Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 13 janvier 2020

Sophie Binet (CGT) : « La position de la CFDT n’a que peu d’impact sur la mobilisation »

Après le faux recul du gouvernement sur l’âge pivot, quel avenir pour la mobilisation sociale ? Sophie Binet, co-secrétaire générale de l’UGICT-CGT, est l’invitée de #LaMidinale.

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 Sur l’annonce du retrait provisoire de l’âge pivot 
« C’est une manœuvre de diversion grossière. »
« La conférence de financement aura lieu en avril, c’est-à-dire après la quasi totalité des débats parlementaires et après les élections municipales. »
« Le gouvernement ne veut plus être sous pression de la rue pour discuter de la question du financement. »
« Quand on regarde le détail de la conférence de financement et son cadrage par le gouvernement, le courrier est clair : dans son huitième point, il précise que les solutions mises sur la table ne devront ni augmenter ce qu’ils appellent le coût du travail, c’est-à-dire augmenter les cotisations sociales, ni baisser les pensions, ce qui est la moindre des choses. Qu’est-ce qui reste comme levier ? L’âge pivot, le report de l’âge légal ou l’allongement de la durée de cotisation. »
« Il n’y aura pas de négociations. Si les acteur sociaux ne se mettent pas d’accord, ils mettront en place l’âge pivot. »
« L’âge pivot est bien présent dans le projet de loi : tout le monde sera bien concerné par cette réforme. »
« Pour celles et ceux qui sont nés après 1975, le projet de loi est très clair et prévoit un système à points qui repose sur le système de l’âge pivot avec un décalage automatique de l’âge pivot en fonction de l’espérance de vie. »
« Cette réforme est inchangée avec un système de pilotage automatique qui grave dans le marbre la baisse des pensions et le report permanent du départ de l’âge en retraite. »

 Sur la décision de la CFDT et l’impact sur la mobilisation 
« La CFDT n’était pas dans la mobilisation et dans l’intersyndicale. On est à un niveau de mobilisation historique avec 1,8 millions de personnes dans les rues. »
« La décision de la CFDT n’a que peu d’impact sur le mouvement. »
« Au 40ème jour de grève, c’est dur pour les salariés. Pour certains d’entre eux, il n’y aura pas de fiche de paye en janvier. C’est extrêmement violent. »
« Il y a une détermination très forte de ceux qui sont mobilisés - y compris des sympathisants. »
« Le niveau de soutien de l’opinion publique n’a pas changé. »
« La détermination est très forte parce que les salariés ont compris le contenu du projet du gouvernement. »
« Si on laisse passer cette réforme, ça sera la dernière réforme. »
« Avec cette réforme là, avec le système de pilotage automatique, il n’y aura plus besoin du vote du Parlement. Nous n’aurons plus la main sur nos retraites et le montant de nos pensions ne sera plus garanti. »

 Sur la conférence de financement 
« On va débattre collectivement de la participation de la CGT à cette conférence de financement. »
« L’enjeu pour nous, c’est la mobilisation contre la réforme des retraites. Rentrer dans le débat sur cette conférence de financement serait faire diversion. »
« Le gouvernement refuse la transparence sur la trajectoire financière de la réforme des retraites. »
« Il n’y a toujours pas de simulation pour que chaque salarié puisse se faire une idée de ce que la réforme va changer pour lui ou pour elle. Ça montre bien que le gouvernement essaie de cacher des choses et qu’il a peur que les salariés comprennent l’enjeu financier de la réforme. »
« D’ici 2050, il y aura 40% de personnes de plus de 60 ans supplémentaires. Si on bloque les ressources à leur niveau actuel - et on craint même que le gouvernement veuille les baisser - ça veut dire que le montant des pensions va s’effondrer. »

 Sur la bataille parlementaire 
« Le gouvernement a déjà pris des dispositions pour limiter un maximum la procédure parlementaire avec une procédure accélérée qui fait que le projet de loi ne passera qu’une seule fois à l’Assemblée nationale et au Sénat [au lieu des deux lectures traditionnelles]. »
« Le cœur de ce projet de loi, c’est le hold-up démocratique. Les points essentiels du contenu de la réforme ne sont pas dans la loi mais sont renvoyés à des ordonnances ou à des décrets qui seront pris par le gouvernement, dans l’opacité totale, loin du regard des parlementaires et de l’opinion publique. »
« Dans le débat parlementaire, j’espère que les députés refuseront de faire un chèque en blanc au gouvernement. »

 Sur les désaccords entre Philippe Martinez et la base militante 
« Si le mouvement d’aujourd’hui n’était le fruit que de calculs politiciens, je ne vois pas comment des salariés en seraient à leur 40ème jour de grève. »
« Les revendications sont claires et essayer d’expliquer la mobilisation par un quelconque autre prétexte, c’est bien mal connaitre le monde du travail. »

 Sur les violences policières 
« [Les violences policières] sont très inquiétantes d’un point de vue démocratique. »
« Ces pratiques s’installent et deviennent tristement banales. »
« Cette violence joue pour les jeunes et c’est peut-être l’un des facteurs explicatifs de la faible mobilisation de la jeunesse scolarisée. »
« Cette violence policière qui se banalise et se normalise, est très inquiétante pour l’avenir. »
« Il y aurait besoin d’avoir un débat sain et apaisé pour interroger la doctrine du maintien de l’ordre en France. »

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