Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 13 février 2019

Sandrine Rousseau : « Quand on gagne un procès, on le gagne pour tout le monde »

Procès Baupin, affaire de la Ligue du LOL, femmes et pouvoir. Sandrine Rousseau, économiste, l’une des huit témoins appelées à la barre dans le procès de Denis Baupin, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’absence de Denis Baupin au procès 
« Denis Baupin a manqué d’honneur. »
« Pendant que Denis Baupin n’était pas au procès, il était dans un dîner en ville, sous les ors de la République, au ministère de la transition écologique. »
« Nous, on était là à devoir rendre compte chacun, chacune, des moindres parties de notre vie, de notre vie intime, et lui il était en train de faire des repas mondains. Le contraste est choquant. »

 Sur la défense de Denis Baupin par son épouse, Emmanuelle Cosse 
« J’ai été frappé par le fait que lui n’était pas là (au procès) mais ses deux ex femmes, et la troisième potentiellement ex femme, étaient là, pour parler de ça. Sauf qu’Emmanuelle Cosse, ça n’est pas elle qui a fait les gestes, elle n’était pas là au moment où ça s’est passé. »
« On envoie pas sa femme rendre des comptes à sa place. »

 Sur le retournement du procès contre Denis Baupin 
« Ce procès a été intenté par Denis Baupin contre les plaignantes qu’il accuse unanimement d’être menteuses - il y en a quinze maintenant donc ça fait beaucoup - et finalement ce procès nous permet de tout mettre à jour. »
« Ce procès nous a permis de montrer le vrai visage de Denis Baupin qui est quelqu’un qui a un mode opératoire, sait repérer les femmes auxquelles il s’attaque à des moments de leur vie. »
« Il faut attendre le verdict parce que pour le moment nous ne l’avons pas. Mais j’ai confiance. »

 Sur la hausse des plaintes pour agressions sexuelles 
« Y’a du MeToo mais c’est un mouvement qui est croissant depuis une dizaine d’années. »
« MeToo a été un moment d’accélération, l’affaire Baupin a aussi été un moment d’accélération. »
« Les femmes se rebellent. »

 Sur l’arsenal judiciaire et son évolution possible 
« Je pense qu’il faut changer la loi même si elle a déjà changé : parce que nous lorsqu’on a déposé plainte, la prescription était déjà passée de trois à six ans. »
« Pour l’instant, la loi ne définit pas le consentement, elle ne dit pas ce qu’est le consentement. Il n’y a qu’une définition par défaut : la menace, la surprise ou la violence, mais c’est trop imparfait pour décrire les situations de violences sexuelles. »
« La loi est à refaire mais il y a tout une forme d’éducation et de sensibilisation de la justice à opérer. »
« Quand je vois la défense qu’a eu Denis Baupin par la voix de son avocat Maitre Pierrat, tout au long du procès, c’était d’une violence inouïe, il a dévoilé des choses inouïes sur les femmes. »
« Chers avocats qui défendez des violeurs, des agresseurs, des harceleurs, évidemment qu’ils ont le droit à une défense, mais attention à ne pas confondre entre innocenter votre client ou salir la réputation des femmes. »
« Salir la réputation des femmes, ce sont des défenses qui sont inacceptables. »

 Sur la ligue du LOL 
« C’est typique de l’époque qui change. Il suffit qu’il y en ait quelques-unes qui parlent pour que derrière il y en ait quelques-unes autres qui parlent. A la fin c’est tout une société qui se met en marche. »
« La ligue du LOL c’est abominable mais en même temps ce qui est beau, c’est ce mouvement collectif. »
« Ce qui est nouveau et qu’on n’avait jamais vu dans l’histoire des femmes, c’est que les femmes s’organisent entre elles, pour porter la voix à plusieurs. Et ça, c’est un changement du rapport de force. »

 Sur la libération de la parole et les classes populaires 
« Je ne sais pas si les femmes (précaires, ouvrières, caissières, etc.) se taisent. Peut-être que tout ce que l’on fait est un sillon dans lequel elles peuvent avancer, elles aussi. »
« Quand on gagne un procès, on le gagne pour tout le monde. »

 Sur le rapport des femmes au pouvoir 
« C’est l’histoire du serpent qui se mord la queue. »
« La ligue du LOL, c’est typique d’hommes qui ont assuré leur position de domination en rendant vulnérable des femmes pour qu’elles ne soient pas leurs concurrentes. Et Denis Baupin faisait ça au sein du parti. »
« C’est parce que ces comportements-là restent impunis que les femmes sont fragilisées et qu’elles n’accèdent que beaucoup plus difficilement au pouvoir. »
« Dès lors qu’il n’y a plus de tolérance et même d’une forme de complicité un peu tacite avec ces comportements, les femmes naturellement entreront dans des positions de pouvoir. »

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