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Accueil | Par Christelle Gérand | 6 août 2013

Obama II : un air de déjà vu

Sur fond de crêpage de chignon budgétaire avec
les Républicains, Obama II semble résolu à agir dans
les domaines où il peut peser de toute sa force
exécutive : régulation des armes, environnement,
immigration. On aimerait y croire.

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Les médias américains sont
unanimes. Dans son discours
sur l’état de l’Union du 12
février, Obama s’est montré
prêt à « défendre énergiquement
un agenda clairement progressiste
 »
, pour ne citer que Mother Jones,
le bimensuel de gauche. Le président
largement réélu a en effet beaucoup promis
devant le Congrès. Relever le salaire
minimum de 7,25 à 9 dollars ; favoriser
l’accès à l’école maternelle pour tous ;
investir 50 milliards de dollars dans la
réfection de routes et de ponts, notamment.
Mais aucun de ces projets n’apparaît
dans sa proposition de budget 2013.
Dans une répétition tragicomique de son
premier mandat, Obama et le Congrès
dominé par les Républicains s’écharpent
à nouveau sur le vote du budget. Après
le spectre du fiscal cliff (falaise fiscale)
du 1er janvier, le président doit faire face
à la menace de sequester (séquestration)
du 1er mars. A cette date, si les élus
ne parviennent pas à se mettre d’accord,
un programme automatique de 1200 milliards
de dollars de coupe sur dix ans est
censé entrer en vigueur. Ces restrictions
de tous les portefeuilles menacent des
milliers d’emplois, notamment de fonctionnaires.
Le sequester et ses coupes
tant dans la Santé et l’Education que la
Défense a été conçu pour ne satisfaire
aucun des deux partis et les pousser
au compromis. Sans résultat, pour le
moment. Les deux partis ont décidé de
camper sur leurs positions : ne pas augmenter
les impôts pour les Républicains,
ne pas trop couper dans ce qu’il reste
d’Etat fédéral pour les Démocrates. Et
blâmer l’autre parti d’avoir conduit le
pays à la crise budgétaire. Si tout juste
réélu, les discours d’Obama ressemblent
à s’y méprendre à ceux d’une campagne
électorale, c’est pour avoir l’opinion publique
avec lui. En 1995, la fermeté de
Clinton lui avait valu sa réélection. Il avait
alors refusé de céder aux Républicains qui réclamaient (déjà) des coupes
drastiques dans l’assurance maladie des
personnes âgées et dans les crédits pour
l’éducation et l’environnement. Apposant
son veto à la proposition de budget, il
avait provoqué une crise budgétaire et
la suspension de tous les services « non
essentiels » de l’État.

Seul contre tous

Si le jeu du bras de fer budgétaire avec
les Républicains a occupé le gros de
l’énergie présidentielle jusqu’à présent,
Obama version deuxième mandat semble
décidé à agir, seul s’il le faut. Débarrassé
des considérations électorales, il menace
de peser de toute sa force exécutive sur
trois fronts : l’environnement, l’immigration
et la régulation des armes à feu. « Si
le Congrès n’agit pas bientôt pour protéger
les générations futures, j’agirai »
, assure-
t-il. Le président a toute une palette
d’actions à sa disposition. Dire « non » au
projet d’Oléoduc Keystone XL, instaurer
une taxe carbone, instaurer des primes
d’impôts pour les Etats « verts », pour les
mesures les plus attendues.

Sous son mandat, 400 000 immigrants
illégaux ont été renvoyés par an. Un record
absolu. Obama semble décidé à se
racheter une conscience en la matière.
Une commission bipartisane travaille
actuellement sur un projet de loi. S’ils
ne parviennent pas à se mettre d’accord
d’ici fin mars, il présentera son propre
projet, dont les grandes lignes ont fuité
dans la presse. Les quelque 11 millions
d’immigrants illégaux pourraient demander
un visa d’ « immigrant légal en devenir
 » s’ils n’ont pas de casier judiciaire et
payent des impôts. Ce « visa » leur permettrait
d’obtenir un statut de résident
permanent dans un délai de huit ans. Il
n’auraient plus à craindre les expulsions
permanentes et pourraient sortir du territoire
pour de brèves durées.

