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Accueil > Idées | Par Clément Sénéchal | 16 juin 2016

La solitude néolibérale [2/4] : traits subjectifs

Si le néolibéralisme est un projet historique politiquement déterminé, ses moyens et ses effets se laissent entrevoir dans les traits subjectifs qu’il développe chez l’être humain. « L’économie est le moyen. L’objectif est de changer les âmes », avoua un jour Margaret Thatcher.

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Lire aussi : La solitude néolibérale [1/4] : ressorts politiques

La dépression : nouveau mal du siècle

D’un certain point de vue, Thatcher a raison : les rapports sociaux définis par le néolibéralisme façonnent l’âme humaine, induisent la naissance d’une nouvelle économie psychique dont tous les spécialistes s’accordent à dire qu’elle se distingue par un sentiment inédit de solitude.

D’après l’OMS, la dépression serait la quatrième cause mondiale de handicap, et la deuxième dans les pays industrialisés aujourd’hui soumis aux gouvernementalités néolibérales. En 2020, elle pourrait devenir, à l’échelle planétaire, la première cause de maladie chez la femme et la deuxième chez l’homme. Un constat partagé pour les psychiatres et les psychologues cliniciens, notamment ceux qui exercent dans des établissements publics et qui accueillent chaque jour, au plus près de la vie, des gens en souffrance morale grave, des gens proches de s’en aller.

Triple destitution historique du sujet narcissique

Au cours de l’histoire, l’âme humaine a connu bien des bouleversements : l’histoire du sujet est celle d’une suite de destitutions successives. Le sol mythique capable d’assurer à la vie humaine des assises symboliques et affectives à la fois stables et fécondes s’est ainsi peu à peu dérobé sous ses pieds, le laissant ballant dans un néant qui ne cesse de progresser.

D’abord vint la destitution copernicienne : il a fallut se résigner au fait que la terre n’était pas au centre de l’univers et que l’homme n’en était pas le cœur. Vient ensuite la destitution darwinienne : il a fallut accepter ne plus être la créature essentiellement différente et supérieure des évangiles, mais simplement une forme évoluée du règne animal, une contingence de la nature, un arrangement plus ou moins fortuit né de l’insondable frémissement des particules [1].

Enfin, comme si cela ne suffisait pas, l’être humain dû subir la destitution freudienne : non, l’individu n’est pas volonté rationnelle, mais jouet pervers et magnifique d’un inconscient d’où s’exhalent diverses pulsions. Voici donc que l’homme n’est plus maître en sa demeure : ses fantasmes, des plus beaux aux plus vils, ne cessent de faire effraction dans sa psyché et d’emplir sa vie de turbulences sentimentales, dans un jeu de miroirs entre le réel et l’imaginaire [2].

Chutes politiques

Du côté politique, le refuge du sujet dans l’idée d’un progrès historique a également subi une triple entorse. D’abord, les guerres à répétition entre puissances voisines ont levé un sentiment d’absurdité nauséeuse et détruit, en même temps qu’elles pensaient l’exalter, le mythe patriotique. L’holocauste puis les dérives du stalinisme ont ensuite révélé la banalité du mal logé dans les projets politiques les plus déterminés. Derrière chaque utopie une dystopie concrète, nous dit le 20e siècle. Nos lendemains se taisent.

Résultat historique : l’humanité se tient désormais coite dans le vaste désert de la fin de l’Histoire, décomposée par une gouvernance qui n’a plus d’autre projet que de s’adapter au marché en s’étiolant lentement en tant que pouvoir d’une part, en désarmant le conflit démocratique dans une consensualité émolliente et trompeuse d’autre part. Nous assistons impuissants au transfert de ce qui restait de pouvoir politique en ce monde au capital et à ses processus. À mesure que notre faculté d’action s’est égarée dans les plis d’un pouvoir spectral, sourd, prompt à annuler toutes les médiations démocratiques contenues dans l’État de droit pour mieux demeurer stationnaire, nous nous sommes éloignés de l’Histoire.

La disparition du tiers-exclu

Or, en passant de la constitution du politique à l’économie du marché, nous sommes entrés dans un monde de relations duelles dans lequel fait défaut ce que les psychanalystes nomment le “tiers-exclu“, c’est-à-dire l’instance de médiation symbolique chargée de produire du sens, d’opérer la jonction transitoire entre le particulier de l’individu et l’universel du monde dans lequel il doit vivre.

Le problème de la disparition du tiers-exclu, de ce grand autre social, c’est qu’elle nous prive d’un lieu d’adresse, d’un tribunal où porter nos plaintes, d’une arène où fourbir nos révoltes, d’une référence où proposer nos jugements, nos critiques, aussi bien que nos réussites ou que nos engagements [3]. Privés des dernières figures de l’absolu, nous avons perdu les coordonnées des antériorités et extériorités symboliques qui donnaient forme au temps et nous permettaient de situer nos vies dans ce monde sans direction transcendante.

La société de marché se donne ainsi comme une multitude vaine principalement ponctuée d’affrontements matériels. Sans lieu d’adresse ni d’arbitrage, nos actes et nos pensées, toutes nos tentatives pour justifier nos conduites ont perdu leurs fondations, leur garantie. Face à cette béance, deux réponses contemporaines se forment sous nos yeux : l’ordre policier (la violence pure euphémisée par l’État) et le retour du religieux, sous des formes parfois violentes.

Les travers du réseau

Dispositif de mise en connexion instantanée d’une offre et d’une demande guidées par une maximisation des gains, la société de marché est par nature réticulaire. Or, l’effet pratique du réseau est précisément de faire disparaître la référence au Tiers tel qu’il existait dans les grands ensembles symboliques. Au sein du réseau, tout est nivelé sur le plan des interactions dans lesquelles n’interviennent plus aucune médiation extrinsèque aux deux bouts de la relation.

Dans l’ordre néolibéral, les relations sociales caractérisées par des échanges marchandisés ne sont plus instituées par un ensemble symbolique ayant recueilli ce que chacun a abandonné comme jouissance pour la mettre au compte du collectif, mais simplement comme mises en rapports d’objets sous les auspices de la valeur d’échange.

Fin de la transcendance, règne de l’immanence. Plus personne ne rend de compte à un tiers (dans l’ordre politique, c’est l’impôt, que les multinationales du réseau ne payent plus, qui matérialise cette référence / déférence à un tiers). La procédure prend alors le pas sur la Loi [4]. Et le champ social se dépolitise cependant que les conflits s’attisent.

Chutes subjectives (de la névrose aux états-limites)

Les cliniciens distinguent deux types de structures psychiques : les névroses et les psychoses, répandues à des degrés divers chez l’ensemble des êtres humains. Au moment où se constitue le savoir psychiatrique, ce sont les troubles névrotiques qui dominent. Les névroses coïncident en quelque sorte avec les limbes de l’expérience humaine et se distribuent autour de la limite incarnée par l’Autre (gisement de valeurs transcendantales), autour desquelles se forme un nœud indémêlable de conflits, de rivalités et de séductions.

Jusqu’où puis-je aller ? Puis-je transgresser les interdits ? Telles sont les questions posées par l’autorité du Surmoi où se dessinent des sujétions assenties : des adhésions durables. Gravée dans des symboles, des institutions et des figures, la limite surmoïque trouve sa réplique interne dans la psyché de l’individu sous forme d’une culpabilité (par rapport à un idéal du moi). C’est ce sentiment de culpabilité qui opère un tri protecteur, normatif, capable de garantir la vie en société.

