Accueil | Par Loïc Le Clerc | 11 novembre 2019

Espagne : la crise profite aux fascistes

La gauche pouvait se coaliser. Elle a échoué à former un gouvernement. Résultat : de nouvelles élections, une percée de l’extrême droite et une impasse institutionnelle qui perdure.

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Ils ont encore voté et puis après ? C’est dans cet état d’esprit que, ce dimanche 10 novembre, les Espagnols se rendaient aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans – et on ne parle-là que d’élections générales.

Dimanche, donc, ils ont remis ça. Résultat, rien ne change, ou presque : en baisse par rapport aux dernières élections, le PSOE reste en tête avec 28,26% des suffrages, suivi par le PP, 21%, qui se refait une petite santé. Le principal enseignement de ce scrutin, c’est la percée de Vox, le parti d’extrême droite, qui passe de 10,3% à 15,23% et devient la troisième force au Congrès des députés avec 52 élus. Suivent Podemos (12,96%) et Ciudadanos (6,85%).

 

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L’Espagne est toujours ingouvernable ou, en tout cas, sa transition vers l’après-bipartisme se fait avec grandes difficultés.

Il faut dire qu’en quelques années, son paysage politique a grandement évolué. Les deux partis historiques – les conservateurs du PP et les sociaux-démocrates du PSOE – ont perdu leur hégémonie sur le pouvoir, bien qu’ils conservent la tête. À droite, le PP a éclaté de toute part avec les centristes de Ciudadanos (plus si centristes que ça d’ailleurs) et les néo-franquistes de Vox. À gauche, le puzzle est lui aussi tombé de la table. Podemos a chamboulé la vieille gauche radicale et forcé les socialistes à se regarder dans un miroir.

Uni, bi, tri, quadri, quinti

De deux, le jeu d’échec espagnol est passé à cinq joueurs majeurs. Pour autant, l’Espagne demeure ingouvernable. La droite est incapable de former une majorité. Pis, elle doit désormais assumer sa frange d’extrême droite, laquelle n’est plus confortablement dissoute dans le grand ensemble PP. Notons au passage que pour des libéraux, Ciudadanos n’a aucun état d’âme à faire alliance avec des fascistes (coucou Manuel Valls). C’est peut-être pour cela qu’ils viennent de prendre une claque historique dans les urnes : le parti perd 2,5 millions de voix et 47 sièges !

Mais la gauche n’est pas en reste. Pedro Sanchez, le leader socialiste, espérait que ces élections lui ôteraient sa dépendance envers les autres… Pari manqué ! Non seulement il en ressort affaibli, mais ses potentiels alliés aussi. Lui qui a toujours été très contesté par son aile droite va connaître de nouvelles sueurs froides en découvrant les résultats et leurs conséquences. Mais à jouer au jeu du chat et de la souris avec ses alliés potentiels – Podemos en tête, mais pourquoi pas Ciudadanos ? –, Sanchez passe surtout pour un incapable. Incapable de former un gouvernement sérieux, stable, solide. Incapable ne serait-ce que de mener à bien des négociations.

De son côté, Pablo Iglesias n’est pas plus à la fête. Avec ce nouveau scrutin, il perd sept parlementaires. Il espérait bien que l’échec de la dernière coalition – qui a mené à ces élections – ne lui serait pas imputé... C’est que le leader de Podemos se veut fidèle à la raison d’être de son parti : gouverner. Pas question de la jouer à la portugaise, hors exécutif mais dans la majorité parlementaire. Et histoire d’ajouter du plomb dans l’aile, l’ancien numéro 2 du parti, Íñigo Errejón, s’est lancé lui aussi dans le match sur sa ligne, populiste, avec son parti « Mas pais ». Avec 2,41% des suffrages ce dimanche, on ne peut parler que d’échec.

Il est temps de faire de la politique

Vous trouvez la situation chaotique ? Ajoutez à cela les partis régionalistes, basques et catalans, et la machine s’enraye pour de bon. Sans même évoquer les dissensions entre partis régionalistes… car une nouvelle fois, la gauche ne saurait gouverner sans les indépendantistes catalans – ou bien il faudra compter sur l’abstention de Ciudadanos pour l’investiture de Sanchez. Autant dire mission impossible.

La crise catalane domine bien évidemment les débats. C’est que, depuis 2010, aucun dirigeant n’a apporté de réponse politique à celle-ci. Bientôt dix ans que le problème va crescendo. Au point qu’aujourd’hui le point de non-retour semble irrémédiablement dépassé.

« Le chaos est une échelle. » Cette citation de Little Finger, cynique conseiller des puissants dans Game of Thrones, pourrait bien illustrer la tragi-comédie espagnole de ces derniers temps. Sous nos yeux, beaucoup d’incompétences, pour autant de pouvoir. Chacun joue sa partition, sans qu’on ne devine bien pour quel horizon. Pour l’heure, il n’y a que l’extrême droite qui monte aux barreaux. Faudra-t-il voter à nouveau ?

 

Loïc Le Clerc

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  • La crise profite aux fascistes ! Rien à dire sur les événements en Bolivie où une frange raciste et fasciste a opéré un coup d’Etat par Camacho et Mesa appuyée soutenue par l’eglise catholique , la CIA en sous-main ? regards s’honorerait à plancher sur le sujet ...Lire article de M Lemoine sur le site le grand soir et ou mémoire des luttes

    jaime Le 13 novembre à 10:53
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