Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 28 mai 2020

Younous Omarjee : « Il y a une croyance illusoire dans la capacité de la France à pouvoir tout faire seule »

Il dénonce une "démocratie-live" dans laquelle on ne distinguerait plus les faits divers des événements et en appelle au temps de la réflexion pour comprendre la période que nous traversons. Il pointe les dangers de la question de la "souveraineté" et redoute une progression des nationalistes. Younous Omarjee, député européen de La France insoumise, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le débat public 
« Il faut faire attention au prêt-à-penser, aux idées reçues et aux auto-injonctions qu’on considère être la réalité. La situation est beaucoup plus complexe. »
« On vit un moment de crise systémique et il est très difficile d’embrasser la complexité. Nous devons prendre le temps de l’analyse. »
« Il y a un abaissement global de la pensée et nous avons peu d’espace pour avoir des analyses. »
« On est dans une démocratie-live où on ne distingue plus les faits divers des événements. Tout est égalisé et tout est mis sur un même niveau. C’est dommageable. »
« Le temps du confinement, où il s’est passé beaucoup de choses - dans les échanges sur zoom et dans les rencontres entre les acteurs politiques - a permis de corriger cela. »

 Sur les conséquences de la crise  
« Le monde en est changé et chaque personne en est changée. »
« Je n’ai pas de certitude sur ce que pourra être le monde d’après. »
« Il y a eu une conscience très forte de l’idée de mort alors qu’elle est balayée, beaucoup en Occident. »
« Il y a peut-être un désir de pleine vie qui va se traduire après le confinement : la question est de savoir sur quelle base. Est-ce que toutes les injonctions de la société du marché vont a nouveau s’emparer de nos individus et toutes les pulsions qui sont souvent des injonctions de la société de consommation, vont se libérer ? »

 Sur la réponse à la crise par la souveraineté  
« On peut l’entendre et on peut l’accepter mais je ne fais pas partie de ceux qui pensent les propositions simplement à partir d’une sphère nationale qui serait indépassable. »
« Nous devons d’abord nous fixer comme objectif de penser le monde et comme objectif ultime une forme d’égalité à l’échelle planétaire. »
« Ce retour du souverainisme en Europe et en Occident, arrive au moment d’un basculement du monde où les classes moyennes européenne sont menacées de déclassement. »
« Quand je discute avec mes collègues africains, ils sont demandeurs du marché et de la globalisation. Ils veulent prendre ce même chemin. »
« L’Europe recule et les populations européennes reviennent sur un souverainisme et les frontières pour remettre en cause la mondialisation. On est au coeur de beaucoup de contradictions. »
« Nous devons saisir ces contradictions pour les dépasser dans la mesure où dans toutes les solutions que nous devons avoir en tête, elles doivent viser la progression des conditions de vie des européens mais aussi du reste du monde. »
« Je fais partie de ceux qui, au Parlement européen, votent contre les accords de libre échange. Mais nous devons voir ce qui est parfois profitable à certains pays qui les demandent. »
« Les tentatives qui existent pour créer des alliances internationales, sur des bases socialistes et de remises en cause de l’ordre économique mondial, sont importantes. »
« Si la souveraineté épouse un continent mental qui s’appuie sur un ethnocentrisme, c’est non. »
« Il y a une croyance totalement illusoire de la capacité de la France toute seule à être meilleure sur tout, à avoir les meilleurs modèles et à pouvoir tout faire elle-même. Ce souverainisme-là, je le récuse. »
« Je suis partisan de la souveraineté nationale par rapport au processus démocratique. »
« Sur les questions européennes, nous devons nous souvenir que nous perdons systématiquement les élections européennes. Ceux qui ont été élus mettent en oeuvre la politique pour laquelle ils ont reçu un mandat. »

 Sur les effets de la mondialisation et le danger de l’extrême droite 
« Il ne faut pas oublier que ce qui est très important, c’est la montée de toutes les droites les plus dures dans toute l’Europe. »
« La mondialisation, le globalisation, a aussi entrainé des inquiétudes très fortes - y compris identitaires. »
« Les inquiétudes identitaires ne sont pas seulement européennes, elles sont mondiales. »
« Ailleurs, on perçoit de manière beaucoup plus forte que nous, l’uniformisation des modes de vie sur un standard américain. »
« La mondialisation est sous tendue par une occidentalisation. »
« En Inde, il y a une émergence très forte du nationalisme identitaire. En Europe il se passe quelque chose d’identique, même si sous des formes différentes, parce qu’on identifie la menace non pas par rapport au mode de vie américain qui s’impose partout - et je crois que la menace, elle est là - mais dans tous les problèmes que l’on pointe sur les immigrés, l’islamisation, etc. »
« Cette inquiétude identitaire explique cette résurgence des nationalismes parce que la frontière apparait comme un moyen de protection. »

 Sur les initiatives à gauche (appels, tribunes…) 
« Les tribunes traduisent souvent l’impuissance. »
« On me propose aujourd’hui plus de cinq ou six tribunes par jour. »
« Nous sommes (à la FI) écartés dès le départ (de ces initiatives) : le sectarisme est plutôt de ce côté-là que du notre. »
« Nous (FI) avons fait la démonstration que quand les appels et les dynamiques sont convergents, nous prenons notre part. Et nous avons pris part à énormément d’initiatives prises par des collectifs de citoyens. » `
« Ces tribunes traduisent aussi le bouillonnement dans la société. »

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