photo cc Franck Michel
Accueil > Idées | Par Clément Sénéchal | 2 juin 2016

La solitude néolibérale [1/4] : ressorts politiques

L’idéologie qui nous gouverne se dissimule à nos propres yeux, ce qui rend indispensable son dévoilement. Première étape de cette démarche : montrer le néolibéralisme comme la construction historique d’un projet de société.

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Il existe une cécité redoutable dans le débat public français : l’incapacité à nommer l’idéologie qui nous gouverne, qui préside à l’ensemble des réformes économiques désormais menées en marge des procédures démocratiques élémentaires et qui domine nos vies. Une cécité qui participe à la désorientation générale, éloignant les gens de la politique. Une cécité qui est tout à la fois conséquence de cette idéologie dominante et symptôme de sa puissance. Un peu comme si, au XXe siècle, les habitants du bloc de l’Est n’avaient jamais entendu parler du communisme.

La France baigne dans cet aveuglement tragique. J’en veux pour preuve l’entêtement tranquille avec lequel commentateurs et politiciens continuent d’utiliser le terme spectral de social-démocratie à propos d’une rationalité politique fondée sur le recul des droits sociaux et l’étrécissement constant des procédures démocratiques. L’idéologie qui nous gouverne derrière son voile d’ineffable est pourtant très bien constituée d’un point de vue doctrinal : il s’agit du néolibéralisme.

Étrangement, dans les critiques progressistes, un point pourtant fondamental est rarement creusé : loin d’être un projet de vivre ensemble, le néolibéralisme est une prophétie du vivre seul. En effet, au-delà des crises économiques, écologiques et démocratiques qu’il nourrit, il dispense en dernier ressort de la solitude. De l’isolement social qui mène à l’esseulement. C’est cela dont je voudrais parler dans cette série d’articles consacrés à la solitude néolibérale : celui-ci sur la construction historique d’un projet de société, un second sur les traits subjectifs qui en résultent chez l’être humain, un troisième sur la dislocation du temps à laquelle il concourt et un dernier sur les antidotes possibles.

Un projet historique : renverser l’État-providence

La version néolibérale du monde, loin d’être naturelle, est une véritable construction historique. Tout commence en 1938, à Paris. Le terme « néolibéral » apparaît dans un colloque où Friedrich Hayek et Ludwig Von Mises viennent discuter des méfaits de l’État-providence que Roosevelt développe aux États-Unis avec son New Deal interventionniste : ils y voient une forme de collectivisme qui porte en lui les germes du nazisme et du communisme, deux totalitarismes du même augure, résultant du même « cauchemar bureaucratique » – ce qui ne manque pas de sel à notre époque du néo-management où le regard bureaucratique immerge chacune des composantes du temps et de l’individu néolibéral.

Hayek et Von Mises ont un projet théorique : saper les bases du compromis keynésien de fait qui succède au laisser-faire laisser-passer sanctionné par la Première Guerre mondiale et qui domine dans les années 1950 les universités américaines et européennes – à savoir un compromis axé sur un équilibre entre travail et capital constamment restauré par des politiques de relance. En effet, après la Seconde Guerre mondiale, l’inspiration du New Deal dicte la reconstruction des pays occidentaux, qui s’engagent dans des économies planifiées et des mécanismes de solidarité sociale à grande échelle, et obligent les classes dominantes à des concessions.

Les appareils idéologiques du marché

Pour monter la riposte, les néolibéraux se réunissent en 1947 en Suisse à l’initiative d’Hayek (qui vient de publier un best-seller : La Route de la servitude) et créent la Société du Mont-Pèlerin. Supportée financièrement par plusieurs millionnaires, son mandat est clair : développer une contre-expertise politiquement exploitable pour renverser l’hégémonie culturelle keynésienne.

Dans la foulée naît un nouveau dispositif de conquête du pouvoir : les think tanks. L’American Enterprise Institute, la Heritage Foundation, le Cato Institute, l’Institute of Economic Affairs, le Centre for Policy Studies et le Adam Smith Institute – en France, on pourrait citer l’Institut Montaigne, voire la Fondation pour l’innovation politique, qui arrivent un peu plus tard, dans les années 1990-2000. Nouveaux opérateurs des rapports savoir-pouvoir, ce sont de véritables véhicules politiques où affluent les capitaux des classes économiquement dominantes.

