Accueil | Éditorial par Pierre Jacquemain | 17 février 2020

ÉDITO. Refugees Welcome

« Soyez les bienvenus. » Le dire. Devoir le faire, dans le simple objectif de redonner de la dignité, une humanité, aux familles accueillies, à contre-sens des politiques menées depuis des années.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Ça ne fait plus l’actualité – il faut dire qu’il y a des événements plus importants, comme la sextape de Griveaux ou la sortie de prison de Patrick Balkany – et pourtant le sang continue de se déverser dans les eaux troublées de la mer Méditerranée. Parce que ni les politiques autoritaires, celles des fermetures et des contrôles des frontières, ni les escadrons des forces armées, n’empêcheront jamais les êtres humains de circuler. De circuler librement. Et de s’installer librement autre part que là où ils sont nés.

 

LIRE AUSSI SUR REGARDS.FR
>>
Faut-il désirer un monde sans frontière ?

 

De tout temps, les migrations ont existé. De tout temps, ils ont été traqués, chassés. Mais jamais les mouvements de population n’ont cessé. Et face à l’hostilité primaire de ces migrations forcées, le même drame, toujours – et qui se fait jour dans une indifférence de plus en plus générale : des morts par milliers. Ils sont la conséquence de politiques publiques irresponsables. Parce que de tout temps, les peuples ont été contraints à l’exil. Parce qu’on ne choisit pas de naître à Homs, Paris, Hong Kong ou Kiev. Parce qu’il n’y a pas de mérite à grandir en France, en Chine, au Yémen ou au Chili. Pas plus que l’on naît responsable des régimes autoritaires, démocratiques, libéraux ou dictatoriaux dans lesquels on voit le jour. Voilà qui devrait forcer à l’humilité. Et au devoir de solidarité.

Ce week-end à Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées, la deuxième édition de Refugees Welcome – qui fait suite au Manifeste pour l’accueil des migrants lancé et initié en octobre 2018 par Regards, Mediapart, Politis et rejoint par sept autres médias – a permis aux différents acteurs institutionnels (collectivités locales notamment), culturels et associatifs de se retrouver pour faire le point sur les solidarités et les actions à mener. Des familles qui accueillent les mineurs isolés, celles qui accompagnent les demandeurs d’asile dans leurs démarches administratives, des élus qui organisent l’accueil dans leurs communes rurales, des associations qui interviennent dans l’aide juridique : toutes les expériences, collectives et individuelles parfois y sont passées. D’autres, moins connus, étaient présents au rendez-vous d’une région, l’Occitanie qui a été marquée par l’exil des Républicains espagnols sous Franco. À l’instar des Pilotes volontaires qui survolent la Méditerranée pour réduire le risque de mortalité par noyade. Ils localisent les embarcations en détresse afin de prévenir les centres de coordination des secours en mer compétents. De nombreuses expériences, des rencontres enrichissantes. Fructueux et utile.

Parce que non, il n’y a pas de « submersion ». Il n’y a pas de « grand remplacement ». En revanche, nous sommes responsables, pour une large partie, de ces déplacements de population. Quand la France vend des armes à l’Arabie Saoudite qui bombarde le Yémen, comment refuser l’asile et l’accueil digne aux populations yéménites ?

Au-delà des paroles de migrants, nombreuses ce samedi, qui ont raconté le long chemin de l’exil, fait d’allers-retours incessants, d’humiliations et de tortures, de famine et de froid, la plupart des intervenants du week-end se sont retrouvés sur un point : chacun à sa manière a évoqué la défaite intellectuelle, idéologique et culturelle dans les réponses à la question migratoire. La défaite politique aussi, tant, y compris à gauche, cette question ne fait plus consensus. Certains d’entre eux ont même abandonné la bataille culturelle pour des raisons purement (et faussement) électoralistes. Mais, plus généralement, ce sont « les mots pour le dire » qui sont aujourd’hui plus que jamais en question. Et qui font l’unanimité médiatique : le mot « immigration » est presqu’exclusivement associé à celui de « problème ». Le mot « migratoire » à celui de « crise ». Quand le mot « étranger » n’est pas associé à celui d’« Islam », voire de « terrorisme ». Le mal du siècle : les préjugés. La peur. La xénophobie. Il est urgent de déconstruire ces préjugés. Parce qu’il n’y a pas de crise migratoire. Et si crise il y a, elle est liée au manque d’anticipation à organiser l’accueil des peuples en détresse.

Ceux qui nous gouvernent, en France, en Europe – et ailleurs – n’ont souvent que la « dette » en tête et à la bouche. Leur obsession. Ils oublient que notre dette – sans doute la plus grave – se trouve dans l’héritage que nous laissons aux pays du Sud. Nous sommes collectivement responsables, de par nos politiques occidentales, des désordres et dérèglement géopolitiques, climatiques, économiques et sociaux qui ont des conséquences sur les migrations. Des migrations qui se font principalement du sud vers le sud. Parce que non, il n’y a pas de « submersion ». Il n’y a pas de « grand remplacement ». En revanche, nous sommes responsables, pour une large partie, de ces déplacements de population. Quand la France vend des armes à l’Arabie Saoudite qui bombarde le Yémen, comment refuser l’asile et l’accueil digne aux populations yéménites ?

Nos États européens, la France en premier lieu, doivent anticiper et investir dans la construction de logements et de centres d’accueil d’urgence. Nous le devons. Nous le leur devons. Nous le pouvons. Et face aux Etats qui organisent leur impuissance, l’espoir s’écrit souvent à travers les solidarités locales : parce que les villes (re)prennent le pouvoir comme nous en faisons la démonstration dans le premier numéro de la nouvelle formule de la revue Regards. Ce que font les villes, des métropoles jusqu’aux villages de campagne, sont autant de modèles à valoriser. Parce que, dans bien des villages, si l’inquiétude des habitants se fait souvent réflexe, l’accueil des familles qui fuient leur pays, redonne de la dignité à tous : aux habitants d’abord qui voit leurs villages, leurs communes s’ouvrir à de nouvelles perspectives – certaines communes ont même sauvé leur dernière école grâce à l’accueil des exilés mais surtout, elle redonne de la dignité, une humanité, aux familles accueillies.

Et ne rien faire, ne rien dire, ne pas dénoncer et agir nous rend complice. Il faut le dire : Refugees Welcome. Bravo et merci aux organisateurs tarbais, l’ancienne députée européenne Marie-Pierre Vieu et tous les autres, de poursuivre ce combat qui doit nous réunir tous et le plus largement possible.

 

Pierre Jacquemain

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.