Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 5 septembre 2019

Thierry Labica : « Le 31 octobre, il me paraît évident qu’il y aura un report du Brexit »

Rien ne va plus au Royaume-Uni : alors que le Premier ministre Boris Johnson a perdu sa majorité, les incertitudes sur la sortie de l’Union européenne prévue le 31 octobre sont plus fortes que jamais... Pour en parler, Thierry Labica, maître de conférence en études britanniques à l’université Paris-Nanterre, est l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur le Parti conservateur 
« Le fait que Boris Johnson ait pété les plombs paraît dans la norme du personnage. »
« Il y a une recomposition du Brexit Party autour de Nigel Farage qui a quitté UKIP il y a quelques années et du Parti conservateur autour d’une ligne très dure qui va aller capter les voix de la droite extrême et des nationalistes anglais (et non britanniques). »
« Certains éléphants du Parti conservateur ont dit, en séance, de manière très virulente, qu’ils ne reconnaissaient plus le parti dans lequel ils étaient depuis parfois 40 ans et que c’était maintenant un parti d’extrême droite nationaliste. »

 Sur le Parti travailliste 
« Le Parti travailliste qui est sensé être dirigé par la gauche dure vient occuper une espèce de centre ou de norme politique dans laquelle il faut un terrain de compromis entre ceux qui voulaient sortir de l’Union européenne et ceux qui voulaient y rester, qui propose un Brexit négocié pour le monde des entreprises... »
« Beaucoup de gens, y compris au sein du Parti travailliste, pensent qu’ignorer le résultat du référendum [sur le Brexit] serait catastrophique socialement. »

 Sur la stratégie de Boris Johnson 
« L’autre stratagème de Boris Johnson pour empêcher tout blocage d’une sortie de l’Union européenne sans accord, c’est de proposer une élection législative (…). Mais si le processus électoral s’enclenche, l’activité parlementaire sera suspendue – et tout le monde redoute que Boris Johnson profite de ce délai pour créer une situation de fait accompli pour faire passer une sortie en no deal. »
« Contrairement à ce que dit Boris Johnson, les négociateurs européens disent qu’il n’y a absolument rien de nouveau dans sa proposition. »
« Un élément de blocage depuis le départ, c’est le back stop, c’est-à-dire la frontière entre la frontière nord-irlandaise et la République d’Irlande ; et Boris Johnson n’est jamais encore allé voir le Premier ministre nord-irlandais ! »

 Sur l’austérité en Grande-Bretagne 
« La Grande-Bretagne est le pays qui a les plus grands écarts de richesses interrégionaux en Europe. Et l’austérité a fait un mal terrible. »
« Si on regarde les annonces budgétaires qui sont faites (qui ne disent d’ailleurs rien de la manière dont elles seraient financées), elles ne corrigent que très marginalement les coupes qui ont été faites depuis 2010. »

 Sur la position des travaillistes aujourd’hui 
« La position des travaillistes consiste à dire qu’ils se sont engagés en 2017 à honorer le résultat du référendum et sortir de l’Europe avec un accord. »
« Le Parti travailliste essaie de recentrer la ligne de fracture de la société britannique autour de la question sociale car la question du Brexit devient l’arbre qui cache la forêt. »

 Sur l’inéluctabilité du Brexit 
« Même si Boris Johnson convoque des élections le 15 octobre, il ne resterait que 15 jours pour négocier un accord et le temps législatif serait insuffisant. »
« Le 31 octobre, il me paraît évident qu’il y aura un report. »
« Si la Grande-Bretagne sortait le 31 octobre sans accord, il y aurait quand même pour des mois et des années de négociations car plein de choses resteraient à régler. »
« Le temps d’organisation d’un référendum est plus long que celui d’organisation d’une élection législative. »
« Personne n’a voté pour un Brexit non négocié. »
« Ce qu’annoncent les travaillistes, notamment Jeremy Corbyn qui essaie de négocier avec sa base de parti et l’opinion publique, c’est de négocier une sortie de l’Europe avec un cadre précis. »

 Sur la question sociale au Royaume-Uni 
« La confusion autour du Brexit a siphonné les questions d’urgence qui étaient encore audibles il y a encore quelques mois. »
« Sur la santé, vous avez une vingtaine d’hôpitaux en alerte noire ça veut dire qu’il est plus dangereux d’aller à l’hôpital que de rester chez soi. »
« Il y a une augmentation ininterrompue des banques alimentaires où vont des gens qui travaillent. »
« On pourrait comparer aux débuts des années 2010-2015 où on a vu de très grandes mobilisations populaires, anti-austérité, et là on voit moins cette activité de masse. »
« Un gouvernement travailliste a vitalement besoin d’un mouvement social qui ne concentrerait pas le projet de réformes travaillistes sur un travaillisme reparlementarisé. »
« S’il y a un repli du projet travailliste sur la seule activité parlementaire, on va dans le mur. »
« Le parti travailliste apparait comme posant une norme presque rassurante dans le champ politique et institutionnel britannique, mais pour la gauche du parti, les choses se compliquent. »

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