Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 17 mars 2021

Sébastien Jumel : « Je ne me résous pas à limiter le rassemblement au socle de ma famille politique naturelle »

Ancien maire de Dieppe, député PCF de la Seine-Maritime, candidat à la présidence de la Normandie avec le soutien des communistes et des insoumis, Sébastien Jumel est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’offre politique à opposer à celle du président de région sortant Hervé Morin 
« Je ne me résous pas à limiter ce rassemblement au socle de ma famille politique naturelle des insoumis et des communistes. »
« Je dis à nos collègues de gauche, écologistes et socialistes, à tous ceux qui ont le coeur à gauche, que rassemblés, on est plus fort et qu’il y a urgence à mettre l’accent sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous sépare, à construire des rassemblements inédits où on ne ferait pas semblant d’être tombé d’accord sur tout en 3 jours mais où on partage tous l’ardent espoir de faire passer la région à gauche parce que la Normandie mérite qu’on prenne soin de ses habitants. »
« On discute avec les Verts, avec les socialistes, avec la société civile : si on additionne les forces de gauche pour les régionales, on est à 33%. On dépasse alors le RN et on va tutoyer Hervé Morin. »
« On doit faire en sorte d’avoir une région qui prenne soin de sa santé, qui mette la jeunesse au coeur de ses priorités, qui prenne soin de la planète : la Normandie, c’est l’agriculture et a pêche artisanale. »

 Sur Hervé Morin, président sortant de la région Normandie 
« Il y a une gestion calamiteuse de la crise par l’Etat. Certes, ils ont ouvert le carnet de chèques pour les entreprises mais lorsqu’il s’est agi de prendre soin de nos hôpitaux, de faire en sorte que nos aînés soient accompagnés dignement, pour mailler le territoire avec des services publics de proximité, alors là, on a un président de région qui, dans le meilleur des cas fait aussi mal que l’Etat et qui, dans le pire des cas, propose à l’Etat de se substituer à lui pour mettre en place des réponses technocratiques. »
« La crise implique que nous réinventions des réponses inédites parce qu’elle a posé des questions inédites. »

 Sur le caractère national du scrutin régional 
« Je pense que le scrutin de juin sera, comme souvent, un mélange du national et du régional : ce sera l’occasion pour les habitants de sanctionner la droite libérale dont le bilan est calamiteux (casse du droit du travail, démantèlement de la SNCF et ses conséquences concrètes sur les lignes de vie qui font vivre les territoires, l’incapacité à mettre en place l’écologie concrète sur les questions de mobilité…).
« J’ai adoré ce bouquin d’Edouard Louis “Qui a tué mon père” qui m’a bouleversé. Dans ce livre, il raconte une anecdote où l’allocation de rentrée scolaire avait été doublée : cela leur a permis d’aller respirer la mer pour la première fois en famille. Cela fait bien la démonstration qu’une décision politique concrète à l’échelle régionale ou à l’échelle locale peut changer la vie des gens. »
« Je milite pour que la gauche retrouve le chemin de son utilité pour améliorer la vie de nos concitoyens. »
« J’ai le coeur arraché quand je vois des étudiants dans une désespérance psychologique et sociale indigne. Je suis bouleversé quand je vois que la crise tape à la porte des usines mais aussi à la porte des foyers. Il y a une urgence à mettre en place des solidarités concrètes nouvelles et à faire en sorte que l’on retrouve des éléments de souveraineté, y compris en termes d’emplois en structurant des filières sur les territoires de vie. »

 Sur les différences avec les écologistes 
« Je ne demande à personne de s’effacer : un rassemblement doit être respectueux des uns et des autres et il est fort lorsqu’il additionne les sensibilités, les énergies et la force de convictions et de propositions de l’ensemble de ses composantes. »
« Je propose un rassemblement où, y compris avec les têtes de liste départementales, les écologistes doivent pouvoir assumer un leadership là où ils ont cette légitimité - de même pour les insoumis ou les socialistes. »
« Les quatre ans que nous venons de passer à l’Assemblée nationale le démontrent : sur les sujets essentiels, même si on a une histoire et des sensibilités différentes, on a su s’opposer à la mauvaise réforme des retraites, à la réforme ferroviaire, à la volonté du gouvernement de casser l’assurance chômage, on est en situation, sur la question climatique, d’être force de propositions pour une écologie qui réconcilie fin du monde et fin du mois. »
« Oui, il y a des différences mais les régionales doivent être l’occasion de mettre l’accent sur ce qui nous rassemble et de laisser de côté ce qui fait l’histoire de nos mouvements respectifs et qui nécessitent des débats approfondis. »