Efficaces, les think tanks inventent par exemple le policy brief. Il s’agit pour eux de rassembler des investigations immédiatement transformées en carnet argumentaire utilisable clé en mains par les politiques. En face des « appareils idéologiques de l’État », pour reprendre la formule d’Althusser, ils deviennent les appareils idéologiques du marché et développent une intelligence stratégique ainsi qu’une praxis supérieure à celles de toutes les gauches du monde.

Conquêtes politiques

De grands think tanks participent activement aux campagnes victorieuses de Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années 1970, profitant notamment des chocs pétroliers qui affaiblissent l’État-providence. Ils peuvent alors mettre en pratique leur programme fondé sur la rigueur monétaire (combattre l’inflation et la dépréciation des actifs accumulés générés par la création monétaire) au prix de nombreuses révoltes, réprimées dans le sang – comme la grève des mineurs en Angleterre (1984-1985).

Réduction drastique des taxes qui accablent les riches, promotion active du libre-échange, privatisations à terme de pans industriels entiers (énergie, eau, trains, santé, éducation, routes, prisons)… TINA, pour There is No Alternative, est né. Il ouvrira la voie au développement délirant de l’industrie financière dans les années 1990.

L’internationale du marché

La chute du Mur de Berlin signe la victoire totale du néolibéralisme : les experts des think tanks et de la gouvernementalité néolibérale sont envoyés dans les pays d’ex-URSS pour reconstruire et réformer leurs structures étatiques, et libéraliser leurs économies.

L’Acte unique, Maastricht, le traité de Nice, le Traité européen de 2005 puis le traité de Lisbonne entérinent ensuite les principes néolibéraux dans les textes normatifs qui orientent les législations nationales des membres de l’UE, et la Commission européenne, via ses mémorandums, se charge de les mettre en musique par des "réformes structurelles". De tenir la dynamique en exerçant une fonction de police sur les déficits publics : les États sont sommés de réduire leurs dépenses publiques et d’approfondir infiniment leurs marchés domestiques. Sans que jamais ce modèle, pourtant contredit par des crises financières à répétition, ne soit réellement remis en cause. Sans doute à cause du truchement d’anonymat qui soustrait sa réalité politique, à la manière des sociétés-écrans qui perdent la trace du capital évaporé dans les paradis fiscaux.

Ce bloc historique ne cesse encore de gouverner et d’étendre son ascendance sur les peuples : la Loi Travail n’est rien d’autre que la réponse du gouvernement français à une injonction de la Commission européenne, une manière de donner des gages sur le plan des réformes structurelles en contrepartie des retards sur celui du déficit public. Une manière aussi de ne pas se laisser distancier dans la compétition folle à laquelle se livrent les peuples européens du fait de leur appartenance concurrentielle et non-coopérative à la zone euro.

Extension du domaine la lutte

Le néolibéralisme voit la compétition, la concurrence, comme la caractéristique centrale des relations humaines. Il redéfinit les citoyens comme des consommateurs, hystérisant un lien morbide à quelque chose d’inerte mais chargé d’un sens factice par les industries de la commercialisation : la marchandise. Il fait de l’être humain l’équivalent d’un logiciel dont les choix d’achat et de vente déterminent la vitalité d’un système démocratique censé valoriser le mérite et punir l’inefficacité. Il fait du marché l’unique lieu de la liberté, le cœur effectif de la cité – et le seul mécanisme pertinent d’allocation des ressources, disqualifiant a priori toute forme de planification.

Atténuer la compétition par des procédures de solidarité revient alors à diminuer la liberté de l’individu. Impôts et régulations de l’économie doivent être abaissés au minimum : ils interfèrent avec l’agilité du capital. Les services publics doivent être privatisés pour étendre les latitudes du marché et livrer totalement l’individu, tous les aspects de sa vie et de sa personnalité, à sa logique concurrentielle. L’organisation du travail, les droits sociaux, la juridiction professionnelle et les syndicats sont d’autant plus nuisibles qu’ils brident le marché et perturbent l’établissement des hiérarchies naturelles d’après lesquelles gagnants et perdants sont départagés.

Peu à peu, nous intégrons cette matrice au plus profond de nous-mêmes : les riches sont persuadés de devoir leur fortune à leur seul mérite – oubliant les variables structurelles de leur réussite : héritage, éducation, lieu de naissance, etc. Les pauvres, eux, ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes : ils sont seuls responsables de leur galère. La société n’existe plus [1] .