Mais dans les années 1960-1970, à mesure que les grands corps institutionnels, chargés de signifiants et de rayonnement symbolique, ont commencé de se défaire, une nouvelle économie psychique fait son apparition : celle des états-limites. L’incomplétude du névrosé se mue en sentiment de vide. La culpabilité face aux interdits cède à la honte de n’être qu’un léger amas de soi-même. La dépression et l’angoisse priment alors, lourds tributs d’un individu sans cesse enjoint à “se réaliser” toujours plus, quitte à s’affranchir des autres et de lui-même. Les pathologies du conflit (les névroses freudiennes) sont remplacées par des pathologies du lien. Une mutation anthropologique a lieu, avec son cortège de souffrances – en l’occurrence liées à la perte d’humanité en l’homme.

La perte de l’autre

D’abord, le réel admis devient de plus en plus fugace, concurrentiel, tissé d’appartenances réversibles – d’un mot : sournois. Le néolibéralisme (qui n’est rien d’autre que la généralisation du capitalisme à tous les aspects de l’existence) a fait de la loi de la jungle un modèle de société, certains vices privés promus vertus publiques [5]. Par conséquent, nous nous sentons de plus en plus seuls face à autrui, de plus en plus vulnérables, comme désemparés « devant une tyrannie sans tyran » [6], pour reprendre le mot d’Hannah Arendt. À l’altérité succède l’adversité. À la confiance, l’inquiétude.

Le néolibéralisme implique une nouvelle économie de la culpabilité qui stipule que le sujet ne doit jamais se sentir "castré" : l’autre n’est plus une finalité significative, mais un obstacle ou un moyen, dans tous les cas une entité dégradée au rang d’objet, tributaire de considérations purement instrumentales. Le discours néolibéral est ainsi moins une glorification de l’individualisme qu’une promotion de l’égoïsme [7]. Dans cette nouvelle économie psychique, le sujet n’est responsable que de son propre destin ; il doit donc se départir du sentiment de culpabilité qui l’englue dans la considération d’autrui – dernière entrave de l’homo œconomicus.

Divorce irrémédiable avec l’autre. Instauration d’une séparation qui, le temps passant, se mue en incapacité chronique et bientôt définitive à aimer, c’est-à-dire à ressentir un alignement parfait, accompli, avec soi-même. Incapable de satisfaire l’autre et de trouver dans l’autre l’objet adéquat à sa jouissance, le sujet néolibéral se détourne alors du fait amoureux et sombre dans une vie sans lumière.

De cette déliaison procède un sujet sans gravité, évaporé dans un grand vide existentiel, tantôt mélancolique et délaissé, tantôt pris dans l’illusion d’une toute-puissance qui ne s’actualise pourtant jamais – ou alors pour le pire, brièvement. Moins ou plus que soi. Un sujet en prise avec une vacuité interne maladivement comblée par des addictions diverses et impatientes, des rencontres inabouties au-delà du passage à l’acte immédiat, la multiplication des liens faibles qui n’épuisent jamais l’humanité d’une relation [8], mais reproduisent convulsivement l’inassouvissement de serments informulables, par l’accumulation de signes et d’objets inutiles qui apparaissent bien incapables d’égaler la plénitude de relations sociales authentiques.

Leurres de la marchandise

À l’autre perdu, le discours néolibéral substitue la marchandise. La promesse marchande adonne sur des styles de vie qui nous fourniront le personnage en quête duquel nous sommes, ou bien les objets qui aménageront une vie confortable, ponctuée des aventures (sport, voyages etc.) qui nous font vibrer.

La société de consommation, peuplée d’individus repliés sur eux-mêmes (au sens où ils ont été contraints de battre en retraite sur leurs propres bases), enjoint chacun à devenir un héros, alors que cette proposition est contradictoire dans ses termes mêmes. Elle nous assigne ainsi des désirs inatteignables (car il n’y a pas de héros ordinaires, de même que, n’en déplaise au banquier Macron, il ne peut y avoir 7,4 milliards de milliardaires). L’individu égoïste confronté au culte de la performance – « Deviens-toi même, deviens qui tu es » [9] - nourrit ainsi des ambitions démesurées qu’évidemment il ne pourra jamais réaliser.

Le problème est que cet échec ne sera plus absorbé par un "tiers-exclu" disparu, mais par l’individu lui-même : la plainte subjective se reporte sur le sujet lui-même. Le poids de la "culpabilité" redouble [10]. Sur le plan psychique, le néolibéralisme se donne ainsi comme une extrême individualisation du fardeau de l’incomplétude et du déficit. L’inadéquation que le monde oppose au projet de jouissance du sujet a perdu son tribunal, condamné sans procès ni recours à errer en lui-même.

L’erreur de l’économiste néolibéral

Elle consiste à croire que les humains sont déjà humains avant qu’ils ne vivent en société́ – « comme s’il n’avait pas été́ nécessaire de les soutenir dans leur existence psychique avant qu’ils n’entrent dans les échanges marchands » [11]. Comme si l’homme unidimensionnel était jouable.

Ainsi, à rebours des faux-semblants néolibéraux, pour lutter contre cette solitude abrasive qui nous éteint, nous devons nous souvenir que l’être humain est fondamentalement une structure d’appel, un être en attente de l’Autre et de sa réponse.

Pour suivre Clément Sénéchal sur Twitter : @clemsenechal

Notes

[1Destitutions humiliantes qui, d’une manière ou d’une autre, signent la mort de Dieu. Dans Les Frères Karamazov, Dostoievski en tire les conséquences : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». Foin de la morale. Le ciel est vide, l’homme est orphelin. Or, avec la religion, la mort prenait ainsi place dans la vie non comme une finitude radicale, mais comme la promesse d’un devenir ultérieur. Elle plane désormais sur chaque moment présent, rappelant sans cesse à l’homme sa précarité ontologique et sa solitude cosmique.

[2On pourrait aussi ajouter la destitution Bohrienne, destitution scientifique liée à l’ouverture du champ de la physique quantique par Niels Bohr. D’un mot : en démontrant que l’observation même influençait la chose observée et modifiait son comportement, la mécanique quantique nous a révélé que l’humanité n’aurait sans doute jamais un accès transparent à l’ordonnancement universelle de l’être et qu’elle serait condamnée à ne s’observer finalement qu’elle-même, interdite de connaissance ultime – ou la destitution de la raison scientifique par elle-même. Bohr n’a d’ailleurs fait que confirmer les intuitions kantiennes formulées dans la Critique de la raison pure, où le philosophe affirme que l’être humain a bien plutôt accès aux structures perceptives de son raisonnement qu’à l’objet visé. Kant réduit de fait à peu de choses les possibilités de la raison : si nous pouvons connaître les phénomènes, nous ne connaissons jamais les choses en soi.

[3La solitude, qu’elle soit ressentie ou vécue, peut ainsi être décrite de manière prosaïque en termes de "déficit de protection" ou de "déni de recon­naissance".

[4C’est d’ailleurs exactement l’esprit de la Loi El Khomri, qui entend inverser la hiérarchie des normes (ou l’ordre public social) pour à la loi partagée (universelle) substituer l’accord d’entreprise (particulier).

[5C’est la fameuse fable de Mandeville sur les abeilles publiée en 1714, qui sert de substrat théorique et culturel aussi bien aux néoconservateurs français qu’aux promoteurs californiens des Internets.

[6Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, Paris, Calmann-Lévy, 1972, p. 181.

[7Car si l’individualisme impose de sortir des exigences du petit moi veule et capricieux – « cet infirme errant, déduit d’imbécillités, d’abdications, de renonciations et d’obtuses rencontres » que stigmatisait déjà̀, après Pascal, Antonin Artaud, l’égoïsme se borne quant à lui dans une défense absolue de ce petit moi atrophié.

