Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 6 mars 2019

Sophia Hocini : « L’Algérie cultive l’ignorance pour assujettir toujours plus les Algériens »

Point de situation sur la mobilisation en Algérie : quelles alternatives possibles ? Quelles conséquences d’un probable report de l’élection présidentielle ? Qui se mobilise en France ? En Algérie ? Sophia Hocini, franco-algérienne, militante des droits humains, candidate PCF aux élection européennes est l’invitée de la Midinale.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur le rassemblement de dimanche place de la République contre la nouvelle candidature de Bouteflika 
« J’étais présente au rassemblement parce que la communauté algérienne en France est encore plus militante et vigilante sur ce qui se joue en Algérie. C’est un grand rendez-vous de l’histoire qu’on attend depuis cinquante ans. »

 Sur l’opposition à Bouteflika 
« A l’heure actuelle, la mobilisation est une masse encore un peu disparate parce que les revendications sont toutes différentes : une majorité de gens est opposée au FLN, d’autres sont simplement opposés au 5ème mandat de Bouteflika et d’autres encore sont davantage sur la question des droits humains en Algérie, les questions de laïcité, de droit des femmes ou encore de lutte contre la corruption. »
« Il n’y a pas vraiment de leader de l’opposition dans le sens où le FLN après l’indépendance est devenu un parti unique. Tous les cadres du FLN étaient et sont opposés au multipartisme. »
« S’il y a des leaders qui ont un peu la possibilité de s’exprimer, ça se fait au détriment de leur vie et de leur sécurité. Mais ils ne pèsent absolument pas dans le champ politique et médiatique. »

 Sur le possible report de la présidentielle algérienne 
« C’est une esbroufe monumentale, une humiliation supplémentaire vis-à-vis des Algériens. »
« Ils veulent se donner le temps d’asseoir leur système. »
« Ça va augmenter encore plus le courroux des Algériens. »

 Sur la fracture générationnelle 
« Cet argument de la fracture générationnelle est une propagande qui est orchestrée par les cadres au pouvoir, les généraux, alors qu’en réalité les autres leaders, à l’époque du FLN, affirmaient que le FLN n’étaient qu’une force pour libérer l’Algérie du joug colonial, alors que le FLN n’avait pas vocation à devenir un parti, ni à gouverner. »

 Sur le FLN 
« J’envisage une Algérie sans FLN ; c’est même une urgence. »
« L’Algérie ne pourra pas être le pays démocratique qu’elle entend être si on ne met pas en place un multipartisme, avec la liberté de conscience, l’expression plurielle de tous les courants qui peuvent naitre, qu’ils soient simplement algérianistes, berbéristes, pour la laïcité, féministes, etc. Toutes ces forces ont besoin d’exister dans le champ politique. »
« Le FLN n’est pas un parti à mon sens et a toujours été réfractaire à la démocratie. »

 Sur le dégagisme 
« Les gens revendiquent d’effacer complètement ce système en utilisant des slogans assez drôle comme Control Alt Supprimer. Il faut supprimer le système actuel pour convoquer un grand débat et écouter les revendications des Algérien-nes sur une base pacifique et progressiste. »
« L’Algérie cultive l’ignorance pour assujettir toujours plus les Algériens et leur faire croire qu’il n’y aurait que deux possibilités : l’armée ou l’islamisme. »

 Sur les Kabyles 
« Pendant la libération, les Berbères, les Amazighs - il n’y a pas que les Kabyles - ont joué un rôle prépondérant dans la libération de l’Algérie. La plupart des combats ont d’ailleurs eu lieu dans les montagnes. »
« Les communautés Amazighs en Algérie ne veulent pas qu’on leur impose l’islam ni même ne se revendiquent arabes [comme le prévoit pourtant l’article 2 de la Constitution (cf. "L’Algérie est un pays arabe et musulman".)] »

 Sur le silence de la France et la communauté internationale 
« C’est révélateur d’un profond malaise de la France qui se cache derrière son petit doigt à travers l’argument de l’ingérence. »
« Parce qu’il y aurait eu un passif colonial, il ne faudrait pas s’exprimer. »
« Il y a pourtant eu des prises de position sur le Venezuela donc c’est étonnant qu’il n’y en ait pas vis-à-vis de l’Algérie alors que c’est plus ou moins la même situation. »
« Il y a un manque de courage de la part du gouvernement français et de beaucoup de citoyens, y compris de gauche. »
« L’Algérie est une dictature. »

 Sur les élections européennes 
« Le PCF a joué au mieux la carte de l’union pour réfléchir à un consensus sur les idées et on a toujours été maltraité. »
« Cette fois, on y va seul parce qu’on a envie d’affirmer nos propres idées. »
« C’est un risque parce qu’on va éparpiller les voix mais on assume nos idées. »

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • L’Algérie ne pourra pas être le pays démocratique qu’elle entend être si on ne met pas en place un multipartisme

    entendre une communiste défendre la République Bourgeoise et le multipartisme est une souffrance terrible.

     Non, la démocratie ce n’est certainement pas le multipartisme. En France aussi nous sommes en Révolution avec les Gilets Jaunes, et les prolos sont très clairs : nous ne voulons pas du multipartisme, nous voulons que les bureaucrates à la tête de l’État fassent leur travail d’administration au service du peuple.

    En Algérie comme ailleurs, il nous faut "passer du gouvernement politique des hommes à une administration des choses (une direction des opérations de production)".
    https://www.marxists.org/francais/marx/80-utopi/utopi-1.htm

    jehovah_c_non Le 10 mars à 11:26
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.