Élargissement des ombres

Le néolibéralisme façonne l’être humain. Comme la démocratie est devenue un théâtre d’ombres, nous ne croyons plus à l’action collective. Sans médiations politiques, nous ne savons plus comment aider les autres. Alors nous devenons indifférents. Défiant des institutions, nous voici désemparés, saisis d’un vague dégoût. Nous suspectons les mots et chaque particule d’air. Sans filet, nous luttons pour survivre. Nous bâtissons des sécurités individuelles, des sécurités égoïstes, aussi pingres que honteuses. L’aigreur gagne. Quand il nous reste un peu d’énergie, nous nous jalousons les uns les autres. Nous sommes séparés car nous sommes devenus opposés les uns aux autres. Nous sommes insatisfaits, constamment. Et inquiets, toujours inquiets, comme noyés dans un grand vide, perdus parmi les ombres et ombres de nous-mêmes. Nous sommes seuls.

Ce n’est pas un hasard si la dépression est le nouveau mal du siècle qui frappe un monde occidental sans autre perspective qu’une vaste obscurité.

Pour suivre Clément Sénéchal sur Twitter : @clemsenechal

Notes

[1« La société n’existe pas », résuma un jour Margaret Thatcher, dans une formule restée célèbre.

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Vos réactions

  • Merci de ce début d’analyse. J’attends la suite avant de réagir.

    Mais au fond, c’est une rhétorique que l’on peut aisément remplacer par d’autres. Sans pour autant en enlever la valeur. La cécité dont vous parlez à plusieurs reprises n’est-elle pas plutôt le résultat de conflits idéologiques sur la façon de comprendre les réponses que nous devons (pouvons) apporter au capitalisme et donc sa forme la plus aboutie de nos jours : le néolibéralisme.

    Nous avons perdu la bataille des idées au sens culturel il y a déjà un moment, et c’est ainsi que les mots ont perdu leurs "propriétaires", volés qu’ils sont actuellement par le Front national (mais pas seulement eux), à tel point que nous n’osons même plus les reprendre !
    Résultat ? votre discours peut aider, tout au moins je l’espère.

    Max Le 3 juin à 00:34
  •  
  • C’est indispensable de trouver une argumentation différente pour démonter l’image du néolibéralisme car des masses de personnes se pensant complètement libres, plutôt de gauche, sont allergiques aux « théories politiques », et prennent toute critique historique pour du charabia idéologique.
    En clair les gens n’arrivent tout simplement pas à imaginer un autre système viable que le capitalisme.
    Le capitalisme a toujours eu comme alliés la bourgeoisie conservatrice et le big bizness mais il a réussi, et c’est ça la grosse différence entre le néolibéralisme et le capitalisme version XIX ème siècle, à se donner une image libertaire.
    Le néolibéralisme n’a pas d’égo ni de fierté et récupère toutes les critiques, c’est sa grande force car il est un virtuose de l’art du spectacle, il contrôle complètement sa représentation et a su se donner une image anti autoritaire. Le néolibéralisme joue cette carte pour mettre hors jeu toute référence au communisme par exemple alors qu’il est dans les faits incroyablement dominateur, impitoyable, et conduit tant de personnes au désespoir, au suicide.
    Depuis les années 80 cette idéologie totalitaire s’est fait une spécialité de transformer les attaques contre lui utilisant la dérision, les œuvres transgressives d’artistes rebelles, la libération sexuelle en panneaux publicitaires pour valoriser son image moderne et sexy.
    Cette idéologie est très habile, incroyablement efficace comme forme de domination mais elle ne gagnera pas, son coup de bluff de fin de l’histoire ; jamais !!

    C’est essentiel vu le comportement scandaleux de ce gouvernement face au mouvement social de témoigner, de faire basculer ces classes moyennes qui planent depuis trop longtemps du coté des opprimés.