[8« Est-ce que tu es préparé ? Que fais-tu contre le foisonnement ? » écrit Michaux dans Poteaux d’angle.

[9La solitude a bien entendu son industrie : celle du "développement personnel", sorte de tour de passe-passe du modèle néolibéral, qui parvient même, dans une sorte d’ultime parousie, à marchandiser ses propres travers.

[10Pour une description littéraire de la culpabilité contemporaine, on lira le beau roman de Jonathan Franzen : Purity (2016).

[11Cf. Dany-Robert Dufour, Dix lignes d’effondrement du sujet moderne, in. Cliniques méditerranéennes, 2007.

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  • Lorsque l’on affirme comme le faisait Dostoievski, que la mort de Dieu signifie que tout est possible donc aussi l’immoralité, ce n’est pas exact en réalité. D’une part, il y a la pré-éminence du sur-moi comme le rappelle le texte, qui assure un interdit. Et d’autre part, la mort de Dieu invite au contraire à s’interroger sur les actes éthiques, puisqu’il n’y a plus d’instance supérieure qui nous guide. Contrairement à ce que d’aucuns disent, ce n’est pas la religion qui a apporté la morale : les guerres de religion sont suffisamment de preuves qui étayent cet argument où l’autre ou le mécréant ne compte pas. Et puisque le religieux engoncé dans sa certitude, pense qu’il est le seul "élu", tout lui est permis. Une étude récente a montré que plus les gens sont athées, plus ils sont éthiques.

    Julien Le 16 juin à 18:59
       
    • (suite) en fait, ce n’est pas la religion en tant que telle qui a fondé le lien (relié), mais l’inverse : elle s’est fondée sur un lien qui lui pré-existait. Ceci explique d’ailleurs le retour du religieux en tant que recherche du lien avec le semblable. Sauf que ce retour se fait dans la tête des gens sur la base de la "obscura camera" idéologique (la religion) et non pas de son assise réelle infra-structurelle (les liens avec les autres), pour parler en termes marxistes.

      Julien Le 16 juin à 19:03
  •  
  • Les 2 réactions de Julien nous mettent sur la voie.

    Au moins 2 interprétations possibles du freudisme sont possibles, l’une très libertaire et ouverte sur un futur de société ouverte au sens entre autres d’Herbert Marcuse, l’autre dans un sens plus pessimiste et éventuellement ouvert à toutes les entreprises intellectuelles crapuleuses car réductionnistes et manichéennes sur la base conservatrice ou néo-conservatrice de présupposés idéologiques d’inspiration méthodologique réductionniste assumés et entérinés tels quels sans véritable distance critique.

    C’est pourquoi entre autres, autant le développent précédent était prometteur, autant à mon sens on ne peut plus suivre la logique à l’oeuvre dans le présent développement de Clément Sénéchal. On y est très proche, beaucoup trop proche, des mésinterprétations nauséabondes que ne cessent de répandre, désormais sous forme de poncifs, un Alain de Benoist et ses divers séïdes et vulgarisateurs de la Nouvelle Droite (versus GRECE, Occident, Ordre Nouveau, etc.)

    Les développements très argumentés, nuancés et prématurément interrompus de Michel Foucault sur le passage de la société disciplinaire à la société de contrôle n’autorisent pas tout au contraire des entreprises criminelles telles que celle de la Nouvelle Droite et de tous ceux qui de facto finissent par s’y rallier, de quelque mouvance philosophique et politique de départ qu’ils soient.

    Pierre Herbat Le 16 juin à 19:53
       
    • Là il va falloir développer un peu. Parce que vous me rangez dans une mouvance intellectuelle qui n’est absolument pas la mienne, ce qui relève - comment dites-vous déjà ? - d’une entreprise intellectuelle crapuleuse car réductionniste et manichéenne etc etc."

      Clément Sénéchal Le 16 juin à 20:14
  •  
  • Là il va falloir développer un peu. Parce que vous me rangez de bute en blanc dans une mouvance intellectuelle qui n’est absolument pas la mienne. Ce qui relève - comment dites-vous déjà ? - "d’une entreprise intellectuelle crapuleuse car réductionniste et manichéenne etc etc.

    Clément Sénéchal Le 16 juin à 20:12
  •  
  • Tout votre article 2-4 est un réquisitoire furieux et sans appel pour jeter aux oubliettes de l’Histoire avec l’eau du bain l’ensemble du patrimoine intellectuel et culturel des Lumières et de leur postérité... ce bien dans la manière du courant ultra-réactionnaire, désinformateur et criminel dont je parle ci-dessus. En bon fanatisé, vous vous ralliez de facto à une entreprise de démolition aveugle et meurtrière, bien dans la tradition nazie, de la pensée d’un Ernst Cassirer et d’un très grand d’autres authentiques penseurs européens.

    Pierre Herbart Le 16 juin à 21:10
       
    • Euh… N’importe quoi ?

      Bonne soirée.

      Clément Sénéchal Le 16 juin à 21:11
    •  
    • Et bonnet de nuit.

      René-Michel Le 17 juin à 23:21
  •  
  • On a en effet le sentiment que quelque chose comme les carences du lien s’accélère depuis, disons, l’entrée en piste de Sarkozy comme président, puis à partir de l’automne 2008, avec les effets d’annonce terriblement spectaculaires et d’autant plus instrumentalisateurs dans diverses directions que liés à un nouveau style de commentaires et de "communication" fallacieusement horizontale via l’internet et les NTC.
    Mais si vous écrivez bien, vous ne parvenez pas pour autant à vous départir de clichés métaphysiciens et transcendantalistes que vous tentez d’articuler entre eux (les clichés) dans votre genèse de la situation actuelle. Cela vous emmène à des anachronismes, des sauts, des retours en arrière, qui brouillent les pistes possibles pour la compréhension de votre discours.
    Je ne suis pas certain pour ce qui concerne le point de vue psychanalytique sur les psychopathologies que l’on soit réellement passé d’une pathologie du conflit à une pathologie du lien. A mon sens c’est un peu plus compliqué, selon notamment la façon dont on prend en compte le sens de la césure qui s’opère entre les années 60 et 70 au tournant entre ces deux décennies. L’après 68 ouvre une période de sourde panique pour tous les establishments politico-économiques et leur statut symbolique en termes d’autorité. En effet la réponse à ce moment là desdits establishments est de plus en plus, progressivement, le gommage de ce que vous appelez le tiers exclu, en d’autres termes le camouflage de la dimension autoritaire et disciplinaire des pouvoirs économico-politiques, sans que pour autant ceux-ci n’aient la moindre volonté d’un changement réel de leurs grands principes et de leurs pratiques, si bien que l’anticommunisme rampant et omniprésent de la Guerre froide se pérennise et même s’amplifie dramatiquement lorsqu’il n’y a plus de contre-pouvoir en face du bloc des pays riches. L’anticommunisme, rénové du reste au niveau des mesures pratiques par Reagan dès 10 ans avant la chute du bloc de l’Est, demeure à partir de celle-ci structurant dans un monde où l’un des termes qui permettaient le fonctionnement structurel dans la situation précédente est en fait annihilé et vidé de tout sens autre que la quête en réalité absolument inflexible de la participation générale à l’expansion indéfinie et plus ou moins illimitée de la société-Etat de marché, ce plus que jamais au détriment des pays et continents les plus paupérisés et déstabilisés d’une part, et aussi de plus en plus au détriment de portions de populations de plus en plus larges des pays riches.
    En France, en Europe et de manière différente mais non moins dévastatrice aux USA, les establishments politico-économiques ne se privent à peu près jamais, face aux problèmes qu’ils ont à résoudre, de recourir à la diffusion des thématiques qui ont toujours été l’apanage des idéologies et formations réactionnaires et fascisantes. C’est en fait de cela que je vous parlais. C’est un énorme scandale et un immense déshonneur pour la France que celle-ci soit devenue à partir du milieu des années 80 le moteur d’une résurgence des extrêmes droites en Europe, en dépit de ce qui s’y est passé durant l’entre-deux guerres et la Deuxième guerre mondiale.
    Ce que j’ai perçu dans votre discours, c’est une imprégnation de celui-ci, à votre insu peut-être mais je n’en suis pas tout à fait certain, par les thématiques des extrêmes droites européennes et américaines (plus souvent qu’on ne pense activement associées), et donc une imprégnation par et à cause des stratégies de diffusion de ces thématiques.
    Etre prisonnier de la situation, c’est être de plus en plus spolié de ses droits socio-économiques, pour ne rien dire de ses droits politiques de fait, et de ses droits personnels à certaines façons de vivre plutôt que d’autres. C’est être réduit à la double-contrainte d’une solitude et d’une exclusion "choisies" faute effectivement de possibilités de liens authentiquement humains et les plus équitables possibles sur les plans des réalités "infra-structurelles", comme vous l’écrivez en bon militant et psycho-sociologue non dénué de quelque culture marxiste.
    Pour reprendre une terminologie que j’ai rencontrée récemment, les degrés et seuils de passage de l’hyper-objectivité à l’hyper-subjectivité sont choses délicates.
    La situation actuelle n’en est pas moins, ou d’autant plus, celle d’une opposition de plus en plus forcenée entre factions faisant les frais de problèmes similaires du moins pour leurs causes, et antithétiques sur le plan des points de vue et options d’action : d’un côté des classes moyennes et aisées ou très aisées qui craignent la dépossession par l’impôt et les contraintes de la solidarité avec les moins biens lotis ; d’un autre côté des populations qui peinent encore à prendre conscience des spoliations qu’on veut à toute force leur faire subir, mais qui sont de moins en moins dupes et de plus en plus en colère.
    Face à cela, effectivement, un programme sociétale par définition plus ou moins sournoisement autoritaire et équivalent in fine à celui de "l’Homme unidimensionnel", n’est nullement la meilleure solution, ni même une solution possible. Il est du devoir et du droit de légitime défense de tous et de chacun de s’y opposer par tous les moyens les plus appropriés tant qu’il en est encore temps. Le glissement d’une société de contrôle, déjà terriblement mutilante, vers une société de contrainte serait aussi définitivement avilissant pour ceux qui persisteraient à vouloir l’imposer, qu’inhumaine et insupportable pour ceux qui en seraient les victimes.

