Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 20 septembre 2019

Ugo Palheta : « Emmanuel Macron est un populiste néolibéral à la Thatcher »

Perspectives des hauts scores du Rassemblement national aux prochaines municipales, Emmanuel Macron qui veut en finir avec l’angélisme sur la question migratoire : la lepénisation des esprits est en route. Le sociologue Ugo Palheta, auteur de La possibilité du fascisme aux éditions La Découverte, est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur le discours d’Emmanuel Macron sur l’immigration 
« Le discours d’Emmanuel Macron sur l’immigration, c’est un très vieux discours : dès les années 80 à droite avec Jacques Chirac ou Charles Pasqua, et à gauche avec le Parti socialiste avec François Mitterrand et Michel Rocard qui font des discours du même type. »
« Emmanuel Macron contribue, par la banalisation des idées d’extrême droite, à la favoriser. »
« Le fascisme s’enracine dans la dialectique entre, d’un côté, l’extremisation de secteurs entiers de la classe dominante qui se manifeste à travers la politique d’Emmanuel Macron (autoritaire, ultra sécuritaire, contre les manifestations, sur le plan de l’immigration…), les discours de personnes comme Luc Ferry qui disait qu’il fallait tirer à balles réelles sur les gilets jaunes ou encore d’autres signaux comme le fait que le MEDEF ait envisagé d’inviter Marion Maréchal à son université d’été, et de l’autre, le développement d’une force politique d’extrême droite qui arrive à représenter une alternative nationaliste et réactionnaire pour des millions de personnes mais qui, à un certain stade de la crise politique, peut aussi apparaître comme une alternative pour les secteurs extrêmisés de la classe dominante. »
« A un moment donné, Emmanuel Macron pourrait ne plus être utile à ceux dont il est le représentant politique, c’est-à-dire à la classe dominante et à la bourgeoisie. »
« Le discours xénophobe d’Emmanuel Macron n’est pas nouveau : il y avait une division du travail dans son gouvernement. On se souvient des discours de Gérard Collomb à l’époque où il était au gouvernement, sur la submersion migratoire en reprenant les termes même de l’extrême droite. »
« Aujourd’hui, c’est Emmanuel Macron qui va incarner lui-même la ligne xénophobe parce que la crise politique s’est approfondie et que son électorat a changé depuis la présidentielle et qui est maintenant est de droite. »

 Sur le populisme d’Emmanuel Macron 
« Pour moi, depuis le départ, Emmanuel Macron est un populiste néolibéral à la Thatcher qui joue d’une démagogie anti-fonctionnaires, anti-(soit-disant)privilégiés… »
« Emmanuel Macron avait déjà un discours populiste mais il ajoute une corde pour séduire son électorat de droite lui a permis de se maintenir aux dernières élections européennes en jouant sur la xénophobie. »
« Sur le terrain xénophobe, le Rassemblement national apparaît comme plus crédible qu’Emmanuel Macron. »
« Emmanuel Macron est en train d’adopter une stratégie sarkozyste. »
« Emmanuel Macron n’a pas le profil de Nicolas Sarkozy et je doute qu’il parvienne à gagner des secteurs de l’électorat lepeniste mais il peut solidifier son emprise sur l’électorat traditionnel des Républicains. »
« La question centrale d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, c’est : qui va s’emparer de l’électorat des Républicains ? »

 Sur la lepenisation des esprits 
« Il y a une lepenisation d’une grande partie du champ politique et du champ médiatique. »
« Personne, dans les médias, ne note que le discours que tient Marine Le Pen, c’est celui du grand remplacement. »
« Philippe Vardon, un néonazi, ancien dirigeant du Bloc identitaire, sera candidat du Rassemblement national à Nice pour les prochaines municipales. Qui, dans les médias, s’en est vraiment offusqué ? »
« Ce qu’essaie de faire le Rassemblement national, c’est de retraduire dans le langage nationaliste radical qui est le sien, les aspirations écologistes. »

 Sur la notabilisation du Rassemblement national 
« Un processus de notabilisation du Rassemblement national qui le rapproche d’un parti de droite traditionnelle, c’est une éventualité mais ce n’est pas ce que l’on voit dans l’immédiat. »
« La boussole de la direction nationale du Rassemblement national, c’est “il nous faut le pouvoir politique central”. »
« Le Rassemblement national fait des choses dans les villes : à Béziers par exemple, Robert Ménard, qui est proche du RN, a plus que doublé le nombre de policiers municipaux, a retiré beaucoup de crédit aux associations culturelles… et c’est à peu près la politique du RN dans toutes les villes. »
« Les villes, c’est une manière pour le RN de montrer qu’ils sont respectables. »
« Il pourrait y avoir une pression de la part des élus qui sont de plus en plus nombreux au RN, dans le sens d’alliances avec la droite. Mais ce n’est pas la voie empruntée par Marine Le Pen – et c’est ce qui la distingue de Marion Maréchal. »
« Marine Le Pen cherche à toujours apparaître en dehors du monde politique établi. »

 Sur Marion Maréchal 
« Marion Maréchal cherche à exister grâce à une stratégie visant à unir les droites. »
« Marion Maréchal a un avenir en tant que solution de rechange pour l’extrême droite traditionnelle. »
« Je pense que la stratégie de Marion Maréchal est mauvaise : elle n’a pas pris la mesure que les idées les plus réactionnaires défendues notamment par la Manif pour tous, sont globalement minoritaires dans la société française. »
« Marion Maréchal est aussi faible sur le social : elle propose une ligne néolibérale réactionnaire, xénophobe et raciste. Mais c’était déjà la ligne de François Bellamy aux élections européennes ! Et ça a été un échec total. »

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