 Sur le nucléaire, pomme de discorde entre les communistes et les écologistes ? 
« Le nucléaire ne sera pas au coeur de la campagne des élections régionales car le nucléaire n’est pas une compétence régionale : les arbitrages devront être faits par le futur Président de la République. »
« Ce qui nous rassemble, c’est la réunion que je fais ce matin à Matignon avec Matthieu Orphelin, Delphine Batho, Marie-Noëlle Battistel, Adrien Quatennens et jusqu’aux gaullistes, pour dire que l’énergie est un bien commun et un bien de première nécessité. Si l’on veut développer un mix énergétique intelligent et renforcer la part des énergies renouvelables - ce à quoi je suis favorable - alors il faut la maîtrise de la puissance publique et que l’énergie échappe à la logique actionnariale. Et on est tous d’accord sur cette logique essentielle. »
« Sur le curseur de la façon dont on sort du nucléaire et à quel moment, ça fait l’objet de débats nationaux et ça ne sera pas au coeur des débats pour l’élection régionale, j’en prends l’engagement. »

 Sur le “plus jamais PS” ? 
« Je n’ai jamais confondu les électeurs avec les responsabilités politiques. »
« Le PS, ses adhérents et ses élus, ont, dans leur grande majorité, tiré les enseignements de ce qui a conduit à l’échec de François Hollande et de ce qui a permis à Emmanuel Macron de mettre en place sa mauvaise politique. »
« Il nous appartient de rallumer les étoiles et d’ouvrir une perspective alternative, y compris pour l’année prochaine. »
« Je ne peux pas me résoudre à ce que l’alternative que l’on propose aux habitants en 2022, soit le choix entre l’extrême droite et l’extrême argent. »
« Tous ceux qui étaient des relais zélés de la dérive libérale de François Hollande sont, pour la plupart, partis à En Marche - et ceux qui restent dans ces moments difficiles, chez les socialistes, me semblent être mieux arrimés autour des valeurs de gauche. »

 Sur le fait que l’écologiste Karima Delli ait réussi à réunir toute la gauche derrière elle dans les Hauts-de-France 
« Cela m’inspire beaucoup. »
« Dans les Hauts-de-France, la discussion sur les différentes sensibilités et approches existe et cela n’a pas été un obstacle au rassemblement. »
« Ce qui déclenche le rassemblement, c’est l’aspiration des gens à le demander. »
« Chacun a, d’une certaine manière, mis de l’eau dans son vin. »

 Sur l’éventuel cumul des mandats entre conseiller régional et député 
« Aujourd’hui, je suis député de la Seine-Maritime, porte-parole - et je crois avoir la réputation d’être très engagé dans mon mandat - et je suis conseiller municipal de Dieppe. »
« Si, par bonheur, je deviens président de région, je pense qu’on aura la force de frappe pour trouver les moyens de décupler nos représentations : j’ai un suppléant extraordinaire au Tréport et le président de région sera toujours au chevet de Dieppe, mon port d’attache, mais également de la Normandie dans son ensemble. »
« On peut cumuler la fonction de conseiller régional et de député : la question se posera et j’en parlerai avec le collectif. »

 Sur ce qui joue de la présidentielle 2022 dans les élections régionales 2021 
« Ce sont deux élections différentes mais il y aura dès juin 2021 des indications intéressantes : la sanction que les marcheurs vont prendre. J’ai promis, à l’Assemblée nationale dans les débats sur la loi convoquant les élections régionales, avec mes mots et ma franchise, une belle branlée aux marcheurs : je la pronostique, je la souhaite et elle aura lieu. »
« La droite confirme son incapacité à incarner une alternative : elle a été d’ailleurs largement anschlussée par les marcheurs. »
« En ce qui concerne la gauche, la capacité des uns et des autres à mettre l’accent sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous sépare, à ne pas être démesurément dans une bataille d’égos, peut donner à voir qu’évidemment il y aura une compétition dans la présidentielle mais qu’il faudra aussi ensuite trouver les chemins du rassemblement pour offrir une perspective au pays. »

 Sur la possibilité de faire de la Normandie un territoire sans classe et sans Etat 
« J’ai l’expérience d’avoir été maire et je sais à quel point, lorsque tu es à la tête d’une collectivité, tu n’es pas dans la révolution permanente mais tu prends des décisions qui sont radicalement utiles aux gens. »
« Lorsque tu mets en place un renouvellement urbain pour améliorer le cadre de vie des habitants, lorsque tu crées une école de cirque dans un quartier populaire, lorsque tu fais de la musique, du théâtre et de la danse la porte d’entrée de l’école pour tous les enfants d’une ville, lorsque tu mets le paquet sur la culture et le sport, lorsque je mène la bataille pour que le renouveau d’Alpine made in France soit possible au moment où on délocalise les entreprises, je fais la démonstration il y a possibilité de démontrer qu’à échelle locale, on corrige les trajectoires de ceux qui rêvent de déménager le territoire, de fermer les services publics et d’un pays où chacun n’a pas sa place. »
« Lorsque l’on est en responsabilités, il faut respecter la parole donnée et mettre en place des modes de gouvernance nouveaux (…). En tant que président de région, j’entends faire de la démocratie participative et sociale, partir du principe simple qu’à plusieurs, on réfléchit mieux que dans une seule tête. »

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