    Pierre Herbart Le 16 juin à 23:37
       
    • L’interprétation que vous semblez faire de mon texte continue de me laisser un petit peu perplexe - même si dans ce dernier commentaire vous faites l’effort de ne plus traiter ces pensées de nazies.

      1) Vous parlez de "clichés métaphysiciens et transcendantalistes" : lesquels ?

      2) "Je ne suis pas certain pour ce qui concerne le point de vue psychanalytique sur les psychopathologies que l’on soit réellement passé d’une pathologie du conflit à une pathologie du lien", il suffit d’étudier le corpus récent de ces disciplines avec un peu de sérieux pour constater que si, précisément.

      3) "Ce que j’ai perçu dans votre discours, c’est une imprégnation de celui-ci, à votre insu peut-être mais je n’en suis pas tout à fait certain, par les thématiques des extrêmes droites européennes et américaines" : cette remarque ne manque pas de sel lorsqu’elle s’adresse un marxiste. Merci donc de procéder à des démonstrations claires et rigoureuses plutôt qu’à des allusions vagues.

      4) Qu’appelez-vous une "société de contrainte" exactement et à quelle société de ce type voyez-vous que je fasse allusion dans ce texte ?

      5) Enfin l’articulation de cette partie de votre réaction me semble assez obscure : "La situation actuelle n’en est pas moins, ou d’autant plus, celle d’une opposition de plus en plus forcenée entre factions faisant les frais de problèmes similaires du moins pour leurs causes, et antithétiques sur le plan des points de vue et options d’action : d’un côté des classes moyennes et aisées ou très aisées qui craignent la dépossession par l’impôt et les contraintes de la solidarité avec les moins biens lotis ; d’un autre côté des populations qui peinent encore à prendre conscience des spoliations qu’on veut à toute force leur faire subir, mais qui sont de moins en moins dupes et de plus en plus en colère.
      Face à cela, effectivement, un programme sociétale par définition plus ou moins sournoisement autoritaire et équivalent in fine à celui de "l’Homme unidimensionnel", n’est nullement la meilleure solution, ni même une solution possible. " De quel programme autoritaire parlez-vous, concrètement ?

      6) Peut-être que tout cela serait plus clair si on savait un peu plus d’où vous parlez et ce que vous défendez exactement.

      Clément Sénéchal Le 17 juin à 00:20
    •  
    • Salut Pierre,

      incompréhensible.

      Bisous

      Maud Le 17 juin à 11:03
  •  
  • Qui, incompréhensible ? Moi ? Clément Sénéchal ?

    Pierre Le 17 juin à 14:55
       
    • Vous. Votre commentaire.

      Maud Le 17 juin à 17:44
    •  
    • Franchement, un peu les deux...

      Louis Le 18 juin à 03:26
  •  
  • Vous avez vu un peu au début de l’article la référence jungienne ou je ne sais quoi à "l’âme humaine" ?

    Soit C. Sénéchal avance masqué et joue un obscur double-jeu en s’amusant à parodier les récupérations méphitiques auxquelles se livre l’extrême droite sous couvert de contestation "anti-système", soit il a retourné sa veste et nous fourgue de l’intox.
    A moins que ce soit la publication ci-après qui ne soit qu’une parodie ?
    http://www.lesprairiesordinaires.com/uploads/2/1/0/6/21065838/senechal.pdf

    André-Pierre H Le 17 juin à 18:26
       
    • Et si, malgré vos certitudes, André-Pierre H, vous n’aviez strictement rien compris aux propos de Clément S, et que vous étiez en train de vous ridiculiser ? Tout simplement...

      René-Michel Le 18 juin à 09:47
    •  
    • Oui, honnêtement, mister H, soit vous faites preuve d’une mauvaise foi patentée parce que cet article - pourtant brillant - appui là où ça fait mal, soit vous n’y avez strictement rien compris - ou du moins versez dans des mésinterprétations variables et contradictoires.

      Pauline Le 18 juin à 11:04
  •  
  • Ce qui m’a surpris, c’est aussi le fait que Sénéchal semble assumer et prendre à son compte la catégorisation psychanalytique entre "structures névrotiques et psychotiques", dont on sait ou devrait savoir que les travaux de Lacan l’ont largement invalidée. Ensuite, il y a la psychananalyse lacanienne de la Cause freudienne qui se pose en orthodoxie, et celle des lacaniens "dissidents" par rapport à cette école. Puis aussi des courants psychanalytique qui ne sont pas, n’ont jamais été, ou ne sont plus lacaniens.
    Dans tous les cas, au premier degré, que ce soit dans le contexte socio-politique actuel en particulier ou de manière plus générale, il y a du ridicule et du manque à penser bien regrettable à nier le fait que "pathologie du lien" ou pas - dénomination à peu près purement rhétorique dans son snobisme intéressé - ce qui peut faire problème dans le lien, c’est toujours fatalement et par définition quelque chose de l’ordre du conflit.
    Pour ce rapport entre la psychanalyse notamment lacanienne et les possibles analyses critiques du néolibéralisme, voir par exemple ici, où il est question entre autres des "dispositifs" qu’évoque Sénéchal lorsqu’il est un peu plus sérieux que dans l’article ci-dessus : http://eclairs.aquitaine.fr/lacan-les-dispositifs-et-le-discours-des-marches.html?billet=2492
    Bref, je suis partisan de la présence et de l’intervention du mouvement psychanalytique dans la société, en tant que contre-pouvoir face à la psychiatrie comportementaliste et ses accointances avec le pire pratiquement à tous égards (voir Roland Gori, Bernard Stiegler, etc.). Mais je ne suis pas partisan de n’importe quel mésusage lénifiant et réactionnaire de la psychanalyse.

