Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 24 juin 2020

Sandra Laugier : « Il y a en France cette idée que la République n’appartient pas à tout le monde »

Dans son discours, le président de la République a davantage mis en cause les militants de la cause antiraciste que les racistes eux-mêmes. Sandra Laugier, philosophe et co-autrice d’une tribune dans Le Monde pour dénoncer le discours d’Emmanuel Macron, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la tribune qui dénonce le combat de Macron contre l’antiracisme 
« On a fait très attention à choisir des signataires de la tribune de différentes origines, avec la parité. »
« On n’est pas tous spécialistes des questions de race mais il nous fallait réagir au discours d’Emmanuel Macron - notamment celui contre les universitaires. »
« Il y a quelque chose de doublement choquant dans le discours de Macron : il n’y a eu aucune mention des problèmes récents de racisme qui sont apparus aux Etats-Unis, ensuite avec le mouvement important en France autour du Comité Adama. Et puis il y a eu cette accusation qui visait les universitaires et les intellectuels qui nous a paru extrêmement grave. »

 Sur les propos d’Emmanuel Macron sur l’ethnicisation ou le séparatisme 
« Il y a une forme de déni chez Emmanuel Macron. »
« Emmanuel Macron a eu un positionnement explicite et très agressif : il a une violence et une hostilité par rapport au mouvement qui avait lieu en France. »
« Ces groupes, ces foules, ces jeunes indiffèrent Emmanuel Macron. Ça n’est pas sa cible. Il pense qu’il n’a pas d’avenir du coté de ces nouvelles générations. »
« Ce qui est inquiétant, c’est de faire comme si le racisme n’existait pas et c’est ce qui nous a choqués. »
« Dans tout le discours d’Emmanuel Macron, il ne s’en prend qu’aux antiracistes. C’est eux les méchants. Il n’a pas eu un mot contre les racistes. D’ailleurs, il en fréquente sans problème. »
« Le monde entier ne parle de George Floyd, nous en France on parle aussi d’Adama et Emmanuel Macron n’a pas eu un seul mot de compassion pour les victimes »
« Emmanuel Macron attaque des concepts intellectuels et c’est très grave. »

 Sur la République  
« Le concept de la République est central pour toute la génération qui se mobilise. »
« Il y a cette idée en France qu’une partie de la population ne fait pas partie de la République. »
« Parmi les mots d’ordre des manifestants, il y a celui de République mais il y a aussi celui de justice, d’égalité des droits. On a aussi beaucoup entendu parler de démocratie. »
« Il est en train de revenir, sur le plan intellectuel, une opposition voire une distinction stérile entre République et démocratie avec l’idée qu’on ne peut pas avoir de vraie République si elle n’est pas intégralement démocratique - avec une voix égale pour tous. »
« La République, ça n’est pas des valeurs. Elle ne se mérite pas. La République, c’est la démocratie. »
« La jeunesse qui se mobilise ne veut pas laisser la République à ces penseurs et politiques réactionnaires qui utilisent la République pour exclure. »
« Il y a une situation d’injustice et d’inégalité qui est en train d’être comprise très massivement, notamment pas les personnes racistes mais plus généralement par l’ensemble d’une génération. »

 Sur la gauche et l’accusation d’antirépublicanisme 
« Il y a toujours cette critique d’antirépublicanisme qui vise la gauche. C’est souvent une accusation qui est associée à celle de communautarisme et de séparatisme - au sens de se séparer de la République. »
« Il y a une volonté de s’approprier la République de la part de quelques-uns. Les valeurs dites universelles sont les valeurs d’un groupe de personnes en position dominante qui représente en effet des hommes blancs, même s’il y a une petite progression de ce côté-là. »
« Il y a en France cette idée que la République n’appartient pas à tout le monde. »
« Ce que revendiquent les jeunes et les penseurs qui ont signé la tribune, c’est un universalisme. L’universel, c’est quelque chose qu’on vise mais que l’on n’a pas : il n’y a pas la justice pour tout le monde ou l’égalité pout tout le monde. »
« Il faut constamment aspirer à l’universel. »
« On veut se réapproprier les concepts de République et d’universel. »
« La République, ça n’est pas seulement un ensemble d’institutions, c’est aussi l’aspiration à donner la parole égale à chacun. »

 Sur la démocratie et le care 
« Ce qui bloque, c’est cette idée qu’il y a des experts, c’est-à-dire des gens qui savent mieux. »
« Pendant la crise, a émergé une sorte d’expertise des travailleurs soignants de bases, qui savent comment intervenir. »
« Ceux qui étaient en première ligne pendant la crise devraient avoir beaucoup plus la parole. Ce qui bloque, c’est la société et les inégalités qu’elle génère. »
« Les personnes les plus importantes ont été les moins considérées. C’est apparu aux yeux de tous. »
« Le care devrait être pour les personnes les plus vulnérables et on a une société qui exerce un care énorme pour les personnes les plus privilégiées. »
« Les personnes qui exercent le care sont invisibles et dévalorisées. »
« Il faut espérer que les partis de gauche sont en train d’évoluer et qu’ils vont donner davantage la parole à ces personnes-là - et notamment les femmes parce qu’elles sont les plus représentées dans ces professions [soignants]. »
« Ça n’est que du côté de la France insoumise et du Parti communiste que, par tradition, on va avoir un personnel politique un peu plus différencié. »
« La République devrait aussi être un monde où tout le monde a une expertise et doit être prise en considération, y compris pour prendre des décisions politique sur l’avenir. »

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  • Bandiouguodianka33@gmail.comLiMAY

    bandiouguodianka Le 24 juin à 23:08
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