pas tellement d’accord avec l’expression racisme d’Etat mais je crois qu’il existe plutôt un racisme de la société française. »

Sur la gauche et les migrations
« La gauche s’y prend mal pour être élue : on gagnerait plus à dire ce que l’on pense. »
« La gauche devient populiste, c’est-à-dire pour moi elle devient de droite. »
« Même si on prend tous les réfugiés, on ne remplit pas tous les villages désaffectés d’Europe. »

Sur l’avenir de la gauche
« Je pense que l’on peut être et réformiste et révolutionnaire. »
« Je crois que l’on peut vouloir transformer les choses sans arrêt, c’est-à-dire plus de communisme et de rupture avec un mode libéral et capitaliste. »
« Anne Hidalgo a tort et se trompe de considérer Jean-Luc Mélenchon comme infréquentable. Elle est dans une logique électorale : elle pense que c’est ce qui va lui permettre de prendre le pouvoir. »
« D’abord, prendre le pouvoir, si c’est pour ne pas en faire grand chose, ça ne sert à rien. Autant avoir du pouvoir sans le prendre : avoir le pouvoir de manifester, de s’opposer… Pour prendre le pouvoir, il faut avoir l’ambition de faire quelque chose de très précis et de très en rupture. »
« Tous les dirigeants de la gauche se trompent : je suis persuadé qu’ils vont tous dans le mur. Anne Hidalgo fera que dalle, Yannick Jadot fera que dalle et Jean-Luc Mélenchon fera que dalle. »
« Je pense que pour 2022, c’est trop tard. »
« La gauche en Occident n’a jamais gagné qu’en étant unie. »

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  • Je pense qu’il faut être anti-multinationales

    Je vous invite à lire ce court chapitre du B.A.BA du Communisme de Boukharine :

    La concentration et la centralisation du capital sont des conditions de réalisation du régime communiste
    https://www.marxists.org/francais/boukharine/works/1923/abc_18.htm

    En résumé : c’est dans les Mac Donald’s qu’on trouve des travailleurs syndiqués qui fraternisent, pas chez Le Bouchon de Cloclo le Facho. C’est les Macdonald qu’on pourra facilement Etatiser, pas le Bon Bouillon de Louison le Nazillon.

    Je pense que l’on peut être et réformiste et révolutionnaire

    Être révolutionnaire c’est accepter de regarder le monde tel qu’il est pour pouvoir le changer. Dans le monde actuel, Mélenchon représente le meilleur espoir de changement. Ce n’est certes pas le retour de Lénine, mais Lénine lui même invitait les prolétaires d’occident à voter pour la gauche bourgeoise quitte à la presser ensuite dans la rue (voir Gauchisme infantile). Il faut à tout prix mettre de côté ses rêves et ses idéaux et se ranger dans l’ordre et la discipline derrière le candidat de gauche qui a le plus de chance de gagner.

    L’ordre, la discipline, le travail, la lutte. Voilà les piliers fondamentaux de la gauche.

    jojoLePasBobo Le 25 novembre à 23:34
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