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Accueil > Politique | Par Guillaume Liégard | 2 mai 2017

Requiem pour le Parti socialiste

Le score de Benoît Hamon enfonce un des derniers clous sur le cercueil du PS, puni à l’issue d’une campagne qui aura été l’aboutissement de ses compromissions, de ses incohérences et de son incapacité finale à incarner un espoir à gauche.

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« Le parti d’Épinay est mort et bien mort. »
Jean-Christophe Cambadélis, 2 mai 2017.

* * *

Avec 6,36 % et un peu moins de 2,3 millions de voix, le Parti socialiste et son candidat à l’élection présidentielle viennent de connaître un terrible naufrage. Benoît Hamon ne franchit la barre des 10 % dans aucune des treize régions françaises métropolitaines et obtient même moins de 5 % dans trois d’entre elles : Corse, Nouvelle Aquitaine et PACA.

Le PS, tel qu’il s’est construit au congrès d’Épinay en 1971, a vécu, agonisé et est désormais en état de mort clinique. Certes, parmi les nombreux docteurs à son chevet, nul ne semble prêt à le débrancher et on ne trouvera aucun médecin légiste pour signer l’acte de décès – enfin, pas encore, pas avant les élections législatives.

Une campagne sans objet

Les erreurs et malheurs de la campagne de Benoît Hamon furent nombreux, s’apparentant même à une forme de supplice chinois avec son petit filet de trahisons quotidiennes. Incapable de comprendre le rejet des partis, le candidat socialiste s’est, de surcroît, engagé dans une interminable négociation avec EELV – démontrant au passage que un plus un, cela pouvait faire un demi. Mais, fondamentalement, là n’était pas son principal handicap. En réalité, sa campagne n’avait pas d’objet et il n’existait pas de fonction au vote Hamon.

Pris en tenaille entre la candidature d’Emmanuel Macron et celle de Jean-Luc Mélenchon, celui-ci n’avait pas d’espace politique. Le premier incarne la poursuite aggravée du quinquennat Hollande, la possibilité de préserver le système en l’état, mais il a été perçu par une partie significative de l’électorat socialiste comme une hypothèse acceptable pour éviter un affrontement Fillon-Le Pen au second tour. Jean-Luc Mélenchon a pour sa part su incarner le rejet, à gauche, de la politique gouvernementale, tout en traçant un chemin de reconquête de l’électorat populaire et une perspective émancipatrice pour la jeunesse. Ne restait pas grand-chose, si ce n’est un reliquat de socialistes légitimistes et d’électeurs de gauche hostiles à Mélenchon.

La vengeance du vote utile

Pour battre la droite, pour être au second tour, pour être au plus haut au premier tour, les socialistes en avaient usé et abusé, jusqu’à la corde, de cet appel au vote utile. Exsangue d’un point de vue militant, réduit à peau de chagrin pour ce qui est des élus, sans idée et sans base sociale, il ne restait plus au PS que cet argument tant ressassé pour survivre. Avec un candidat passé sous la barre des 10 % dans les sondages, l’argument s’est retourné comme un gant, jouant contre le candidat socialiste. Lui qui, au début du mois de mars, se vantait de sa prétendue centralité pour expliquer qu’il pouvait être LE candidat de toute la gauche, s’est débattu un peu piteusement dans les dernières semaines en invoquant le "vote de conviction".

Le tandem Valls-Hollande souhaitait détruire la gauche française pour refaçonner une organisation politique de type parti démocrate à l’américaine, ils n’auront au final que dissous sans gloire leur propre parti. La gauche est bien vivante et, contre toute attente, a été à deux doigts de se qualifier pour le second tour.

