Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 6 juin 2019

Sabrina Ali Benali : « Si on ne fait rien, on va faire face à une crise sanitaire cet été »

Près de 70 services d’urgence sont en grève depuis plusieurs semaines. Une manifestation des médecins urgentistes a lieu aujourd’hui. Pour en parler, Sabrina Ali Benali, médecin, membre de l’association Permanence de Soins, sympathisante LFI et auteure de "La révolte d’une interne" (Cherche Midi), est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’état de la gauche 
« Ce qui est désespérant, c’est surtout le fait qu’on n’arrive pas à donner confiance aux gens dans ce qu’est la politique. »
« Tout le monde paye 40 ans de mensonges et de trahisons. »
« On a assisté à un soulèvement populaire d’une immense ampleur. »
« On a, dans le secteur de la santé, un mouvement de grève d’une ampleur inédite sous la Ve République. »
« Ne pas aller voter est aussi une forme d’insurrection civique. »
« Il y a de la colère et de la résignation et c’est aux progressistes, féministes, humanistes de savoir comment faire naitre de cette colère, un espoir. »

 Sur la convergence des luttes 
« On est en train de monter un collectif qui va traverser tous les corps de soignants et les établissements de soins, avec les citoyens, pour créer une convergence globale. »
« Je crois toujours que la lutte est une longue histoire. Il y a eu beaucoup de stupeur et de sidération (…) : il y a une peur d’aller manifester. »
« Il y a beaucoup de gens pour qui ça ne va pas et qui ne sont pas prêts à risquer de perdre un œil, une main ou d’avoir un arrête de travail suite à une blessure en manifestation. »
« Il est difficile de contester sous un pouvoir aussi autoritaire. »

 Sur la manifestation des médecins urgentistes 
« On va faire face à une crise sanitaire cet été si on ne fait rien. »
« Le gouvernement ne va pas pouvoir gérer d’avoir 70 services d’urgences en arrêt maladie cet été. »
« Il faut engager un rapport de force pour sortir de ces contraintes budgétaires qui nous étouffent. »

 Sur les propos d’Agnès Buzyn à propos des arrêts maladie des soignants 
« Agnès Buzyn cherche à diviser, à culpabiliser, comme si la culpabilité n’était déjà pas assez grande. »
« On a été nombreux à être dans un état de sidération en entendant ses propos. »

 Sur la dégradation des conditions de travail des soignants 
« Ce qui est sûr, c’est que nous sommes la profession, au dessus de tous les autres services publics, la plus entamée psychologiquement par son travail. »
« [A cause de la dégradation des conditions de travail, de l’attente des patients, etc.,] on fait dace à des agressions et des incivilités. »

 Sur l’organisation des urgences 
« Les urgences répondent bien à leurs missions. »
« On fait croire au mythe que les gens viennent pour rien aux urgences ; or, la réalité, c’est que c’est extrêmement minoritaire. »
« Les gens ne viennent pas pour rien aux urgences, ils viennent à défaut d’avoir trouvé une autre solution. »
« Les urgences sont devenues le premier recours de plein de gens donc ça engorge énormément (…). Mais le problème, c’est qu’on n’arrive pas à avoir suffisamment de lits disponibles pour ne pas engorger les urgences (…). On a fermé 100.000 lits en 10 ans. »

 Sur la privatisation de l’hôpital public 
« On va vers une médecine à deux vitesses. »
« C’est l’ouverture au privé de structures et de start-ups qui offrent des services au sein même de l’hôpital (…) puisque l’administration et le personnel soignant n’ont plus le temps de faire ces missions premières et de prendre soin des patients. »

 Sur le moratoire des fermetures d’hôpitaux 
« Laisser la pancarte « hôpital » et le vider de l’intérieur, c’est sympa mais il faut arrêter de se moquer de nous. »
« On continue à l’intérieur des hôpitaux les politiques de contraintes budgétaires. »
« On est en train de tuer l’hôpital de l’intérieur. »

 Sur la prise de conscience de la dégradation du système de santé 
« Pour beaucoup de monde, la situation se porte uniquement sur la focale des urgences. »
« Il y a un dévouement du personnel hospitalier qui essaie de cacher les manquements. »
« Il n’y a pas de prise de conscience réelle de la gravité de la situation : aujourd’hui, on peut décéder en salle d’attente. La mortalité augmente avec les heures d’attentes et l’absence de lits à destination. Oui, aujourd’hui, nous, d’épuisement, on peut faire une erreur médicale. »
« On a du mal à alerter et à faire prendre conscience. Il faut que notre message soit plus entendu. Il y a un problème de relais médiatiques. »
« Les médias dominants ne passent pas la réalité de notre message. »

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