    André-Pierre H Le 18 juin à 15:58
  •  
  • "Au cours de l’histoire, l’âme humaine a connu bien des bouleversements : l’histoire du sujet est celle d’une suite de destitutions successives. Le sol mythique capable d’assurer à la vie humaine des assises symboliques et affectives à la fois stables et fécondes s’est ainsi peu à peu dérobé sous ses pieds, le laissant ballant dans un néant qui ne cesse de progresser."
    Ce n’est pas seulement l’expression "l’âme humaine" qui m’a surpris et plus que surpris, mais l’ensemble de ce paragraphe et le développent qui s’en est suivi sur le thème de la destitution du "sujet" humain.
    Tout d’abord, en histoire des monarchies comme en philosophie ou en psychanalyse, on ne peut faire en sorte que "sujet" ne renvoie pas entre autres à "assujettissement", même si en philosophie c’est la condition sémantique sine qua non pour la fondamentale différenciation sujet/objet.
    Quand Foucault parle de l’ère des "sociétés souveraines" qui précède celle des sociétés disciplinaires puis "de contrôle", il parle des monarchies de droit divin. Ce dont se régalent les mouvances d’extrême droite et/ou souverainistes partisanes pour les Etats contemporains d’une orientation nationaliste autoritaire et éventuellement monarchiste (ou faute de pouvoir rétablir la monarchie de droit divin). Ces mouvances n’ont en réalité pas la moindre sympathie pour une authentique souveraineté populaire - une véritable souveraineté politique des populations des Etats à la mesure des réalités et des enjeux contemporains. Et bien entendu, elles sèment le trouble dans les esprits en récupérant inlassablement et par la bande la terminologie foucaldienne... alors qu’elles abhorrent la dimension critique de l’oeuvre et de la pensée de Michel Foucault.
    Il est ensuite imprudent et réducteur d’affirmer que le "sol mythique" invoqué par Clément Sénéchal garantissait "des assises symboliques et affectives à la fois stables et fécondes" et qu’il "se soit dérobé" comme par enchantement, à la limite indépendamment de l’action humaine et de l’évolution des sociétés. Quant au diagnostic de "néant" qui se serait substitué aux assises symboliques en question, c’est celui-ci qui m’a fait dire que Clément Sénéchal jetait aux oubliettes de l’histoire le patrimoine intellectuel et culturel des Lumières, qui comprend entre autres toute la philosophie politique des Droits de l’Homme et de l’égalité en droit de chacun des membres du genre humain.
    Qu’en dépit de sa validation par l’ONU en 1945 cette notion universaliste des Droits humains ait été bafouée comme par le passé tout au long du second 20 ème siècle, et le soit plus que jamais en ce début de 21 ème siècle, ne change rien au fait qu’il s’agit bel et bien d’un élément "d’assises symbolique" dont il serait "absolument" (je choisis mûrement l’adverbe) déraisonnable de considérer qu’il n’est pas porteur d’un avenir moins infécond que le présent en termes d’humanité pleine et entière.

    André-Pierre H Le 18 juin à 20:15
       
    • Bonsoir André-Pierre H :

      Contrairement à ce que vous semblez croire, Lacan s’est toujours systématiquement référé à la classique tripartition psychoses/névroses/perversion en termes de structure (pour faire simple : il y a ou il n’y a pas forclusion du signifiant du nom du père - on reste dans une nosologie catégorielle et non dimensionnelle).
      Il a par ailleurs, jusqu’au bout, réfuté le concept d’état-limite, précisément afin de ne pas sacrifier à ce qu’il entendait comme la nécessité de se prononcer sur la structure.

      Ce concept d’état-limite, rendant compte d’une réalité clinique nouvelle et indiscutable - à entendre d’avantage comme oraganisation ou aménagement psychique que comme structure - se retrouve cependant dans les travaux contemporains de la quasi-totalité des écoles psychanalytiques (Bergeret, Lebrun, Melman, Anzieu, Green, Roussillon, etc...) sans pour autant remettre en cause le référentiel psychoses/névroses originel.
      Voilà pour le versant psychopathologique, pour lequel je me sens habilité à vous répondre. (Je vous rejoins par ailleurs sur la dénonciation de l’approche comportementaliste adossée aux nouvelles nosographies type DSM V, morcelant l’individu en un catalogue de troubles appelant une réponse pharmacologique systématique).

      En ce qui concerne vos réticences, vous sembler prêter à ce texte une dimension idéologique là où il n’y a qu’un simple constat : L’émancipation, le progrès, la liberté, la raison des Lumières sont à l’origine et du progressisme social, et du libéralisme économique. La pensée de gauche s’est souvent trouvé encombrée pour intégrer et théoriser ce paradoxe apparent, mais il ne me semble pas que cet article tourne le dos à cet héritage. Le postulat central de Clément Sénéchal est plutôt de rendre compte de la façon dont des modifications historico-culturelles - voire anthropologiques - assez récentes, en lien avec l’instauration d’un ordre (d’un des-ordre ?) néo-libéral, viennent bousculer les fondements de la psyché au point que de nouvelles formes de souffrances en deviennent le symptôme à l’échelle individuelle.

      Vous semblez réagir plus vivement à la première partie du texte qui m’apparaît être un rappel de la façon dont l’homme vacille entre croyance et savoir (mon esprit a divisé le monde, et en retour, le monde a divisé mon cœur, dit le poète).
      Ce n’est ni bien ni mal, c’est ainsi.

      Pour ma part, j’ai été en peine d’y trouver une trace quelconque d’une pensée réactionnaire ou normative, mais bien plutôt une réflexion transdisciplinaire proposant un logos signifiant - symbolygène dans son essence même - face à une entreprise de dé-symbolisation, ou plutôt face à un paradigme néolibéral substituant de façon opportune sa rhétorique individualiste au vide laissé par les espoirs lessivés des grands récits collectifs.

      Bien à vous.

      Corentin S.

      Corentin S. Le 21 juin à 19:49
    •  
    • Merci pour votre commentaire Corentin.

      Contrairement à mister H, vous avez en effet parfaitement cerné les intentionnalités de ce texte (ce qui me rassure un peu).

      Bonne soirée.

      Clément Sénéchal Le 21 juin à 20:34
  •  
  • Mon problème le plus récent dans le cadre de cette discussion est que j’ai tenté de la poursuivre et de m’expliquer mieux, mais que je n’ai pu poster ici ce que j’avais rédigé à cause apparemment d’un problème technique sur cette interface. Je n’ai pu poursuivre qu’en privé avec Clément Sénéchal via sa page FaceBook. Je refais ici un essai d’envoi de nouveau commentaire et vous répondrai un peu plus longuement s’il s’avère que mon post passe.