Un entre-deux qui risque d’être un nulle part

Le Parti socialiste, tétanisé, espère encore vaguement sauver les meubles aux législatives. Rien n’est moins sûr. Fragilisé par un score catastrophique à l’élection présidentielle, affaibli par les multiples défaites électorales du quinquennat – qui ont lourdement grevé son trésor d’élus locaux –, le PS est affecté en profondeur dans sa capacité à encadrer son électorat traditionnel. Emmanuel Macron ayant, pour l’instant au moins, sèchement fermé la porte aux tenants d’une majorité gouvernementale avec lui, le PS se retrouve contraint à une politique d’autonomie. En son sein, et jusqu’à juin, se met donc en place une forme de synthèse, avec comme première victime, la cohérence politique.

En effet, pour ne fâcher personne, la "plateforme législative" ne devrait ni soutenir Macron, ni s’affronter à lui : un entre-deux qui risque bien d’être un nulle part. Après les législatives, la question du vote de confiance devrait mettre à rude épreuve l’unité de façade des socialistes. Y aura-t-il des ruptures ou bien s’agira-t-il de préparer le prochain congrès ? Il est encore trop tôt pour le dire. Mais nullement assuré d’une réélection dans sa circonscription de Trappes, Benoît Hamon semble échafauder un plan B. Il se murmure dans les couloirs de Solferino que l’ex candidat socialiste se verrait bien candidat aux sénatoriales de septembre en cas d’échec en juin. Au moins, avec les socialistes, on est toujours déçu.

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Vos réactions

  • Bonjour,

    Les frondeurs du PS ne sont que des opposants de facade. Ils ont voté POUR : le traité non renégocié Sarkosy-Merkel, la règle d’or, l’ANI, la loi sur les retraites, le CICE, les lois Macron etc, etc... et l’investiture à Cazeneuve. Ces gens se battent pour maintenir sous une autre forme (social démocratie), le système libéral en l’état. Sans oublier leur abstention en 2008 concernant le traité de Lisbonne. Un véritable quitus au déni de démocratie puisque le peuple avait voté contre en 2005. Ces gens en ont dégouté plus d’un. Ils n’ont même pas le courage d’assumer leur positionnement politique bien à DROITE. La candidature de Hamon n’était là que pour bloquer JLM. Pour ma part, je ne voterai plus jamais PS. Qu’ils dégagent à jamais ! Vivement le passage du corbillard qui sera la signature de leur décès ! Ils peuvent toujours attendre les fleurs.

    ecureuil66 Le 2 mai à 14:38
       
    • 100 % d’accord avec vous sur le fond. Sur la forme, une légère divergence : en effet, je crois inutile de s’acharner sur ce parti. Qu’il soit agonisant ou bien déjà mort et bon à enterrer, peu importe ; ce qui compte, c’st de stopper l’offensive de l’extrême-finance, c’est-à-dire de la caste qui tire les ficelles de la poupée Ken/Macron.

      Le P "S", cet immonde parti désormais pourri jusqu’aux moëlles, ne mérite pas l’honneur d’être désigné comme ennemi par les Insoumis. Mort-vivant ou bien déjà proie des vers, sa disparition s’opérera d’elle-même, comme une simple conséquence de notre montée en puissance. Veillons seulement à le maintenir soigneusement à distance. Donc, sans plus attendre, concentrons notre feu sur le banquier Macron !

      hopfrog Le 2 mai à 19:54
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  • Comme vous êtes "cruels" de tirer ainsi sur l’ambulance qui devient corbillard ! Même pas un petit mot de condoléances ?...

    Pierre PifPoche Le 2 mai à 19:14
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  • Benoit HAMON n’avait pas compris que la qualification de Mélenchon pour le 2ème tour , et a fortiori sa victoire, était la condition de sa propre victoire au sein de ce qui restera du PS. Ses outrances de dernière minute ("Mélenchon a un problème avec la démocratie") ne lui ont pas fait gagner une voix, mais ont déchiré l’image sympathique qu’on pouvait avoir de lui.

