Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 16 mai 2019

Sophie Tissier : « Le gouvernement met en œuvre une stratégie de la terreur »

Alors que se prépare l’acte XXVII des gilets jaunes samedi prochain, Sophie Tissier, gilet jaune membre du groupe "Décla ta manif", est l’invitée de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur les déclarations de manifestation de gilets jaunes 
« On considère que la police est une institution au service des citoyens. »
« Déclarer une manif, c’est un acte militant. »
« On ne déclare pas une manif n’importe comment : on essaie d’en avoir qui soient hauts en couleurs et très symbolique. »
« On a réussi à descendre les Champs-Elysées en manifestation déclarée – ce qu’aucun syndicat ne réussit à obtenir. »
« On sort du cadre habituel de la manifestation de part la culture qu’on impose en tant que gilets jaunes. »
« On a un processus de co-déclaration des manifestations avec beaucoup de signataires pour essayer d’imposer notre force par le nombre. »
« Il est difficile d’obtenir les lieux que l’on veut pour manifester depuis l’arrivée du nouveau préfet [Lallemand] qui est très dur et pas du tout dans le dialogue et le respect de la liberté de manifester. »
« Le 1er mai, on a voulu obtenir un départ du Panthéon avec Youth for Climate et Tous unis pour le climat mais on nous l’a interdit. »

 Sur les forces de l’ordre et les manifestations à Paris 
« On essaie de “respecter” les forces de l’ordre dans leur strict rôle d’encadrement des manifs. »
« On fait attention à ce que la police ne sorte pas de son cadre déontologique. »
« Ca a un sens plus que jamais de manifester à Paris parce que le gouvernement tient son cap de manière très dure. »
« Le gouvernement se sert de la police comme d’un outil répressif de façon illégale. »
« On dénonce l’irresponsabilité du gouvernement dans la gestion de l’ordre. »
« Le gouvernement met en œuvre une stratégie de la terreur. »
« Le gouvernement essaie de faire passer les gilets jaunes pour des personnes infréquentables en essayant de nous nuire. »

 Sur la stratégie des gilets jaunes et la violence qui tente certains manifestants 
« Les gens qui descendent dans la rue n’avaient aucune culture militante et n’avaient pour la plupart jamais manifesté. »
« Il faut être stratégique et aussi manipulateurs qu’eux le sont. »
« La violence est inhérente à la politique du gouvernement. »
« Moi-même, j’aurais envie de jeter des pavés et de sombrer dans la violence mais, stratégiquement parlant, aujourd’hui, le rapport de forces, on ne le gagnera jamais. »
« On ne peut pas gagner le rapport de force [violent] : on n’est plus en 1789 ou en mai 68. »
« On ne peut pas se confronter à la police si ce n’est par des actions concertées – y compris illégales, mais pas dans la force. »
« Jeter des pavés sur la police, ça ne va pas changer grand chose. »
« La police se sert du moindre petit accident pour décrédibiliser le mouvement et surtout pour le réprimer. »

 Sur les objectifs des gilets jaunes 
« Notre adversaire, c’est le gouvernement et le système politique dans son ensemble. »
« Ca m’a choqué de voir que peu de gens s’émeuvent de l’annonce que des armes françaises sont en train de tuer des civils au Yémen. »
« Il y a un endormissement, une lobotomisation de beaucoup de gens qui n’ont aucune notion de ce qu’il se passe, des enjeux qui sont devant nous et des dangers imminents sur nos vies. »
« A cause de toute l’industrie pétrochimique, on a une baisse de la fertilité masculine de 50% en France depuis dix ans. »
« C’est un enjeu crucial que de nous protéger de nos industries qui dégradent nos vies au plus profond de nos êtres. »
« Ce qui réunit tous les gilets jaunes, c’est la volonté de changer le système politique et de créer la première vraie démocratie. »
« Aujourd’hui, Macron est le premier pion plus ou moins tacite d’une petite caste oligarchique. »
« On veut remettre de la puissance citoyenne dans les décisions politiques, que chacun puisse s’investir de son pouvoir citoyen et se sente légitime à le faire. »
« J’ai deux enfants et je suis hyper inquiète : je ne veux plus vivre dans ce monde-là. »
« Notre monde devient invivable à beaucoup de niveaux et il est temps que l’on s’empare de cette question. »
« Redonner le pouvoir aux citoyens, remettre de la transparence, régler la question des médias qui sont au cœur des enjeux démocratiques : c’est ça les objectifs des gilets jaunes. »
« Le quatrième pouvoir médiatique n’a aujourd’hui aucun garde-fou citoyen : le CSA ne remplit pas son boulot, une petite oligarchie financière possède 90% des médias, il y a énormément de désinformation… »
« Il faut que les gens se remobilisent et si cela doit passer par la reprise des Champs-Elysées en étant dans des manifs tous les samedis, on y arrivera. »

 Sur les potentiels alliés des gilets jaunes 
« On souhaite travailler avec les syndicats et les associations. Les partis politiques, beaucoup moins. »
« Le système partisan avec une verticalité extrême du pouvoir et un manque d’implication du pouvoir militant qui ne sont pas assez écouté et pris en compte, c’est un vrai problème démocratique. »
« La CGT est une vieille dame qui a du mal à se renouveler dans sa culture militante et dans ses prises de décision. »
« Il faut réussir à mettre autour de la table tous les acteurs de la démocratie 2.0. »
« Il y a une ébauche intéressante avec la plateforme Le Vrai Débat : elle a manqué de moyens, de relais médiatiques pour être efficace et fonctionnelle mais c’est vers ce genre de chose qu’on doit tendre. »
« Avec les gilets jaunes, on a une grande fenêtre ouverte vers la démocratie. »
« Le rapport de forces avec le gouvernement, on ne l’aura jamais parce que la police est aux ordres de Castaner et que ce n’est pas quelqu’un à qui on peut faire confiance. »

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