Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 2 juillet 2021

Vanessa Jérome : « Les écologistes sont là pour subvertir et subverdir le champ politique »

Qui sont les écologistes ? Quelle place occupent-ils dans l’espace politique ? Pourquoi sont-ils souvent caricaturés et pourquoi tant d’écolo-bashing dans les médias ? Vanessa Jérome, politiste, autrice de Militer chez les Verts aux Presses de Sciences Po, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

...ET A LIRE

 Sur l’habitus minoritaire des écologistes 
« L’habitus minoritaire ne veut pas dire que les verts sont minoritaires dans le champ politique et qu’ils auraient vocation à le rester. »
« L’habitus minoritaire signifie que tous les engagés au parti des Verts ont eu une socialisation primaire, secondaire, une histoire de vie, une éducation qui fait qu’ils se considèrent à tort ou à raison - et peut importe que ça soit vrai, ce qui comptent c’est comment ils se sentent eux - uniques, différents : ils sont par exemple le premier diplôme de la famille, la seule personne gay ou lesbienne de la famille, les seuls à avoir fait un volontariat de service long. »
« Cet habitus n’est pas réservé aux Verts mais pour les militants verts ce sentiment domine leur trajectoire et les conduit au seuil du parti vert qui se présente comme un parti qui veut faire de la politique autrement. »

Sur la politisation des écologistes
« On n’arrive pas nécessairement au parti des verts par la cause environnementale mais par exemple par la question scolaire - via des associations de parents d’élèves - ou le féminisme. L’engagement des verts n’est pas seulement l’environnement. »
« Sur la politisation des engagés au parti des verts, on retrouve à toutes les époques des profils très différenciés. Ils ont un rapport très paradoxal à la politique qui est pluriel. Il y a des gens pour qui la politique est un héritage de famille avec une longue tradition militante et ceux-là ont commencé leur trajectoire politique avant de s’écologiser. Il y a d’autres profils, inverse, de militants associatifs et qui ont peu à peu accepté de politiser leurs engagements et leurs luttes en entrant dans un parti. »


 Sur la professionnalisation des écologistes 
« Je parle plutôt de semi-professionalisation : d’abord parce qu’ils ne montent pas très haut dans les fonctions même s’ils ont eu quelques ministres. Ce n’est pas une professionnalisation au sens des fonctions les plus hautes dans le champ politique. C’est aussi une semi-professionalisation dans le sens où pour se professionnaliser en politique il faut avoir l’occasion d’acquérir et d’exercer les savoir-faire, les bricolages qui font le métier politique. »
« Chez les Verts il y a ce que j’appelle les carrières feu d’artifices. Il est très facile d’obtenir des mandats avec des listes ouvertes et des personnes de la société civile. On peut monter très haut et très vite mais on peut aussi tout perdre et ne plus rien devenir du tout. Il n’y a pas de capitalisation sur le long terme des militants. »
« On a souvent considéré que les Verts n’étaient pas assez normalisés, ce qui voulait dire qu’ils n’étaient pas assez adaptés au champ politique. D’autres voient dans Les Verts un parti qui s’est trop normalisé parce qu’ils auraient perdu leurs idéaux, leurs ambitions organisationnels de faire ce qu’ils appellent faire de la politique autrement. En réalité, c’est ni l’un ni l’autre, ils ont toujours été dans un espace de l’entre deux. Il y a des gens très intégrés qui poussent le parti dans les négociations partisanes, dans les manières d’exercer les fonctions dans les institutions et il y a ceux qui résistent. »
« L’intérêt de ce parti c’est qu’il est resté pluriel. Il autorise des formes plurielles de trajectoire, de rapport au politique et de volonté de s’intégrer plus ou moins dans le champ politique. »
« Les écologistes sont là pour subvertir et subverdire le champ politique. »

Sur les sensibilités différentes au sein des verts
« C’est à la fois un handicap et une force. La force c’est que ça attire des gens qui ne seraient pas venus autrement à la politique. L’avantage c’est que c’est un parti qui est constamment en mouvement du point de vue des idées. Ils sont constamment en processus programmatique (…). Le revers de la médaille c’est que le parti paraît très hétéroclite et désordonné. On leur reproche toujours de ne pas être crédibles pour gouverner - et notamment la France. »
« Les écologistes ont cette force d’être à l’avant-garde de la société, de la politique. »


 Sur EELV et la gauche 
« Si on regarde le discours stratégique de l’entreprise partisane EELV, on a un début d’histoire que l’on pourrait considérer ni-ni, la fameuse ère waechterienne. »
« Le ni-ni pour EELV, ce n’est pas le ni droite ni gauche mais ni productivisme de gauche ni productivisme de droite. »
« Il y a eu le tournant à gauche d’EELV avec la gauche plurielle et Dominique Voynet. »
« Aujourd’hui, il y a une volonté d’autonomie d’EELV : ils ne veulent pas avoir à sauver la vieille social-démocratie qui les a emmenés dans le mur depuis des décennies et encore moins à sauver le Parti socialiste. »
« Pour l’essentiel, les militants d’EELV sont ancrés à gauche. »
« l’habitus minoritaire dispose les militants à une forme d’empathie avec les minorités en lutte. »
« Il y a un écart entre les militants et leurs chefs, par stratégie politicienne, aller par exemple à la manifestation avec les syndicats de police. »
« La pente glissante d’EELV, ce n’est pas la droitisation mais PRG-isation. »
« Dans le parti vert, il y a une espèce de réparation par tiers : un tiers de militants très proches du Parti socialiste, un tiers autonome qui veut construire une écologie dégagée des anciens partis, et un tiers proche de la gauche de la gauche. Et cela crée une sorte d’équilibre. »
« En ce moment, c’est plutôt le Parti socialiste qui se verdit : il laisse maintenant décider les groupes locaux pour décider leur stratégie, il personnifie les élections internes via des primaires - dont les Verts sont les pionniers en France. »


 Sur les polémiques autour des Verts 
« L’écolobashing a toujours existé. »
« Chez les écologistes, il y a un lien entre les propositions politiques et les pratiques quotidiennes. »
« Il y a trois manières de faire avec les écolos : soit on essaie de récupérer leur programme, soit on essaie de récupérer leur personnel politique, soit on les stigmatise. Il y a une permanence à cet endroit. »


 Sur l’Etat et EELV  
« Les écologistes ont soit un discours infra-Etat, c’est-à-dire localo-localiste, régionaliste ou municipaliste, soit supra-Etat, c’est-à-dire européen. »
« Pour un écologiste, l’Etat-nation, c’est le complexe militaro-industriel du nucléaire, l’Etat qui cache, violent, qui uniformise. »
« EELV essaie de réinterpréter l’Etat et la République. »
« La question va être de savoir si, dans le cadre de l’élection présidentielle, EELV va être capable de porter un discours de l’Etat, par l’Etat, à propos de l’Etat mais en transformant la vision ou l’idéal de ce que serait l’État s’ils dirigeaient la France. »

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  • L’écologie est transversale et donc transpartisane. La nécessaire transition écologique ne se fera pas avec le parti EELV, mais avec la prise de conscience puis l’action collective et la décision politique. A regarder ce qui se passe concrètement dans les communes, des avancées notables sur les circuits courts, les voies cyclables, la biodiversité, le tri et le traitement des déchets, etc...se font sans militant EELV. Les écologistes ont le mérite des lanceurs d’alerte, d’intégrer le monde associatif avec leurs idées, mais de plus en plus, politiquement, ils se normalisent avec tous les défauts des partis traditionnels.

    lucien matron Le 6 juillet à 07:53
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