    Arouna Le 3 juin à 13:24
  •  
  • J’ai beaucoup de mal avec le terme "néolibéral".
    Cette idéologie n’est ni "nouvelle" ni "libérale". Arrêtons de reprendre la phraséologie de nos adversaires et d’euphémiser notre oppression ! Nous vivons dans la pure essence du système capitaliste telle que nos arrières-arrières- grands- parents l’ont connu au XIXe siècle. Le new deal et le welfare state keynesien ont été subis par la bourgeoisie par peur de l’extension de la révolution de 1917, des années 1920 jusqu’aux années 1960. Ce que nous vivons depuis 30 ans c’est le retour à l’état "normal" d’un système qui,par essence,est inégalitaire et vise à l’extraction du maximum de plus-value de la part des salariés qu’il domine. Arrêtons de parler d’un capitalisme financier qui serait le "méchant" de l’histoire. Cela voudrait dire qu’il y aurait un capitalisme industriel ou patrimonial avec lequel on pourrait passer des compromis, or leurs intérêts sont les mêmes : exploiter au maximum les salariés intégrés ou non (Uber) au sein de l’entreprise.
    Les valeurs de concurrence et de compétition, favorisant l’individualisme, sont inhérentes à ce système et il n’y a rien de "nouveau sous le soleil" (cf. par exemple Edward. P. Thomson "La formation de la classe ouvrière anglaise" et les luttes qu’elle a dû mener pour devenir un véritable collectif).
    Michel Foucault d’ailleurs avait très bien analysé la stratégie idéologique du capitalisme dès 1978 dans son cours au Collège de France (cf. Naissance du biopolitique) et anticipé ce que nous vivons aujourd’hui.
    Pour autant, ce n’est pas la fin de l’histoire... Regardons ce qu’il se passe en Espagne, au Portugal, ou encore en Grèce : dès que des perspectives de dépassement du système capitaliste sont offertes de manière crédible sur le plan politique, elles rencontrent l’adhésion des salariés et le sentiment d’appartenir à un même collectif resurgit avec les luttes.

    Thierry Le 3 juin à 23:58
       
    • Foucault qui fut justement l’un des premiers à introduire le terme… "néolibéral" dans le débat public français, lors des Cours que vous mentionnez, pour en étudier la spécificité et la relative nouveauté. Pour autant, c’est évidemment une variation du capitalisme, je suis d’accord avez vous (et je n’affirme pas le contraire dans ce billet).

      Clément Sénéchal Le 4 juin à 12:02
  •  
  • Le système que l’on appelle néolibéral se différencie du capitalisme version XIXème car il dispose, dans les pays occidentaux (Japon, Corée compris), d’une classe moyenne éduquée qui est très importante et a su la séduire et l’utiliser. Le capitalisme anglo-saxon et Français (après 68) a su lui donner un peu de pouvoir politique pour en faire des alliés, critiques ou plutôt croyant l’être, mais des alliés.

    Je vais régulièrement en Afrique de l’ouest et je ne vois pas d’équivalent de notre classe moyenne « démocrate libertaire » par exemple, les gens ne sont pas plus politisés qu’ici en moyenne mais ils sont beaucoup moins dupe qu’en Europe par rapport à l’arbitraire et la violence du pouvoir.

    En ce moment les classes moyennes, la petite bourgeoisie intellectuelle en tête, se rendent peut être compte qu’elles ne sont pas si libre que ça, qu’elles ne disposent de presque aucun pouvoir et que les vrais patrons n’ont plus trop besoin de leurs services ni de leur avis.
    Les étudiants, les qualifiés précaires découvrent alors la violence du système ; ce qui est probablement l’explication des mouvements nuits debout, indignés, occupy… Les partis qui étaient censés les représenter et les défendre (PS, démocrates US..) étant ouvertement passé du coté des dominants.

    Dans les quartiers et les campagnes les gens ont pigé ça depuis un moment déjà.. ils en prennent plein la gueule depuis 30 ans au moins !!

    Arouna Le 4 juin à 09:45
  •  
  • je remercie clément sénéchal pour cette analyse décapante des sources du néo-libéralisme e, de sa stratégie et de ses conséquences mondiales. en fait, une analyse semblable avait été proposée, dès 1946, par amadeo bordigha, fondateur du parti communiste italien, évincé au profit de gramsci par le komintern. en substance, bordigha disait que le fascisme avait gagné la guerre, que l’extermination des juifs n’était rien d’autre que la nécessité pour le capitalisme d’éliminer les classes moyennes, que le capitalisme s’étendait au monde entier, que dans les pays pseudo-socialistes une nomenklatura gérait l’économie au profit d’un capitalisme généralisé, que le principe démocratique qui régissait les pays occidentaux n’était qu’une imposture destinée à endormir le prolétariat mondial. remarquable clairvoyance.

    georges glise Le 4 juin à 11:04
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  • Je crois que la dérive des mœurs et de la culture a fait le lit du néolibéralisme et de son opportunisme élevé au rang de l’art épicurien. L’affirmation d’une telle idéologie n’a pu se faire sans une destruction culturelle et morale préalable. L’acceptation des fortes inégalités économiques est légitimé par un bombardement culturel du "self made man" viril et impitoyable, héraut d’une société adolescente.

    serge Clérissi Le 4 juin à 11:19
       
    • c’st très juste, un bon exemple de la destruction culturelle est fourni par la démolition de notre système éducatif, initiée de longue date par la droite libérale et poursuivie par la pseudo-gauche tout aussi libérale.

