Accueil | Par Pierre Jacquemain | 18 octobre 2018

Véronique Bontemps : « Il n’y a pas d’explosion du phénomène migratoire »

Véronique Bontemps, chercheuse au CNRS, coordinatrice de l’ouvrage Entre accueil et rejet : ce que les villes font aux migrants (Editions Le Passager Clandestins), est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

Sur la crise de l’accueil des migrants
« En France, il suffit de regarder les chiffres des demandes d’asile à Ofrpa. On s’aperçoit qu’en 2014 il y a eu une petite augmentation des demandes d’asile mais si on compare aux chiffres des années 90, 2000, etc …, on est à peu près dans le même ordre de grandeur. Il n’y a donc pas eu d’explosion du phénomène migratoire. »
« L’élément nouveau, c’est la plus grande visibilité politico-médiatique de la crise. »
« Ce à quoi on est en train d’assister, c’est non pas une crise migratoire mais un essoufflement des politiques d’accueil et des politiques migratoires. »
« On assiste au résultat de décennies de politiques de fermeture des frontières, qui rendent les conditions du passage vers l’Europe plus difficile. On a donc une explosion du nombre de morts aux frontières. »
« À l’échelon plus local, il y a une absence manifeste de condition minimale de prise en charge et d’accueil de ces personnes ce qui les rend d’avantage visibles dans l’espace public. »

Sur les villes comme contrepouvoirs face aux politiques migratoires des États
« Quand on parle de politique municipale et de contrepouvoir de la ville, on s’inspire en partie du modèle américain des villes sanctuaires qui se sont opposées aux lois sur l’immigration de Trump en refusant d’allouer des fonds aux politiques répressives. »
« En France et en Europe le modèle est un peu différent mais il y a eu une sorte d’appel dans certain nombre de communes à devenir des villes refuge comme la ville de Paris ou la ville de Barcelone. »
« L’étude du problème de l’accueil des migrants à l’échelle de la ville permet de décentrer le regard par rapport à des questions d’identité nationale et de poser la question de l’accueil en termes d’hospitalité, de voisinage et de relations interpersonnelles. »
« La ville est composée de quartiers qui ont une histoire migratoire plus ou moins ancienne. C’est le cas à Berlin ou à Paris. Ces histoires rappellent que l’accueil n’est pas qu’une question de réception des gens mais que cela s’inscrit dans des cycles. Il ne suffit pas d’héberger les gens, il faut aussi se poser la question de leur insertion et de l’accès à certains droits de base. »

Sur les incitations à l’immigration
« L’idée d’appel d’air, c’est l’idée assez simpliste qu’une politique d’accueil trop généreuse aurait pour conséquence automatique un afflux immédiat et plus important de migrants vers l’Union Européenne. »
« C’est une notion qui est portée par un discours politico-médiatique plutôt qu’un réel concept d’analyse. »
« Il y a assez peu de travaux sur ces questions là mais les travaux qui ont recensé les usages de cette notion montrent qu’elle ne se justifie que très peu sur le terrain. »
« Il y a de la part des États des initiatives de dissuasion carrément pour dire aux migrants : "Ne venez pas chez nous. Regardez, on va vous mettre dans des tentes qui ne sont pas chauffées, vous allez très mal vivre, etc." »

Sur le rapport des associations aux politiques de fichages de l’État
« Il y a des associations comme France Terre d’Asile qui se sont institutionnalisées et qui se retrouvent à faire la sous-traitance du travail de la préfecture. »
« Il y a d’autres associations qui cherchent à venir en aide aux migrants mais du fait des procédures très longues qui leur sont soumises et des conditions dans lesquelles elles travaillent, c’est effectivement très difficile pour elles d’inverser le cours des choses. »

Sur le conditionnement des droits des migrants à leur demande d’asile
« Le problème majeur de l’hébergement et de l’accueil en France, c’est que tout ce qui est du ressort des droits est arrimé au fait de demander l’asile en France. »
« Or, beaucoup de migrants en France ne cherchent pas forcément à s’installer en France. »
« Quand bien même ils demanderaient une demande d’asile en France, celle-ci prend un temps fou. Et ils se retrouvent précarisés pendant toute cette période de latence. »

Sur Paris comme ville refuge pour migrants selon Hidalgo
« Il y a forcément un aspect opération de communication, ça c’est certain. Face aux évacuations de la police et donc de l’État, la ville se devait de réagir. »
« Il y a donc eu la création de ce "centre humanitaire". Mais on voit bien comment a été immédiatement récupéré par l’État pour arrimer l’accueil au tri et au filtrage des personnes qui arrivaient. »

Sur les initiatives individuelles d’accueil
« Même si cette solidarité citoyenne est à applaudir et c’est tant mieux, c’est tout de même assez ambivalent puisque cette somme d’hospitalités privées se retrouve à palier le manque de mesures prises par les pouvoirs publics. »

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