After Party
Accueil > Politique | Par Christelle Gérand | 23 mai 2014

After party : Occupy se lance en politique

Trois ans après les révoltes qui l’ont fait connaître, le mouvement Occupy donne naissance à un parti politique aux États-Unis. S’inspirant des initiatives communautaires qui l’ont précédé, l’After party veut mobiliser la jeunesse pour occuper, cette fois, les institutions politiques.

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Un parti pour le peuple et par le peuple, voilà le nouveau projet d’Occupy. Divisé en une multitude de branches, qui luttent contre les dettes des particuliers ou construisent des logements pour les sans-abris, le mouvement se fédère à nouveau sous la bannière de l’After party. Ce parti anticapitaliste lancé début mai se veut participatif, équitable et sans corruption.

« Nous sommes prêts à prendre le pouvoir par la force », affirme Demeeko Williams, l’un des fondateurs de la branche de Detroit, siège de l’After party. « Pas par la violence, ajoute-t-il, par la force de l’action. » Le parti s’inspire d’Occupy Sandy, qui avait su fédérer les bonnes volontés pour venir en aide aux victimes de l’ouragan du même nom, en 2012. Périodes électorales exceptées, il aura tout d’une organisation humanitaire.

Justin Wedes, l’un des fondateurs d’Occupy Wall Street et d’Occupy Sandy, aujourd’hui leader de la coalition nationale de l’After party, se souvient : « On a réuni plus de 70.000 bénévoles en quelques semaines, à partir de rien. Lorsqu’on élimine les barrières à la participation, et qu’on créé une plate-forme à laquelle les gens peuvent se connecter, ils se surpassent. »

« Mettre la main à la pâte »

Le manifeste de l’After party combine les programmes du Parti socialiste américain et du Parti vert : logement, nourriture et emploi pour tous, interdiction de l’exploitation du gaz de schiste, droit des immigrés, etc. « Maintenant, il faut transformer ces idées en actions, insiste Demeeko. On ne prétend pas être des sauveurs, on prévient les membres qu’il va falloir mettre la main à la pâte, construire des maisons, réparer des routes, distribuer de la nourriture », détaille ce jeune homme de vingt-huit ans, dont douze passés à militer au sein du BAMN ("By any means necessary"), un mouvement de défense des droits civiques. « De ces actions populaires émergeront des leaders politiques, gage Justin. Notre manifeste vise à inspirer les bonnes volontés, ce n’est pas un guide pratique clé en main, il va falloir que chaque branche gère les problèmes locaux par ses propres moyens. »

Christopher Malone, président du département de sciences politiques de l’université Pace de New York, n’est guère surpris de l’évolution du mouvement contestataire. « Du mouvement abolitionniste au mouvement des droits civiques, tous les mouvements sociaux se sont transformés en mouvance politique. L’énergie révolutionnaire finit toujours par mourir, elle ne peut être maintenue ad vitam aeternam. La question étant : qu’en restera-t-il ? Jusqu’à maintenant, Occupy avait refusé de soutenir des candidats, mais leurs idées avaient émergé dans le jeu politique. Sans ce mouvement, le maire de New York Bill de Blasio n’aurait jamais été élu sur un programme de lutte contre les inégalités sociales. Sans Occupy, Barack Obama n’aurait pas fait campagne sur le sujet pour sa réélection, après avoir passé quatre ans à la Maison Blanche sans aborder la question. L’énergie est toujours là. Je pense donc qu’il y a une place sur l’échiquier politique pour un parti dédié à la lutte contre les inégalités », estime le professeur, auteur d’Occupy political science, qui analyse les origines et les conséquences du mouvement sur la politique américaine.

Un parti pour les jeunes

Généralement, les leaders d’Occupy ont moins de trente ans et cherchent à attirer la génération Y, qui ne se reconnaît pas dans les partis existants. Selon une étude récente du Pew Center, la moitié des Américains âgés de dix-huit à trente-trois ans se disent indépendants, à savoir non alignés sur les partis démocrate ou républicain. Demeeko Williams reconnaît dans l’After Party un « cousin » des autres partis progressistes américains, avec lesquels il envisage des alliances. Mais pour lui, ceux-ci n’ont jamais vraiment émergé. « On veut attirer les indépendants : tentez quelque chose de nouveau, rejoignez-nous ! »

Pour séduire la "génération Occupy", l’After Party mise aussi sur la dimension festive. Le week-end du 2 mai, lors du lancement de la branche de Detroit, concerts, jeux et repas conviviaux étaient au rendez-vous. Une centaine de personnes sont devenues membres. À partir du 1er juin, les sympathisants pourront s’inscrire en ligne, et cotiser selon leurs ressources. Chômeurs et personnes défavorisées pourront financer leur inscription par des heures de service communautaire.

Dans les semaines à venir, l’After party devrait essaimer une dizaine de branches locales, notamment dans le Missouri et dans le New Jersey, ainsi qu’en Californie. Dès 2016, le mouvement compte présenter des candidats au niveau des municipalités et des États ; il espère occuper les bancs du Congrès en 2024. À terme, Occupy projette de s’organiser à l’échelle internationale.

Do it yourself

« Jusqu’à présent, Occupy a mobilisé des contestataires, pas des votants, souligne le professeur Malone. Lorsque George Martinez, un membre d’Occupy Wall Street, a fait campagne pour un poste de député en 2012, il a été porté par le mouvement. Il a obtenu de nombreux votes, mais n’a pas été élu. C’est difficile sans argent. » Malgré tout, le chercheur est optimiste. «  Le Parti socialiste manque d’énergie aux États-Unis, et le mouvement Occupy a déjà orienté le Parti démocrate vers la gauche. Je pense qu’ils peuvent avoir un impact réel au niveau local et étatique. Je suis plus réservé sur leurs chances au Congrès et à la présidentielle. »

L’implantation du siège à Detroit est un choix très symbolique pour le nouveau parti. « Le pays connaît une recrudescence de l’engagement communautaire, et cela vient de villes comme Detroit, anéanties par le système existant », détaille Justin Wedes. Corruption et délocalisation – des usines comme des nantis – ont acculé l’ancienne capitale de l’automobile à la faillite en juillet dernier. Les salaires des fonctionnaires, policiers et pompiers inclus, ont été sévèrement diminués.

Les services sociaux et d’entretien de la ville ont également été réduits à peau de chagrin, mais la carence municipale et étatique est compensée par un tissu associatif important, qui se transforme aujourd’hui en mouvement politique. « C’est l’essence de l’After Party, conclut Demeeko. Ne pas attendre que les hommes politiques ou le gouvernement réparent les choses, mais choisir ses outils et le faire par soi-même. »

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