Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 3 septembre 2020

Ziad Majed : « Au Liban, Emmanuel Macron évolue sur un champ de mines »

Alors que le président de la République française s’est rendu pour la deuxième fois au Liban en moins d’un mois après la gigantesque explosion du 4 août dernier à Beyrouth, on fait le point sur la situation du pays avec Ziad Majed, politologue.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur l’interventionnisme d’Emmanuel Macron dans la politique intérieure libanaise
« Théoriquement, ce n’est pas son rôle : c’est aux Libanais et aux Libanaises de gérer eux-mêmes les affaires de leur pays et, du côté de la rue libanaise, de faire pression sur la classe politique au pouvoir depuis des décennies et qui a vidé les caisses de l’Etat vu sa corruption et son clientélisme. »
« Le Liban, depuis très longtemps, n’a plus de souveraineté nationale – les acteurs étrangers s’y imposent : Israël a occupé le sud du pays pendant 22 ans, le régime syrien a occupé le pays pendant 29 ans, depuis des années l’Iran est devenu un acteur très présent à travers son allié le Hezbollah, armé et surpuissant, et l’Arabie Saoudite a aussi ses intérêts et a protégé la famille Hariri jusqu’en 2015. A cela, il faut ajouter les nouveaux acteurs qui veulent intervenir comme la Turquie, les Emirats Arabes Unis ou le Qatar. »
« La France et Emmanuel Macron jouent un rôle très important car si cela se traduit concrètement par un changement, cela aidera le Liban à sortir de sa terrible crise politique, économique et sociale. »

Sur les liens entre le Liban et la France
« Il n’y a pas qu’une amitié : il y a aussi la francophonie très présente au Liban et la relation spéciale historique avec les chrétiens du Liban au travers les missions catholiques et laïques. »
« Emmanuel Macron est à la recherche, à travers le Liban, d’un succès diplomatique dans sa lecture de ce qu’il se passe dans la région – Paris est le seul acteur qui parle à tous les Libanais et à leurs sponsors politiques, notamment au Hezbollah qui est boycotté par une partie de la communauté européenne et les Etats-Unis. »
« Emmanuel Macron ne veut pas s’imposer qu’au Liban, il veut aussi s’imposer en Irak – où il s’est rendu après avoir visiter Beyrouth en début de semaine. »
« Les Libanais ne voient pas en la volonté d’Emmanuel Macron d’éviter la faillite du pays une ingérence, une volonté de domination ou un impéralisme car l’Etat libanais n’a de toutes les façons aucune souveraineté. »
« La souveraineté libanaise a été piétinée et bafouée par la classe politique mafieuse qui contrôle le pays mais aussi par tous les acteurs régionaux. »

Sur les problèmes actuels du Liban
« Au Liban, Emmanuel Macron évolue sur un champ de mines : il doit à la fois préserver la forme diplomatique en négociant avec un chef d’Etat, en l’espèce le président Aoun, tout en sachant que la majorité des Libanais et des Libanaises ne veut surtout pas qu’il lui donne une quelconque légitimité. »
« La question des élections ne se pose pas automatiquement, y compris pour ceux qui veulent un changement dans le pays pour la simple et bonne raison que la loi électorale actuelle que les ténors de la classe politique ont mis en place écarte les jeunes puisque l’âge de vote est de 21 ans (alors que la moitié des gens mobilisés qui aspirent à un autre Liban ont moinsn de 21 ans) et qu’elle favorise la classe politique dirigeante au niveau du découpage des circonscriptions. »
« Pour beaucoup de Libanais, les élections ne sont pas la priorité : il faut d’abord former un gouvernement de transition. »
« Dans l’action d’Emmanuel Macron, on peut critiquer qu’il ait accepté le fait accompli de la nomination d’un Premier ministre par la même classe politique décriée. »
« Certains ténor de la vie politique libanaise sont au pouvoir depuis les années 80 : ils se partagent le pouvoir et la rente, avec des mentalités de chefs de milice, en voulant préserver le système confessionnel qui est leur raison d’être. »
« L’aide internationale ne va pas venir au Liban sans conditions. »
« Les conditions sont : une réforme du secteur de l’électricité, un audit de la Banque Centrale, dépenses comme revenus et une réforme de l’administration. »

Sur le Hezbollah
« On ne peut pas nier que le parti Hezbollah a une légitimité populaire au sein de la population chiite qui représente environ 29% des Libanais. »
« La légitimité du Hezbollah vient surtout de sa résistance à l’occupation israélienne, qui avait commencé en 1978, soit 5 ans avant la création du Hezbollah. »
« L’argent iranien a permis au Hezbollah de construire des institutions, des hôpitaux, de créer des réseaux de charité et de mobiliser des milliers de jeunes en tant que milice. »
« Tout cela nuit à la dynamique sociale libanaise, à la souveraineté de l’Etat et menace la pays civile dans le pays. Mais en même temps, il n’y a pas de solution sans le Hezbollah. »
« Le système politique libanais a permis aux forces régionales de chercher des alliances au Liban. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.