Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 28 juin 2019

Thierry Schaffauser : « Je suis plus fier d’être pute que pédé »

A l’occasion des 10 ans du Strass, le syndicat des travailleurSEs du sexe, et en pleines « putain de rencontres », nous avons rencontré Thierry Schauffauser, travailleur du sexe depuis l’âge de 16 ans et co-fondateur du Strass. Il est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les 50 ans des émeutes de Stonewall 
« Avant Stonewall il y a toujours eu des résistances mais c’est vrai que le mouvement contemporain est beaucoup né de ces émeutes-là. Dans la suite de ces émeutes, il y a eu des manifestations et des organisations se sont crées par centaines. »
« Il y avait une perspective révolutionnaire. »

 Sur l’état de la société face aux questions sociétales 
« Si on parle de l’accès des homos à la famille et à la sphère de la production nationale, ça ne dérange plus trop. Au contraire, les gens sont très contents (…). Mais ce n’est pas le cas pour les questions trans ou des travailleurs du sexe. »

 Sur sa candidature aux législatives 2017 (EELV lui a retiré l’investiture après avoir posé en travesti sur une affiche de campagne) 
« La classe politique considère que pour gagner l’élection, ça ne fait pas sérieux d’apparaitre en travesti- et ce, malheureusement, y compris dans des partis de gauche pro-LGBT. »
« Le but d’une élection, c’est de gagner. Je crois que, quand on est une sur une circonscription où l’on fait entre 5 et 10% en moyenne, il n’y a pas d’enjeu réel à être élu mais il y a un enjeu à faire de la politique, à faire passer des idées et des messages. »

 Sur le travail du sexe 
« Les luttes LGBT n’ont pas suffisamment intégré le combat des travailleurSEs du sexe mais il y a des progrès (…). En France, toutes les organisations LGBT ont inclus l’agenda des travailleurSEs du sexe dans le leur. »
« Aujourd’hui, les personnes qui sont les plus réprimées et criminalisées, ne le sont pas pour homosexualité mais continuent de l’être sur les questions de migrations ou de travail du sexe. »
« Je ne dirais pas que travailleur du sexe est un métier comme un autre au sens où c’est très stigmatisé et que c’est encore très pénalisé. »
« Notre société a un fond catholique et une vision très romantique du sexe : il faudrait que ce soit dans le désir, le plaisir et l’amour partagé. Cette logique-là n’analyse pas les rapports de domination dans ce qui serait la sexualité gratuite et pure de tout échange et interférence économique - comme s’il n’y avait pas de la domination dans le couple hétérosexuel à la base. »
« Si l’on veut lutter contre toutes les formes de domination, notamment masculine, il faut voir les échanges économico-sexuels au sens large et même la sexualité au sens large. »
« Il y a beaucoup à apprendre des travailleurSEs du sexe en terme de féminisme. »

 Sur les violences contre les travailleurs du sexe et leur invisibilité 
« Quand il y a un graffiti sur les passages cloutés aux couleurs arc-en-ciel, toute la ville de Paris condamne unanimement. Par contre, une femme trans au bois de Boulogne, assassinée au mois d’août, il y a eu très peu de réactions. »
« Il y a un contexte qui crée cette insécurité : les violences au Bois de Boulogne ne sont pas nouvelles mais ça s’est amplifié avec la pénalisation des clients. »
« Les politiques de pénalisation créent des phénomènes de déplacement : il faut aller travailler dans des endroits du Bois de Boulogne où c’est plus dangereux et sans éclairage. »
« La pénalisation crée aussi de la précarité avec moins clients. »

 Sur les revendications du Strass 
« Dans un système de prohibition, on n’a pas accès au droit : le droit du travail, le droit de pouvoir porter plainte quand il y a une agression, le droit familial. Il y a plein de discriminations. »
« La criminalisation crée tout un système de refus d’accès au droit commun. »
« On recoupe toutes les minorités : les travailleurSEs du sexe sont des femmes, prolétaires, migrantes, LGBT. »
« Quand tu vis une contrainte économique, les réponses, ce n’est pas uniquement les conditions de travail. C’est aussi réfléchir à la façon dont on lutte contre ces contraintes. »

 Sur la marche des fiertés 
« Le terme de fierté, c’est surtout pour refuser la honte. »
« Toute la société voudrait qu’on ait honte, qu’on soit malheureux alors qu’on peut être très heureux voire plus heureux que la moyenne des gens qui se font chier à devoir respecter les normes sociales. »
« Pour moi, la fierté d’être pute est plus importante que celle d’être PD. »
« Je m’étonne encore qu’aujourd’hui il n’y ait pas plus de personnes visibles. »
« Il y a un mythe de la vie privée : y’a rien de privé. »

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  • j’ai beaucoup de mal à entendre les gens qui disent à celui qui cherche du boulot : " il faut savoir se vendre" !
    Du coup, j’ai un soucis avec la volonté affichée de le faire... Et encore plus lorsque c’est au sens littéral !!! En même temps, à moins de considérer tous les échanges "commerciaux" (troc compris) comme des formes archaïques du capitalisme, il s’agit de bien d’autre chose avec le "travail du sexe", l’un des plus vieux métier du monde. Il n’y a pas qu’un rapport de Domination en jeu... il y a un rôle social certain derrière.

    carlos Le 29 juin à 13:59
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