    André Le 22 juin à 14:28
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  • Bon, ça passe !
    Votre réponse est tout à fait bienvenue, Corentin, car de fait elle nous départage Clément Sénéchal et moi-même de façon assez équilibrée - même si je ne renie pas entièrement les raisons, la logique argumentaire, la configuration thématique et le style de ce qu’il faut bien appeler mes vives critiques.
    Quelque part dans une introduction d’un sien ouvrage mise en ligne par son éditeur (lien ci-dessus), Clément Sénéchal évoque le propos du linguiste Austin sur l’énoncé performatif. Clément Sénéchal indique qu’à son avis, non seulement Austin a raison sur l’idée "quand dire c’est faire", mais encore que, je le cite, "dire c’est toujours faire". Soit, admettons. Mais alors je voudrais ajouter que "ne pas dire" aussi : dans le développement énonciatif/textuel d’une analyse critique, l’élision de certains maillons argumentatifs peut rejoindre les plus graves inconvénients du réductionnisme en sciences "dures"/"exactes" et en sciences plus ou moins sociales et humaines.
     A propos de la psychanalyse : j’ai un peu forcé le trait en parlant d’"invalidation" de la classification entre structures névrotiques et psychotiques (et aussi perverses du reste). Il n’en reste pas moins que votre évocation de l’introduction de la notion d’états limites me donne au moins partiellement raison. A ceci près qu’à mon sens - je suis certes plutôt profane en la matière, mais enfin, bon... - cette notion d’états limites, et remet en cause la catégorisation originelle et ses effets, et ne tient pas en tant que catégorisation définitive, ou "structurelle", de certains "sujets" comme "border lines", mais seulement en tant que désignant des états passagers, ayant des causes originelles et ponctuelles diverses, de plus ou moins de durée et d’intensité selon diverses conditions psycho-sociales, voire socio-économiques... et en réalité "curables", et sans doute bien mieux par le recours à une solide culture psychanalytique ou encore à l’analyse, que par les seuls protocoles et moyens chimiothérapeutiques de la psychiatrie, a fortiori comportementaliste up to date.
    La forclusion est-elle réversible ou irréversible ? Je me suis laissé dire que tant que Lacan l’a déclarée irréversible, tout le monde l’a considérée comme irréversible... et que du jour où il a commencé à la dire réversible, eh bien...
     "L’émancipation, le progrès, la liberté, la raison des Lumières sont à l’origine et du progressisme social, et du libéralisme économique."
    Certes, mais dans la terminologie ad hoc de Clément Sénéchal, il n’est question que de "destitution" et de "néant" (avec légers amagalme et anachronisme via l’évocation implicite du nihilisme à l’époque de Nietzsche et Dostoïevski).
    Voici avec deux ou trois corrections indispensables mes compléments de réponse à Clément Sénachal via FaceBook :
    "1)Hier je vous ai promis de répondre point par point à votre questionnaire dans les commentaires de votre article sur le site Regards. Une société de contrainte ? Je pensais à une société de nivellement de la diversité culturelle (et de la culture politique) selon des méthodes, critères et standards néo-libéraux, et s’accompagnant donc d’une politique délibérée d’appauvrissement et d’asservissement des plus pauvres. Pour les autres aspects soulevés par votre questionnement, je pense vous avoir déjà répondu de manière argumentée pour la plupart d’entre eux.
    Vous avez essayé je pense avec votre développement sur la pathologie du lien de faire une allusion critique aux inconvénients d’une pérennisation et d’un renforcement de tels modèles et programmes politiques et sociétaux, mais à mon sens avec les faiblesses que j’ai tenté de vous décrire de manière argumentée.
    Il se trouve que tout à l’heure [avant-hier] sur France-Culture, en 2ème partie de l’émission "La grande table", a eu lieu un intéressant débat sur les thèmes de la violence, de la "radicalisation" et du terrorisme. Mais le sociologue Michel Wieworka y a étrangement professé qu’un échec politique de l’influence et du projet de prise de pouvoir du FN avait toutes les chances de générer en réponse de la violence et du terrorisme. Une psychanalyste avait fait précédemment un exposé sur le rapport entre passage à l’acte violent et forclusion de la parole. Celle-ci à répliqué à Michel Wieworka qu’une victoire électorale du FN entrainerait l’instauration dans les faits d’une violence, d’Etat et autre, passablement accrue et systématisée. Or, on connaît en effet les voeux, désirs et fantasmes de discriminations et exclusions, entre autres xénophobes, etc., de la formation politique en question.
    Je pense du reste pour ma part que l’arrivée de celle-ci à une place de deuxième force politique du pays aurait des effets sensiblement analogues. Il suffit je crois de voir de quoi s’accompagne sa position actuelle de quasi 3ème force (avec et sans jeu de mots).
    Bien à vous, A. P.
    2)Tout mon propos est en fait un développement des 2 premiers commentaires sur votre page de Julien, qui évoquait le problème du religieux en termes d’éthique. Votre allusion à l’âme humaine, terminologie jungienne, et votre développement sur la destitution de l’homme-sujet et la perte d’assises symbolique d’origine religieuse/transcendantale me semblaient appeler les vives critiques que j’en ai faites. Je les ai faites parce que de fait elles cautionnaient des discours et positions droitières et ultra droitières, bref réactionnaires, qui n’ont de cesse de stigmatiser et tenter de neutraliser à des fins politiciennes ultranationalistes et identitaires - et inégalitaristes de façon doctrinale - les points de vue matérialistes et marxistes et le rôle des partisans de tels points de vue dans la société. Comprenez-vous mieux cette fois-ci ? Je voulais aussi signifier à quel point les propagateurs des idées d’extrême droite sont actifs sur le net et ailleurs, et à quels point ils brouillent les pistes aux yeux de l’opinion en s’emparant sur le mode de la récupération au service de leurs idées et projets de société de toutes les analyses politiques critiques provenant habituellement de la gauche socialiste et/ou marxiste. C’est une guérilla idéologique où si l’on n’y prend pas garde on a fait vite de se laisser annexer de facto et mettre au service des intérêts du camp adverse."
    Bien à vous, Corentin

    André Le 22 juin à 15:58
       
    • Bonsoir André et merci pour votre réponse nuancée.

      La question des états-limites est émergente et constitue tout un champ théorico-clinique foisonnant et en cours d’élaboration. Je prend bonne note de votre remarque sur les répercussions de ce nouveau champ sur la nosographie classique ; un point de vue consensuel considère que les structures névrotiques et psychotiques (laissons de coté les structures perverses qui nous emmèneraient un peu loin) gardent leur pertinence : la prévalence des psychoses reste remarquablement stable, quelque soit le contexte historico-culturel. On pourrait en déduire qu’elle sont moins sensibles aux évolutions sociétales (seul le contenu délirant varie, en fonction de l’offre du jour : untel, possédé par un démon hier, est aujourd’hui sous l’influence de dispositifs électroniques...). Les névroses en revanche (et plus particulièrement les grandes hystéries de Charcot) ont perdu de leur superbe, au profit des pathologies du narcissisme qui recoupent en partie les organisations limites. Toujours est t-il qu’elles n’ont pas disparu pour autant ! Je vous accorde - pondérant à mon tour mon précédent propos - que l’état-limite présente un défaut de consistance qui dans sa nature même vient questionner la notion de structure.
      Il peut être intéressant de penser en terme de lignées structurales. Freud, déjà, était dans une telle perspective lorsqu’il proposait l’image du bloc de cristal se brisant selon ses lignes de forces : Un psychotique décompensera (ou non) sa psychose, un névrosé, sa névrose. Une telle perspective permet selon moi une éthique du soin au sens ou elle pose autrement la dialectique normal/pathologique : c’est la question de la souffrance psychique et non la question de la norme qui guide la proposition thérapeutique. Bien que cette dernière permette une certaine forme de réorganisation psychique, elle ne vise pas la modification de la structure profonde de la personnalité (si tant est que cela soit possible, ce dont je doute fort). Chaque individu connait ainsi un état de santé qui lui est propre, et qui n’est pas relatif à idéal normé extérieurement (bien que l’on cherche régulièrement à nous persuader du contraire).
      Pour ce qui est de la question soulevée par vous sur la thérapeutique des états-limites : des aménagement du cadre sont nécessaires. La cure-type atteint ses limites rapidement. En revanche, une approche centrée sur la restauration d’une contenance psychique, d’un sentiment d’enveloppe apaisant le flou identitaire, ainsi qu’un étayage fiable permettent des améliorations notables la plupart du temps, avec une diminution du recours à l’agir (qui signe habituellement le défaut de symbolisation et de mentalisation) et une anxyolyse qui peut être durable. Un des écueils reste le risque d’installation d’une dépendance au thérapeute et au cadre thérapeutique (car ce cadre vient pallier la précarité du cadre interne). Il faut garder à l’esprit qu’un état-limite n’est pas une pathologie mentale stricto sensu (telle qu’une dépression, un état délirant, une phobie...). C’est un état, autrement dit cela relève des troubles de la personnalité, par définition durables et assez retors aux soins psychiques.

