Accueil | Par Loïc Le Clerc | 8 janvier 2020

Espagne : les chantiers qui attendent la gauche au pouvoir

Ça y est ! Au Royaume d’Espagne, le socialiste Pedro Sanchez est reconduit Président du gouvernement, ou plutôt d’une coalition avec Podemos. Maintenant, la gauche doit gouverner, non sans farouches opposants, mais avec ambition.

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Il aura fallu attendre près de cinq ans pour que l’Espagne retrouve l’espoir d’une stabilité politique. En novembre dernier, les Espagnols se rendaient aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans, c’est dire si le pays était devenu ingouvernable. Ce 7 janvier pourrait être une date historique pour la gauche espagnole, alors que le résultat des élections générales ne laissait rien présager de bon : un PSOE à 28%, Podemos à 12,9%. Aucune alliance n’atteignait la majorité. Et pourtant, le socialiste Pedro Sanchez et l’indigné Pablo Iglesias y sont parvenus, à trouver un accord. Deux jours seulement après les élections. Il faut dire que la percée de l’extrême droite en a fait réfléchir plus d’un.

 

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C’est donc désormais fait. Pedro Sanchez reste Président du Gouvernement, investi de justesse par 167 voix « pour », 165 votes « contre » et 18 abstentions (dont 13 des indépendantistes catalans d’ERC). Une très courte majorité, certes, mais qui lui assure de rester à la tête de l’exécutif jusqu’au terme de son mandat, un mandat qui sera tout de même houleux à chaque vote de loi.

Comme le rappelait justement le journaliste Mathieu de Taillac, ce gouvernement de coalition de gauche est « le premier depuis la Seconde République ». C’est bien l’Histoire qui s’écrit. Néanmoins, chacun devra faire des concessions : Podemos devra accepter le libéralisme du PSOE et les socialistes devront faire avec la radicalité des indignés.

Les 10 principaux chantiers à venir

La « coalition progressiste » sera « un référent mondial en matière de modernité, progrès social et féminisme », assure Pablo Iglesias. Fin 2019, un programme extrêmement fouillé a été rendu public, donnant d’emblée des sueurs froides à la droite et au patronat. En voici les principaux points :

  • Lutter contre la précarité dans le monde du travail, par une hausse du SMIC de 33% d’ici quatre ans – soit un salaire minimum à 1200€ –, par la création d’un revenu minimum vital – équivalent du RSA – et par la hausse des pensions de retraite alignée sur l’inflation
  • Revenir sur la réforme du droit du travail de Mariano Rajoy de 2012 qui permettait, par exemple, de licencier un salarié après une absence liée à un congé-maladie
  • Lutter contre les violences de genre en renforçant la protection des femmes
  • Financer les recherches dans les fosses communes afin de donner une sépulture digne aux Républicains
  • Supprimer les symboles franquistes dans l’espace public et créer un délit d’exaltation du franquisme – aujourd’hui, on a le droit de faire un salut fasciste dans la rue sans être inquiété
  • Augmenter les impôts sur les plus hauts revenus et sur les revenus du capital sans porter atteinte à la compétitivité – l’Espagne a une fiscalité qui est six points en dessous de la moyenne européenne, ce qui laisse une belle marge de manoeuvre – et créer un taux minimum de 15% pour l’impôt sur les sociétés
  • Lutter contre la précarité énergétique – l’Espagne est un des pays européen où le prix de l’énergie est le plus élevé – et créer une trêve hivernale
  • Encadrer les loyers – le prix du logement en Espagne est extrêmement élevé et il n’existe pas de dispositif tel que les logements sociaux – et interdire de couper l’alimentation en eau, gaz et électricité des familles ayant des difficultés de paiement pour les personnes pauvres ou vulnérables
  • Voter une loi sur la liberté de conscience garantissant la laïcité de l’État et faire en sorte que les cours d’éducation religieuse (facultatifs) ne compte plus dans la moyenne des diplômes
  • Légaliser l’euthanasie

Pour plus de détails, vous pouvez vous rendre sur ce post Facebook d’Antoine de Laporte. Pour encore plus de détails, allez donc lire l’accord PSOE-Podemos (en espagnol).

Sortir de la crise catalane

S’ils se sont abstenus, permettant ainsi le maintien au pouvoir de Pedro Sanchez, les Catalans de gauche attendent que le Président agisse. L’heure est au dialogue. Un dialogue difficile à reprendre, tant il a été crispé par une décennie de droite dure à Madrid. « ERC viendra avec une demande d’amnistie de ses dirigeants et une demande de référendum sur l’indépendance, avance Antoine de Laporte, observateur de la vie politique espagnole et contributeur à la Fondation Jean Jaurès. L’objectif de Pedro Sanchez est d’essayer de pousser l’autonomie de la Catalogne jusqu’à son maximum, de terminer la décentralisation – une partie des compétences dont peut disposer la Catalogne par son statut d’autonomie ne lui ont pas encore été transférées – puis de tenter une réforme du statut de l’autonomie, ce qui nécessite une majorité au Parlement catalan et au Congrès. Pedro Sanchez souhaite même transformer l’Espagne en un État fédéral, ce qui suppose une réforme de la Constitution. » Un projet ambitieux, qui verra les droites nationales et catalanes mettre tout en oeuvre pour l’en empêcher.

Et si jamais les négociations entre Madrid et Barcelone aboutissent à un accord, celui-ci sera soumis aux Catalans par voie de référendum. Si la gauche catalane semble bien partie pour s’entendre avec le gouvernement, la droite freine des deux fers. Comme on peut lire sur Mediapart : « Partisane d’une approche plus radicale, la formation de Carles Puigdemont redoute qu’ERC s’engage dans des pourparlers avec le gouvernement espagnol dans le simple but de définir un nouvel Estatut, c’est-à-dire un nouveau statut de la Catalogne au sein de l’État espagnol, avec des droits et garanties renforcés, sur le modèle basque. Pour Junts, il n’en est pas question : la seule question qui mérite d’être discutée est celle de l’indépendance. »

On en revient à une situation semblable à celle de 2006-2010, lorsque la Catalogne avait obtenu de Zapatero un nouveau statut pour la région autonome. Un statut censuré dans ses grandes lignes en 2010 par le Tribunal constitutionnel, déclenchant une crise qui ira crescendo jusqu’à nos jours – c’est en 2010 que la droite catalane prend le parti de l’indépendance, ce qui n’était pas le cas avant.

Si la crise catalane n’est pas une priorité pour les Espagnols – contrairement aux questions de lutte contre la précarité, le chômage et la corruption –, « cette crise sature l’espace politique et médiatique », commente Antoine de Laporte. D’autant que pour faire passer ses lois et ses réformes, Pedro Sanchez aura besoin du vote des députés d’ERC. Voilà pourquoi la reprise du dialogue entre Madrid et Barcelone est une priorité absolue.

 

Loïc Le Clerc

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  • C’est un espoir qui va être déçu. Podemos ne pèsera rien, les socialistes vont faire la politique de la Commission européenne, c’est du Tsipras garanti.
    L’extrème droite va reprendre le pouvoir avec la désillusion prévisible.
    C’est peu dire que je serais heureux de m’être trompé.

    Ivan Le 14 janvier à 13:17
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