      georges glise Le 4 juin à 11:42
    •  
    • Pour la culture, il faudrait voir ce que l’on entend par là, c’est un domaine très vaste, très complexe. Il y a eu pour le meilleur et pour le pire un mouvement dit de "contre-culture" des années 50 à la fin des années 70. Celui-ci comprenait de facto, sinon un programme, du moins des pratiques de plus en plus collectives de libération des moeurs. Dans les années 70, l’union libre, la liberté sexuelle, traduisaient et accompagnaient des choix de modes de vie radicalement alternatifs, passant non seulement par de la convivialité, mais par la libre circulation de la parole et la mise en oeuvre plus ou moins spontanée de pratiques de solidarité profondément et authentiquement libertaires et anti-réactionnaires. La véritable dérive, ce serait peut-être la terrifiante récupération qui intervient avec le reaganisme à partir du début des années 80, et dont on n’a pas toujours saisi toute la mesure et la dimension totalitariste sur fond de réactivation de fondements social-darwinistes, dans la culture anglo-saxonne au moins.
      Je suis très touché par l’analyse de Clément Sénéchal et par la pertinence dans l’ensemble des commentaires sur cette page.

      André Le 12 juin à 23:19
  •  
  • Pour Clément Sénéchal :

    Pas de souci pour considérer, comme vous, que le "néolibéralisme",est une variation du capitalisme, une énième adaptation aux conditions d’accumulation.
    Pourquoi ne pas parler alors de"Capitalisme tardif" ou de "Capitalisme du XXI e siècle" ou autre.
    Il me semble que reprendre les termes de l’adversaire comme "libéral" ou "néolibéral", c’est euphémiser les violences sociales, économiques et symboliques que nous fait subir, au quotidien, le système capitaliste actuel.
    Combien de thuriféraires du système se targuent d’être libéraux ! Comme ils sont fiers de ce terme avec lequel ils essaient encore de nous abuser !
    Et comme il est difficile aujourd’hui de se réclamer du socialisme autogestionnaire ! Et pourtant c’est toujours la même alternative : socialisme ou barbarie !
    2 choses pour finir :
    1°) Foucault n’a fait que reprendre le terme" néolibéralisme"qui existait déjà dans le domaine public, auquel il préférait "programmation libérale" ou "gouvernementalités libérales",
    2°) Bravo pour votre article qui est remarquable et dont j’attends la suite avec impatience....

    Thierry Le 4 juin à 15:29
       
    • Il me semble que si les capitalistes reprennent - parfois - le terme de libéralisme, ce n’es pas le cas en ce qui concerne celui de néolibéralisme (qui comporte une connotation péjorative et qui dévoile un projet politique cohérent et donc chargé idéologiquement).

      Quant à Foucault, il a bel et bien utilisé le terme précis de néolibéralisme avec régularité à la fin de sa vie, dans ses cours des années 70. Il y voyait une évolution par rapport aux "gouvernementalités libérales" sur lesquelles il avait écrit auparavant. Minime, majeure : on pourrait en débattre.

      Merci pour votre lecture et vos encouragements quoiqu’il en soit. Je m’attèle à la suite de cette série, en espérant être à la hauteur de vos attentes.

      C.

      Clément Sénéchal Le 6 juin à 14:14
    •  
    • Thierry a 100 fois raison sur tous les points qu’il a développé.
      Comme le rappelle Clément, et jusqu’à preuve du contraire, le terme « néolibéral » apparaît dans un colloque de Friedrich Hayek et Ludwig Von Mises.
      Parler aujourd’hui de néolibéralisme pour désigner le capitalisme qui détruit les hommes et la nature, c’est se livrer, au moins dans la bataille des mots, donc des concepts, à l’ennemi de classe. Il faut rejeter totalement ce concept à la Big Brother, cad conçu pour désarmer l’intelligence des rapports de classe.

      Par ailleurs, Clément se trompe sur le keynésianisme. Illusion concentrée dans la mention d’un "économie planifiée" par l’Etat. IIl est exact, comme il le souligne, que la révolution russe, suivie par d’autres, jusqu’à englober la moitié de l’humanité, a conduit la bourgeoisie à des compromis. Mais pas à des rapports sociaux non capitaliste. La seule planification économique sérieuse qui ait existé au XXème n’est pas celle de l’Etat capitaliste, ni même celle de l’URSS (pur bricolage, souvent mafieux, -que j’ai vu de près comme économiste -en dehors de la défense), c’est celle des grands conglomérats et multinationales.

      Louis Le 18 juin à 03:09
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