Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 17 juin 2019

Taha Bouhafs : « Je ne suis pas plus journaliste militant qu’un journaliste du Point ou de BFMTV »

Le 11 juin, Taha Bouhafs a été maintenu en garde à vue pendant 24h après une violente interpellation par les forces de l’ordre, alors qu’il couvrait une manifestation de soutien à des travailleurs sans papiers. Poursuivi pour « outrage et rébellion sur une personne dépositaire de l’autorité publique », le journaliste à Là-bas si j’y suis est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’interpellation de Taha Bouhafs 
« Ce qui s’est passé (son interpellation, NDLR) est assez systématique : quand je vais au boulot, je sais que ça peut arriver. »
« Quand on va en manifestation ou en piquet de grève, on a systématiquement des policiers qui essaient de nous empêcher de faire notre boulot. »
« Il y a un ciblage particulier [des journalistes] qui est assez insidieux. »
« Il y a un moment donné où on n’accepte plus parce qu’on est juste en train de faire notre boulot. »

 Sur le soutien des rédactions 
« Il y a une violation en règle du secret des sources. »
« On m’empêche de faire mon boulot mais on s’attaque aussi à la profession : quand on met mon téléphone sous scellés et qu’il est envoyé au parquet de Créteil pour être exploité, c’est une attaque contre la profession. Si les informateurs - les sources - n’ont plus confiance dans le fait que les téléphones ou les ordinateurs des journalistes sont sécurisés et protégés, il n’y a plus d’information. »

 Sur les motifs de la plainte contre Taha Bouhafs 
« J’ai déjà été accusé plusieurs fois, plus jeunes, d’outrage et rébellion. C’est un motif qu’on utilise beaucoup dans les quartiers populaires. A partir du moment où on a un jeune en face, qui n’a commis aucune infraction, et dont la gueule ne revient pas, on lui fout un “outrage et rébellion”. »
« Quand on n’a rien à reprocher à quelqu’un, on l’emmène au trou pour “outrage et rébellion”. »

 Sur les violences policières 
« Ces gens là [la cheffe IGPN et Christophe Castaner] ne sont pas dans le déni : ils savent très bien ce qu’ils font. »
« L’institution policière est extrêmement puissante et la vérité, c’est qu’on a un président de la République qui se chie dessus devant les syndicats de police. »
« Aujourd’hui, les syndicats de police ont plus de pouvoir que Castaner. »
« Le pouvoir de la police est un pouvoir politique à part entière et c’est un pouvoir fascisant. »

 Sur le métier de journaliste 
« La définition de “journaliste militant” m’irait si on la collait à tout le monde. »
« Militant, pour moi, ça n’a jamais été une insulte. »
« C’est faux de dire qu’aujourd’hui, il y a des journalistes neutres ou objectifs. »
« Je ne suis pas plus journaliste militant qu’un journaliste du Point ou de BFMTV. »
« Jean Quatremer annonce qu’il soutient Emmanuel Macron sur Twitter publiquement et on ne lui dit pas qu’il est un journaliste militant. »
« Je crois que le journalisme que je pratique raconte quelque chose sur leur façon à eux de faire du journalisme : ils ont quitté le terrain depuis bien longtemps. »

 Sur les rumeurs du blessé grave de Tolbiac 
« À ma décharge, je n’étais pas journaliste à ce moment-là, j’étais étudiant. »
« Je n’étais pas dans une démarche journalistique, j’ai relayé sur Twitter des témoignages - comme Marianne, comme Le Média et d’autres - je me suis trompé et j’ai fait une erreur. »
« J’ai fait une erreur, ça m’a fait une bonne leçon. »
« Depuis, je suis rentré dans une démarche journalistique, de me documenter, de recouper mes informations et à ne pas tomber dans la facilité. »
« Il est malhonnête de continuer à me le reprocher aujourd’hui comme si d’autres journalistes n’avaient jamais fait cette erreur : les journalistes qui ont relayé la fake news de Castaner sur l’hôpital de la Salpêtrière, les images effacées et falsifiées avec la pancarte “Macron dégage” et où “dégage” a été enlevé ou encore des journalistes de l’AFP qui annoncent que Bouygues est mort… ça arrive. »

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  • Taha Bouhafs : on a besoin de journalistes "témoins" engagés (empreints d’humanisme, d’honnêteté et d’empathie}) de notre temps... Merci pour ton taf.

    carlos Le 17 juin à 13:02
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