      Pour ce qui est de l’articulation entre psychanalyse et champ social, parfois périlleuse mais souvent féconde : il me semble qu’elle peut être envisagée de deux façons :
       Une perspective étiologique, qui envisage les répercussions du champ social sur l’organisation psychique, et sur laquelle s’appuie Clément Sénéchal dans cet article.
       Une perspective analogique voire métaphorique : la scène psychique vient figurer, symboliser la scène sociale où politique. C’est selon ce dernier axe que je souhaite souligner vos remarques concernant les craintes de récupération par un camp adverse. Il me semble qu’à l’instar de la scène psychique de l’état-limite ou le conflit intra-psychique structurant a laissé place à une identité fragilisée, éparse et mouvante, la scène politique et sociale actuelle ne s’accommode plus d’une grille de lecture permettant de définir un camp adverse bien circonscrit. Notre identité militante s’en trouve douloureusement questionnée (rendons grâce à l’adversaire, lorsqu’il est bien repéré et fidèle à lui-même, de nous permettre en retour l’affirmation d’une position et d’un discours cohérent). Vous soulignez ainsi très finement la façon dont le discours d’"extrême-droite 2.0" peut s’hybrider avec des thématiques sociales. Dans le même ordre d’idées, les populations précaires issues de l’immigration (avec lesquelles je travaille), traditionnellement fidèles à la gauche - malgré de trop nombreuses promesses trahies - ont été effarouchées par le mariage pour tous et par les fameux ABC de l’égalité, et s’apprêtent à apporter leurs voix à des discours plus conservateurs. Là encore nous voilà vacillants sur nos points d’appui face à des coordonnées nouvelles.
      Plus généralement, il me semble que les revendications sociales cèdent le devant de la scène à de multiples angoisses et revendications identitaires, communautaires, individuelles, et que chacun s’éprouve comme victime, ou lésé de quelque chose, ce qui réclamerait réparation.

      Le mot de la fin au magistrat S. Portelli, soutien de l’appel des 39, et qui suite au discours sécuritaire de N. Sarkozy à Grenoble a pu dire "si nous n’y prenons pas garde, nous allons vers un état limite". Il entendait par là un entre-deux mouvant entre état de droit et état policier...

      Bien à vous

      Corentin S. Le 24 juin à 00:38
  •  
  • Merci pour votre longue réponse que j’ai lue et relue avec beaucoup d’attention, Corentin.
    Je suis un peu tenté de répondre point par point sur un mode plus ou moins réfutatoire/approbatif aux questions et thématiques précises que vous soulevez et développez. Mais je pense en même temps que c’est surtout le sens de l’ensemble de votre présentation qui est à prendre en compte. De plus, je n’ai pas vos connaissances et compétences. A titre d’exemple de ma singularité, et au risque certes de divers contre-sens, la catégorisation des pathologies sous l’angle structurel, ou structural, comme on voudra, m’inspirerait d’en parler sous l’angle légèrement différent de configurations représentationnelles plus ou moins forcloses dans, disons, l’intimité mentale du sujet : au niveau en quelque sorte du préconscient au sens de ce qui, sur le plan de l’articulation de la perception et de la réflexion analytique plus ou moins spontanée, ne se parle jamais tel quel, mais constitue une sorte de matrice et de réservoir pour l’expression verbale, orale et écrite, et pour l’échange linguistique dans les différentes situations du vécu interpersonnel et relationnel. Je me penserais ainsi, en posant une sorte de prééminence du sémiotique dans le préconscient, fidèle au freudisme proprement dit (ce qu’en fait apparaître le corpus freudien) quant à la forclusion notamment, et fidèle, ou plutôt en position de compatibilité féconde, avec le champ ouvert par la triade réel-imaginaire-symbolique (RSI) telle que proposée par Lacan et les lacaniens à partir de l’idée cardinale, et peut-être désormais à affiner à la lumière d’apports récents en linguistique et en sémiologie saussuriennes, de l’inconscient "structuré comme un langage". Comme vous voyez, ma présente élaboration peut sans doute paraître, c’est selon, ou ambitieuse et prometteuse, ou simplement présomptueuse sinon d’une pédante gratuité, ou encore éventuellement empreinte de pathologie recoupant ce qui relève des états-limite et/ou des "structures" qui en font les sous-bassements. "Eppure..." comme disait Galilée...
    Pour revenir au champ du social et politique en relation avec les approches psychanalytiques, j’entends bien ce que vous dites du "camp adverse". Cependant, de toute évidence, il y a bien sur ce plan le problème de la violence et de la pulsion de mort... de soi, et aussi de l’autre, probablement le plus souvent au nom d’un plus ou moins confus et surtout ambivalent désir de l’Autre tel que l’évoque Clément Sénéchal - avec possiblement tantôt l’énoncé explicite de désirs faisant fonction d’alibi à l’expression d’autre chose de l’ordre entre autres du conflit, ou tantôt à l’inverse avec l’expression délibérée de ce qui est pensé en tant qu’alibi, mais provient de et renvoie à du désir sous-jaçant (et… forclos). Et c’est peut-être là, au niveau de ce doubla aspect des choses que l’on touche aussi entre autres à la question des « structures » dites « perverses ». Enfin, je ne sais pas, je ne fais que suggérer des possibilités de compréhension, ou du moins d’appréhension de l’Incompréhensible, ce sans plus mais par parti pris notamment de pallier les inconvénients du réductionnisme, tant savant que « vulgaire », dont j’ai parlé à Clément Sénéchal ci-dessus.
    Enfin, sur le plan de l’actualité politique et sociétale, je ne vous ferais peut-être que le léger reproche de ne pas relier la mise en garde de Monsieur Portelli avec une approche historique et généalogique de ce qui relève encore et toujours bel et bien du darwinisme social dans les sociétés contemporaines, ni avec le champ ouvert par la notion foucaldienne de biopolitique en relation avec les plus graves problèmes d’éthique. Car en termes de perspectives, nous avons à faire face notamment aux problèmes du cognitivisme, à ceux des technosciences, et à ceux de courants tels que le trans-humanisme et, last but not least, le post-humanisme, ou encore, à l’arrière-plan des populisme exotériques, aux courants de l’extrême droite "racialiste" les plus extrêmes et enracinés dans l’idéologie nazie et le suprémacisme blanc.
    Bien à vous.

