Accueil | Par Marie-Pierre Vieu | 26 mars 2018

Forum Social Mondial 2018 au Brésil : fabrique de résistance mondiale

Une semaine après son retour du Forum Social Mondial à Salvador de Bahia au Brésil, la députée européenne Marie-Pierre Vieu revient sur la situation sociale au Brésil et en France, à la recherche de convergences pour construire "un autre monde possible."

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Du 12 au 17 mars, j’étais présente en tant que députée européenne au Forum Social Mondial de Salvador de Bahia au Brésil où je représentais mon groupe de la Gauche Unie Européenne.

Ma présence tenait d’abord à des motivations politiques, relatives aux combats qui se mènent en Amérique latine. Ces combats, ils étaient au cœur de l’audition de Dilma Roussef par notre groupe en novembre dernier à Bruxelles, où l’ex-présidente nous avait décrit le déchaînement des forces capitalistes, des gouvernements américains et européens sur le Parti des travailleurs et Lula dans la perspective des nouvelles échéances électorales, la férocité du coup d’Etat institutionnel que subit le pays jour après jour.

Cela m’avait alertée, mais j’étais bien en deçà de mesurer la nature et la violence de cet affrontement : l’ampleur du délitement des bases démocratiques et des fondations sociales du Brésil. On y désintègre les services publics, pille les ressources naturelles, pollue sciemment ; les agressions racistes sont banalisées comme des actes ordinaires tandis qu’on assiste à une militarisation croissante de l’espace public sous prétexte de sécurité.

J’ai bien conscience d’user de termes que l’on emploie aisément dès qu’on procède à l’inventaire des politiques capitalistes. Sauf qu’ici, il n’est pas de limites à leur mise en œuvre : le pays est au bord de l’asphyxie, le peuple à l’agonie.

Mercredi 14 mars, Marielle Franco femme, noire, militante LGBT, symbole formidable du renouvellement militant sud américain, dénonçant quotidiennement les exactions policières, était sommairement exécutée. « Arrêtez de tuer nos jeunes ! » répétait elle avant de tomber à son tour, provoquant un mouvement populaire spontanée, révélateur de la colère accumulée. Jean-Jacques Kourliandi de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) parle, pour 2017, de 60 000 homicides, englobant assassinats crapuleux, règlements de compte et exécutions policières.

Depuis 2016 notons que ce sont entre 2,5 et 3 millions de Brésiliens qui repassent sous le seuil de pauvreté. Un autre chiffe se passe de tout commentaire, depuis la création du Mouvement des Sans Terre en 1985, ce sont les 1722 militants assassinés. La répression et le meurtre sont devenus des instruments de la régulation sociale. Il est alors cette réalité que, dans cette société brésilienne en train de basculer, Lula apparaît comme le dernier rempart contre la barbarie.

Le Forum Social Mondial des luttes

L’autre raison de ma présence était relative au Forum Social lui même. Avec mon collègue de Podemos, Xabier Benito Ziluagas, nous avions rencontré, à l’automne 2017, une délégation des associations organisatrices du Forum. Nous y avions pointé l’urgence de mutualiser nos analyses et forces autour de batailles qui mobilisaient la gauche au Parlement européen : le retrait du glyphosate et des pesticides, le refus des traités de libre-échange, la bataille contre la privatisation des barrages hydrauliques , le soutien à une agriculture paysanne dans le cadre des discussions budgétaires débutant sur le devenir de la PAC et plus généralement la défense des bien communs et services publics.
J’ai eu envie de pousser cet échange et de mieux comprendre quel était le nouvel élan du mouvement altermondialiste.

Et puis, l’absence pesante de débat politique à gauche, de discuter convergences voire simplement de dialoguer, a fini de me convaincre que la relance des luttes sociales serait le seul moteur pour reprendre le débat de perspectives. Chacun se ressource comme il peut. Pour moi, cela passait par le FSM 2018. Parmi les constats que j’en tire comme députée européenne, celui de l’urgence d’agir plus fortement à l’échelle de l’UE pour :

  • Renforcer le mouvement anti-MEFTA en travaillant l’unité du mouvement paysan face aux grandes entreprises agricoles transnationales. Une étude d’impact parle de la mort de dizaines de milliers d’exploitants en Amérique latine comme en France : cela démontre une nouvelle fois le caractère destructeur de cet accord pour la biodiversité et les communautés indigènes puisque l’on parle de 50 millions d’hectares de forêt pluviale amazonienne sacrifiés sur le banc du commerce international.
  • Replacer l’eau et de la sécurité alimentaire sous tutelle publique car ces deux problématiques sont universelles et porteuses, au même niveau, des exigences d’appropriation sociale, d’écologie et de gestion démocratique.
  • Défendre des politiques de transports publics prenant en comptant la protection de l’environnement et les enjeux de décarbonification mais également les équilibres territoriaux et des mouvements humains.

J’ai participé à la rédaction de trois motions allant dans ce sens et ai œuvré pour poser les bases d’actions communes entre mon groupe au Parlement européen et le Mouvement des Sans Terre. Je crois important de souligner la rôle et la force des femmes, omniprésentes dans ce FSM 2018 et au cœur de la relance du combat social ; également la place qu’a pris la solidarité aux migrants qui donnera lieu à un FSM migrants à Mexico du 2 au 4 novembre prochain.

Globaliser la lutte, globaliser l’espoir, retrouver les chemins de l’unité. Malgré le grand écart de température, le retour en France n’a pas été un choc tant la semaine sociale et les revendications que nous avons portées jeudi 22 mars dernier ont été fortes. La mobilisation sociale et la répression de ses acteurs doivent nous alerter : depuis quand notre pouvoir démissionne les instances démocratiques d’une université et jusqu’à quand notre Président continuera de se vanter de ne pas tenir compte de la rue ?

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