Accueil | Entretien par Catherine Tricot, Pierre Jacquemain | 26 avril 2021

Sophie Wahnich : « Le risque c’est qu’il n’y ait plus personne pour défendre une démocratie qui n’en est plus une »

La publication de la lettre des généraux qui en appellent à la patrie sur le site de Valeurs actuelles n’a pas suscité beaucoup de commentaires. Pourtant, il s’agit ni plus ni moins que d’un appel séditieux. Sophie Wahnich, historienne, et Catherine Tricot, directrice des Éditions Regards, sont les invitées de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur le texte des généraux

Sophie Wahnich
« Ce qui me paraît le plus grave dans toute cette affaire c’est la transformation du texte en pétition c’est-à dire la recherche d’une légitimation par le nombre et la société civile. C’est un appel non républicain, un appel aux armes à un moment où cette violence légitime de l’Etat est dans les mains de corps qui sont très contaminés par l’idéologie et l’adhésion au rassemblement national. »

Catherine Tricot
« Il s’agit d’un texte politique où il n’est question que de politique. »
« Le fait que ce texte soit publié 60 ans jour pour jour après la tentative de coup d’Etat des généraux, ajoute à la dimension politique de ce texte. »
« Les généraux s’inscrivent dans une tradition, une filiation historique, putschiste. »
« Ce texte me paraît d’une gravité incroyable. »

Sur le rapport armée/République

Sophie Wahnich
« Du côté des fondements de la République avec la révolution française, il est absolument nécessaire que l’armée soit soumise au pouvoir civil des gouvernements et il y a une crainte très forte dans certaines circonstances guerrières que l’armée prenne le pouvoir. Il y a une inquiétude sourde pendant toute la révolution française contre le risque qu’ils appellent de stratocratie c’est-à-dire la prise de pouvoir par un général victorieux ou non. »
« Il est toujours délicat de savoir si le pouvoir politique va être capable de maintenir son armée comme outil et non pas comme rival. Il y a quelque chose qui, de ce point de vue là, se répète. »
« Pour pouvoir maintenir une armée en situation d’obéissance au pouvoir politique, on comptait beaucoup sur les appelés et là on est dans une situation où il n’y a plus d’appelés qui puissent retenir ces velléités. »
« On ne sait pas si ces généraux à la retraite ont des relais suffisamment puissants du côté de ceux qui ne le sont pas mais ce que l’on sait, c’est que la question des armes est souterraine et qu’on ne sait pas ce qu’il se passe du côté du rassemblement national. »
« La tactique du Front National puis du Rassemblement national c’est d’utiliser le vocabulaire de la révolution française, voire de la résistance, pour le retourner contre et là en l’occurrence d’utiliser le vocabulaire de la République pour le retourner contre les Droits de l’homme et du citoyen. »

Sur la possibilité d’un coup d’Etat militaire

Catherine Tricot
« Ce texte fait planer l’idée d’un coup d’Etat militaire en disant ‘nous avons les forces’. »
« On est dans un moment de grande fragilité politique et institutionnelle et qui nous place dans une incertitude sur l’avenir. »
« Il ne s’agit pas simplement d’une menace de putsch mais un appui de poids à Marine Le Pen. Les généraux laissent entendre qu’ils seront à ses côtés. »

Sophie Wahnich
« Il y a quelque chose qui est dans l’air sur la notion de guerre civile que les généraux mettent en valeur dans leur lettre et ça vient attiser un désir d’en découdre qui traverse la société en ce moment. »
« Il y a un siège tendu et on ne sait pas comment ce piège va être pris. »
« Les généraux ne peuvent faire quelque chose que s’il se passe quelque chose réellement dans la rue. Il n’y a pas de possibilité de putsch sans situation qui s’est envenimée en amont. »
« Le silence et les quelques tweets de la ministre des armées témoignent de l’incapacité du gouvernement d’apaiser par les mots donc ils ont essayé de faire silence pour ne pas alarmer. »
« Ce qui est inquiétant, c’est la grande confusion qui règne sur la nature même de ce qu’est une République et une démocratie. Là-dessus, je pense qu’on n’a jamais été aussi confus que depuis les débuts de la Vè République. »
« L’usage des institutions non démocratiques de la Vè République n’ont jamais été aussi forts. »
« Depuis 2016, on a un État très autoritaire. »
« Le risque c’est qu’il n’y ait plus personne pour défendre la démocratie qui n’en est plus une. »

Sur l’ennemi ciblé par la lettre des généraux

Sophie Wahnich
« C’est société française, en tant qu’elle est en train d’évoluer, qui est visée par les généraux. »
« C’est l’élargissement vers plus de droits qui est considéré comme insupportable par les généraux et la possibilité d’avoir une société égalitaire entre différentes composantes qui ont été brimées depuis les guerres de colonisation. »
« Il y a un refus de l’égalité et de la possibilité de déracialiser la société française de la part de ces généraux. »
« Il y a une attitude contre-révolutionnaire dans la lettre des généraux. »
« Sous couvert de République, les généraux font resurgir un clivage très classique de révolution/contre révolution, trahison et raison. »

Sur la gauche

Sophie Wahnich
« Le problème de la gauche c’est qu’elle refuse de débattre. »
« La question de l’islamogauchisme a été récusée par de nombreux intellectuels et scientifiques. »
« On a perdu de notre capacité démocratique à construire du débat. »
« Il y a eu un antiracisme avant SOS Racisme qui débute au 18ème siècle. »
« L’absence de débat est le vrai problème à gauche. »
« Il faut cesser de fabriquer de faux ennemis et accepter de débattre. Le débat doit porter sur l’historicité et la projection parce que la difficulté c’est de savoir dans quelle société on veut vivre. »
« Il n’y a plus de débat qui produit la possibilité de la démocratie. »

Catherine Tricot
« Une partie de la gauche a précipité le discours des généraux sur l’islamogauchisme. »
« Il y a un écart entre les quartiers populaires et la gauche qui ne cesse de s’accroitre. »

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  • Les propos de Sophie Wanich sont à la fois angéliques et outranciers. Manichéens aussi : les bons, de gauche, et les méchants, de droite. Enfin expéditifs vis-à-vis de l’histoire : en 1789, année de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la France était un royaume, non une république. Ce n’est pas la forme de l’Etat qui réalise la démocratie, mais le régime.

    Glycère BENOIT Le 28 avril à 09:18
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