    André Le 25 juin à 19:34
       
    • Bonjour André

      L’élaboration que vous proposez autour de la question centrale qui occupe notre échange m’apparaît pertinente et riche de perspectives. Il me semble qu’elle a beaucoup à voir avec le sinthome lacanien ou, plus largement, la notion de suppléance (pour continuer sur la lignée théorique sur laquelle nous nous sommes élancés ; et ce même si vous me prêtez des connaissances qui sont peut-être à modérer, mes assises théoriques étant d’avantage du côté d’Anzieu, Bion ou Winnicott que de Lacan).
      Vous vous autorisez ainsi (et vous faites bien !) l’élaboration d’une méta-théorie personnelle en accordant au signifiant la place centrale qui lui revient. Le besoin de rapetasser les accrocs et les trous de la trame symbolique contemporaine a peut-être à voir avec un changement de paradigme auquel notre système représentationnel n’a pas encore eu eu le temps de s’accommoder. Un noeud borroméen mis à rude épreuve en somme !
      On pressent également dans votre réflexion l’acceptation d’une part irréductible d’indicible, voire d’irreprésentable, dans la façon dont l’homme se figure sa propre activité psychique et celle de ses pairs (mais aussi tout le reste...). Cela me paraît essentiel. L’un des grands fantasmes collectifs actuels tend en effet à envisager un monde entièrement déchiffrable par la technique, confondu à sa mesure, en un mot évaluable sur tous plans et rendu transparent. Ainsi des neurosciences que vous évoquez, par exemple l’imagerie cérébrale (qui dévoile de façon spectaculaire le comment mais délaisse le pourquoi et l’éprouvé phénoménologique). L’essor des technologies du numérique vient donner corps à ce fantasme, et je vous suis gré d’avoir évoqué B. Stiegler qui pense admirablement ces questions.
      Je vous trouve par ailleurs d’une grande perspicacité doublée d’honnêteté lorsque vous évoquez les sous-bassements de la structuration conflictuelle inhérente au socius dans ce qu’ils peuvent revêtir d’ambivalences passionnelles peu avouables.
      On touche probablement là, effectivement, à la pulsion de mort à l’œuvre dans les relations spéculaires ("l’objet naît dans la haine" nous dit Freud ; et ce n’est peut-être pas cette part-là qui est la moins consciente ou la moins avouable...)
      Je note votre remarque concernant l’importance d’une lecture diachronique des enjeux de pouvoir, et votre référence insistante à M. Foucault, mauvaise conscience du milieu psy, retient mon attention.

      Bien à vous

      Corentin S. Le 2 juillet à 16:36
  •  
  • Bonjour Corentin,

    Ce n’est pas par hasard que j’ai parlé d’élaboration. Ce que j’ai proposé, tout à fait en pointillé, relève avant tout d’une sorte de bricolage ad hoc, bricolage au sens de Lévy-Strauss s’il faut tenter de lui donner ses lettres de noblesse. Wilfred Bion m’évoque quelques souvenirs, sans plus – je pense que j’ai encore dans ma bibliothèque un ouvrage de lui, mais je me souviens que je n’avais pu en mener à bien la lecture. Et quant à Anzieu et Winnicot, heu… bon… C’est tout juste si ce que j’ai entrevu de Winnicot m’a inspiré de l’intérêt et de la sympathie, et le travail d’Anzieu m’est tout à fait inconnu. Quant à la notion de supléance, c’est bien la première fois que je la rencontre dans le sens où vous l’entendez. Mais il doit y avoir là des éléments de connaissance et de compréhension bien appréciables si j’en juge par la pondération en sympathie de vos réponses.
    Pour la place du signifiant, oui sans doute, c’est quelque chose que mes activités et expériences m’ont permis à la fois d’éprouver et de conceptualiser quelque peu, via des tentatives de création littéraire, et aussi des activités de critique de poésie et de littérature, ainsi que d’art (contemporain). Autant que j’aie pu comprendre, des approches de Freud, Saussure et Lacan à la lumière les unes des autres peuvent être tout à fait éclairantes et fécondes - je place à dessein Saussure au centre de cette triade. Pour mes assises théoriques encore, si tant est que cela en soit au sens le plus solide ou objectif du terme, elles seraient aussi du côté de Grégory Bateson (essentiellement, en français, l’ouvrage Pour une écologie de l’esprit). Même si, me semble-t-il, ses émules et co-équipiers de l’école de Palo Alto n’ont pas toujours été loin de là à la hauteur par rapport à la rigueur et aux exigences de la pensée de Bateson, celle-ci en revanche m’a été parfois, pour ce qui me concerne, d’un réel secours, avec ce qu’il a développé sur la double-contrainte et la schizophrénie, et à travers son approche anthropologique de ce qu’on appellera pour faire vite les codes culturels. Et du reste, en lisant attentivement une œuvre à demi posthume du même Bateson, sous forme d’entretien avec sa fille (La peur des anges), on se rend compte m’a-t-il semblé que ses interrogations fondamentales et son pessimisme quant aux problèmes de la « civilisation » sont in fine très proches de ceux d’un Freud, avec la même ouverture, malgré tout si sans illusions, sur une poursuite possible de ce que l’un et l’autre ont pu construire et défricher.
    Je pense en tout cas que vous êtes dans le juste en parlant du « besoin de rapetasser les accrocs et les trous de la trame symbolique contemporaine ». Il est certain que l’arrivée d’internet et le déploiement des NTIC dans le contexte de fin de la Guerre froide changent beaucoup de choses sinon « tout » et appellent de nouveaux paradigmes à divers égards, et jusqu’en termes de trame symbolique en effet – il faudrait peut-être d’ailleurs commencer à évaluer les problèmes en partant de là… Le changement intervenu en quelques 30 ans est en quelque sorte un appel d’air tel que bien des miasmes et des charlatanismes redoutables peuvent s’y engouffrer. Pour le spectaculaire du spéculaire, tout un chacun sachant constater peut y constater un spectre allant avec toutes les nuances possibles de l’inculture et de l’illettrisme crasses aux plus hauts faits de pensée, d’art et de culture. En tout cas, ce n’est pas du tout par hasard, je pense, que l’on assiste par exemple ces temps-ci à quelques fortunes de la notion et du concept de distopies.
    Outre la question de l’ellipse et le jeu a priori infini entre l’implicite et l’explicite dans l’expression, l’indicible touche à l’inconscient bien sûr, et aussi de mon avis à la part irréductible quoi qu’on dise et fasse de l’humain et de l’humanité au sens le plus éthique et authentiquement philosophique. Reste à savoir cependant quels dégâts peuvent causer les résistances (au sens psychanalytique) dont d’un certain point de vue fait office de symptômes, entre autres, l’association des neurosciences, des biotechnologies et des dispositifs de « communication » (et plus ou moins indissolublement de contrôle sinon de coercition), association issue notamment des applications passablement hégémoniques de la théorie de l’information.
    Pour ne pas conclure :
    Résistances à quoi ? Sans guère de doute à ce à quoi résistent plus ou moins à leur insu la plupart des formes et processus de pouvoir : libre arbitre de chacun, respect du principe de plaisir, reconnaissance de l’inanité d’un point de vue strictement humain de la réduction du vivant au biologique, partage « non faussé » du travail et des richesses, réciprocité dans le sens de l’altérité… Bref, ferme et patiente reconnaissance en acte du manque à être humain et de son corollaire la négation sur-moÏque/sur-symbolique du désir.
    La pulsion de mort : le désir aussi aberrant que funeste d’interrompre ce que Michel Serres appelle l’hominiscence ?
    Bien sincèrement merci pour vos réponses amicales.

    André Le 7 juillet à 02:31
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  • Margaret Thatcher à tout à fait raison. Telle est bien l’âme du néolibéralisme financier et mafieux. Pas besoin de longs discours...

    JANCAP Le 10 juillet à 01:31
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  • Très bon article.

    GRANVILLE Le 22 juillet à 08:46
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