Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 20 octobre 2020

« Si on accepte, à gauche, que la guerre sur les mots l’emporte sur celle des valeurs, on est mort »

Laurence De Cock est enseignante et chercheuse en sciences sociales. Elle est aussi l’autrice de nombreux ouvrages, dont École aux Editions Anamosa. Elle vient de publier une tribune dans AOC dans laquelle elle revient sur l’assassinat de Samuel Paty et interroge plus généralement l’institution scolaire. Elle est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur les décisions de Gérald Darmanin
« On aimerait vivre dans un monde dans lequel la réaction soit plutôt un appel à la paix plutôt qu’un appel à la guerre. Mais surtout, on est dans un monde de droits. Et l’idéal républicain repose sur un socle de lois. Et quand j’entends que des personnes sont perquisitionnées pour faire passer un message, je ne vois pas trop à quel bloc de lois, ça renvoie. »
« Au lieu de me rassurer, ces décisions m’angoissant. C’est très inquiétant. »
« Je ne suis pas en guerre. Je refuse d’adopter ce vocabulaire de la guerre parce que je suis enseignante et que ce qui m’anime c’est la paix, c’est le fait de rassurer, c’est le fait de vivre dans un monde dans lequel on se sent libre et de transmettre à mes élèves et à mon fils, la volonté de vivre dans un monde libre. »
« Je n’ai pas envie de déclarer la guerre à une partie de la population au prétexte qu’un criminel a assassiné de manière sauvage l’un des miens. On doit faire corps autour de ce qui nous unit. »
« J’espère qu’on n’est pas au bord d’une guerre civile. »

Sur la stigmatisation des musulmans
« On oublie que nous sommes toutes et tous victimes de cet attentat et y compris nos concitoyens musulmans qui vivent dans ce pays. »
« Considérer que le voile que porte une femme, que portait la nounou de mon enfant, est lié à cet atroce crime contre notre collègue est abominable. C’est une manière de raisonner incompréhensible. »
« On est piégé dans une voie étroite qui consiste à dire que ce crime est insupportable, que tout doit être fait pour éviter que ça se reproduise mais que ça n’est pas la responsabilité des personnes musulmanes qui vivent sur notre territoire. »
« Ce genre de crime déplie le tapis rouge à des gens qui, depuis des années, font leur fond de commerce contre les populations musulmanes de ce pays. »

Sur le discours médiatique
« On est pris dans un engrenage. »
« Il est difficile de déployer une pensée de la nuance, une pensée du doute et humble dans l’espace médiatique. »
« On ne prend plus le temps de comprendre ce qui nous unit de ce qui nous sépare. »
« On est dans des logiques de mise en spectacle de positions ultra caricaturales et en réalité, dans toute cette scénographie, ceux qui l’emportent sont ceux qui ont des discours qui nourrissent l’angoisse et fournissent des explications clef en main en mode ‘ça fait longtemps qu’on vous le dit’. »
« La plupart des médias dominants, que je refuse systématiquement parce que je ne veux pas cautionner ça, de ce monde du clash ne donne jamais l’opportunité de dérouler des positions où on est encore dans la stupeur, la douleur. Et quand on est dans la douleur il faut avoir l’humilité de dire : je ne sais pas trop. J’ai besoin de temps, de comprendre et d’écouter les gens. »

Sur la gauche
« L’enjeu c’est de dire que la gauche a un socle, celui d’être toujours du côté des plus démunis. »
« Il y a des gens qui sont victimes de discriminations : les musulmans, les juifs, les roms, les Tchétchènes. Régulièrement, ils se prennent des décisions racistes et le socle de la gauche c’est d’aller vers ces gens-là. »
« À gauche, on a un problème de vocabulaire. On a un problème de grammaire. Il y a des mots sur lesquels on bute : les mots islamophobie, racisé, indigéniste, communautarisme, séparatisme. »
« Si on commence à accepter à gauche que la guerre sur les mots l’emporte sur la guerre des valeurs, alors on est mort. »
« C’est le moment de faire exploser les blocages à gauche et de nous retrouver. »
« Personne ne porte des oeillères. »

Sur le métier d’enseignant
« Mon boulot c’est d’amener les jeunes à entrer dans un raisonnement rationnel, avec des savoirs, visant la vérité. Je suis là pour leur apprendre à débattre, à construire un argumentaire à se construire comme citoyen. »
« On fait un travail utile. Les enfants et les adolescents ont encore le temps de changer. »
« On ne peut pas coller des étiquettes à des gamins. Je ne vais pas dire qu’un gamin est fanatique. Je ne peux pas employer ce vocabulaire là. En revanche, je peux dire qu’un enfant est en danger. »
« Il n’y a aucun aveuglement des enseignants. »
« Quand on va au fond de la discussion, y compris avec lesquels je m’oppose idéologiquement, on n’est pas si en désaccord. Au final, quand on discute de ce qu’on veut faire avec les élèves, on va au même endroit. »

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