    En l’état, ce courant qui se proclame "à gauche" au PS ne pourra servir à rien pour faire gagner une majorité écolo-sociale contre Macron.
    Ce qui reste d’EELV va courir en tout sens exigeant de ceux qu’ils insultaient hier, un accord électoral plus avantageux que celui signé avec Hamon, sans autre objectif véritable que de sauver quelques dirigeants.
    Le PC a investi depuis plusieurs mois ses candidats qui ont fait campagne pour eux en squeezant la présidentielle (à moins que ma circonscription ne soit que l’exception).

    Il ne nous reste plus qu’à continuer la campagne de la France Insoumise en proposant le programme comme point d’ancrage et d’espérance, programme commun à tous nos candidats de France, sous la bannière commune FI.
    Il sera temps, après le premier tour des législatives, de faire des éventuels appels au report de vote sur un "socialiste frondeur" ou un "EELV sincèrement social", sans en espérer de réciprocité.

    DMc Le 2 mai à 19:49
       
    • Et si vous usiez de votre esprit critique également envers JLM ?
      Les insoumis (en vrai tous soumis à JLM !) ne faites que l’adouber et il peut bien tenir des propos très tendancieux sur la Crimée ou Cuba, déclarer "les étrangers ce n’est pas un problème" en 2012 puis désigner comme un problème les travailleurs détachés (ce qui, je suis d’accord, devrait être régulé) vous applaudissez !
      En effet moi j’aurais aimé que Benoit Hamon ne soulève pas ce point sur Mélenchon et surtout pas de cette manière.
      Comme d’autres qui avons voté pour lui, nous en faisons la critique. Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ?
      Oui quand on a décidé de désigner un coupable et de s’acharner pour éviter d’avoir à soi-même se remettre en question.
      Benoit Hamon lors de son court passage au gouvernement c’est la loi consommation, la loi ESS et la résolution de la reconnaissance et de l’état de Palestine. Alors après ça entendre qu’il n’est pas de gauche...
      Quand on lit ici et ailleurs l’indigence du propos ou la mauvaise foi on ne peut que penser au magnifique programme pour lequel vous avez voté et se dire que si vous l’avez lu et compris et s’il avait porté ses fruits, il vous aurait mené à un peu plus de fraternité et de discernement ... mais soyons optimistes, les graines sont semées...

      Thomas Le 3 mai à 09:46
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  • Bertrand Lanot Le 2 mai à 14:54 - J’admire vos certitudes et l’application avec laquelle vous brouillez les discours ! Benoit Hamon et le ps sont déjà en dessous de la ligne de flottaison, inutile d’en rajouter, mais....
    ....Plutôt que de vous interroger sur la manière de constituer une majorité France insoumise à l’Assemblée nationale, demandez-vous comment se fait-il que le parti socialiste durant 5 ans, et je m’en tiens-là, a mené une politique de régression sociale et politique, allant jusqu’à faire les tiroirs du FN, et de la droite extrême, se couchant devant les exigences Bruxelloises, austérité comprise ?
    Nous n’allons pas refaire le bilan, les Français l’ont fait le 23 avril, Le triumvirat Hollande-Macron-Valls n’ont satisfait que les exigences du medef.
    Résultat des courses ? Effectivement La France insoumise n’a pas franchi la barre et c’est dommage pour nous, sauf vous peut-être ?
    Donc les législatives pourront peut-être rééquilibrer les résultats et permettre de combattre toutes les politiques antisociales que Macron veut nous imposer. Donc je voudrais surtout de vous éviter de rire jaune, c’est tout ce que je vous souhaite l’ami !

    Max Le 2 mai à 19:52
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  • Voilà, fini le cinéma des "frondeurs". Ne pas s’opposer à Macron c’est un aveu terrible de leur participation volontaire à la magouille menée depuis un an par Hollande (Un 2ème tour Macron/ Le Pen
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/may/01/emmanuel-macron-french-voters-marine-le-pen?CMP=share_btn_tw.
    Volonté de faire perdre la France insoumise en ne se ralliant pas alors qu’il chutait dans les sondages. Le masque est tombé enfin et, visage découvert c’est pas beau à voir le P"S".

    Amram D Le 4 mai à 11:53
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