C’est en matière de régulation des armes
que le président s’est montré le plus
convaincant. Il y a deux ans, alors qu’un
homme avait ouvert le feu sur la députée
de l’Arizona Gabrielle Giffords un mois
seulement avant le discours sur l’Etat de
l’Union, Obama n’en avait pas touché un
mot. Cette année, deux mois après la fusillade
de Newton qui a coûté la vie à 26
personnes, et devant une majorité d’élus
arborant un ruban vert pour commémorer
les victimes, il a attendu la toute fin de
son discours pour se prononcer pour une
interdiction des armes automatiques, qui permettent ce genre de carnage.
Avec des accents aussi sentimentalistes
que populistes, Obama a pris a témoin les
victimes des ravages des armes présents
dans la salle. Une maitresse de l’école
de Sandy Hook, le lieu de la plus récente
tragédie de masse, les parents d’une
adolescente tuée par balle une semaine
après avoir participé son inauguration, la
députée Gabrielle Giffords. « Ils méritent
un vote »
, a-t-il répété à plusieurs reprises.
Un vote sur sa proposition d’étendre les
vérifications des antécédents judiciaires
et psychiatriques lors de l’achat d’armes.
Un vote pour interdire les armes d’assaut.
Et un vote pour interdire les chargeurs de
plus de dix balles.

Des Républicains déconnectés du pays

La population, tant démocrate que républicaine,
est majoritairement d’accord
avec Obama sur ses trois combats
phare, dont les propositions n’ont rien
de révolutionnaire. Mais au vu de l’extrémisme
républicain, il passe pour un progressiste
hors-pair. Il l’admettait pourtant
lui-même lors d’une interview avec Noticias
Univision en décembre dernier : « Si
j’avais mené la même politique dans les
années 1980, on me qualifierait de Républicain
modéré ».
Il vient en effet de valider
la quasi-intégralité des exemptions
fiscales de l’ère Bush. Il a même proposé
de réduire les dépenses domestiques
de 24 milliards de dollars dans sa proposition
de budget 2013. Les fonds pour
l’énergie propre et ceux destinés au traitement
de l’eau potable, l’assistance aux
régions côtières (qui en auraient pourtant
bien eu besoin après les dégâts causés
par l’ouragan Sandy), sont coupés à la
machette. Les fonds alloués à la Sécurité
Sociale et à Medicare vont également
être réduits, mais le président passe pour
le « sauveur » de ces programmes, face
aux demandes encore plus drastiques
des Républicains.

S’il est un domaine qui réunit les deux
bords, c’est la Défense. Obama marche
dans les pas de Bush. Le président vient
de nommer John Brennan à la tête de la
CIA. Sous Bush, il n’en était que le numéro
2. Une ultime promotion pour l’homme
qui a fourni à l’administration Bush une
liste de terroristes potentiels à torturer.
C’est également à lui que le pays doit son
programme d’attaques ciblées de drones, une pratique chère à Obama. Lors de son
premier mandat, le président aurait autorisé
plus de 300 attaques ciblées, qui auraient
tué plus de 2500 personnes, dont
des ressortissants américains. Le conditionnel
est de mise, la Maison Blanche –
malgré ses promesses de transparencene
communiquant pas sur ces attaques,
qui visent même des Américains. On se
souvient d’Anwar al-Awlaki, présumé
terroriste né aux Etats-Unis, tué par une
attaque ciblée de drone au Yémen le 30
septembre 2011. Un autre citoyen américain,
Samir Khan, a été tué lors de la
même attaque. Deux semaines plus tard,
le 14 octobre, un troisième Américain de
16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, a aussi
été victime d’une attaque ciblée au Yémen.
Aux onze sénateurs qui ont réclamé
des comptes au président le 4 février, le
porte-parole Jay Carney a répondu : « ces
frappes sont légales, elles sont éthiques,
et elles sont sages. »
Et ne semblent pas
prêtes de s’arrêter.

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